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suasion de l'erreur; enfin que sais-je ? car les absurdités se compliquent, se multiplient à un point qui ne permet plus de les supputer. Et cependant il faut, ou les admettre toutes, ou abjurer la logique, ou renoncer au système d'où elles découlent nécessairement. Se peut-il qu'on hésite dans cette alternative? Se peut-il que la raison se condamne volontairement au supplice de croire, je ne dis pas ce qu'elle ne sauroit comprendre, mais ce dont elle conçoit clairement l'impossibilité? Qu'y a-t-il, dans cette crédulité stupide et dégradante, qui puisse flatter l'orgueil?, Quiconque imagineroit en physique 'une théorie fondée sur d'aussi palpables contradictions, exciteroit la risée et le mépris général. Or, les contradictions changent-elles de nature, et deviennent-elles des preuves, lorsqu'il s'agit de renverser les devoirs et la Religion? Dans le système que j'examine, il est impossible que la Religion soit vraie; dans le même système, il est impossible qu'elle soit fausse. De ces deux propositions contradictoires, l'une est le fondement du système, l'autre en est la conséquence. Comment sortir de là, qu'en niant la raison même, en transformant l'absurdité en motif certain de croyance ? Je suis chrétien; mais, je le déclare, je rejette le Christianisme, je désavoue sa doctrine, dès l'instant où l'on me montrera que ma foi repose sur une base aussi humiliante.

Je ne puis ici m'empêcher d'offrir au lecteur une réflexion que je le supplie de méditer sérieu

sement. En écrivant ce chapitre, je n'ai pas era dessein de prouver la vérité de la Religion; j'ai voulu seulement réfuter un système particulier de philosophie; et pourtant la conséquence immédiate de ce qu'on vient de lire, est que la Religion est nécessairement vraie, puisqu'il est évidemment absurde de la supposer fausse : tant il est certain qu'on ne sauroit s'occuper de la Religion, et la considérer sous un aspect quelconque, sans que sa vérité éclate d'une manière aussi frappante qu'elle est quelquefois inattendue. Mille chemins différens aboutissent au même but, mille raisonnemens divers à la même conclusion, en sorte que, dans la multitude presque infinie de preuves qui concourent à établir la plus importante des vérités, il n'est pas un seul homme, quelles que soient la nature et la portée de son esprit, qui ne découvre aisément celle qui lui convient, celle qui lui étoit, pour ainsi dire, destinée par la Providence, pourvu. néanmoins qu'il la cherche, au lieu d'employer tous ses efforts à la

repousser. En résumant les considérations développées dans ce chapitre et dans le précédent, on voit, 1° que la doctrine de ceux pour qui la Religion n'est qu’une institution politique, nécessaire au peuple seul, est destructive de la société, parce qu'elle est destructive de la Religion, sans laquelle on avoue que la société ne peut subsister.

2° Que cette doctrine est absurde et contradictoire; en premier lieu, parce qu'elle suppose qu'il

ne sauroit exister de société sans Religion , et que la Religion n'a pu être inventée ou établie que dans une société déjà existante : en second lieu ; parce qu'il en résulte

que

la société, état nécessaire, est un état contre nature , une invention fortuite, une institution arbitraire fondée sur l'erreur, et qui ne subsiste qu'à l'aide de l'erreur ; que,

selon les lois immuables de l'ordre , et les rapports qui dérivent de la nature des êtres, l'homme ne devoit point se conserver ; qu’ainsi son existence est contraire à la nature; que les devoirs sont également contraires à la nature; le développement de la raison humaine, contraire à la nature; la vertu, contraire à la nature; que la vérité est une cause de désordre et de mort, l'erreur un principe de perfection et de vie ; qu'enfin il est impossible que la Religion soit vraie, et en même temps impossible qu'elle soit fausse.

3° Que ce système ne permettant de considérer les Religions diverses et la Religion en général, que sous un point de vue purement politique, repose, par conséquent, sur l'indifférence absolue de la vérité en matière de Religion. Réfuter la doctrine fondamentale de l'indifférence, ce sera donc renverser par sa base ce système particulier.

Et déjà ne serois-je pas en droit de terminer la discussion, en sommant les adversaires, ou d'abandonner leurs principes, ou de prouver qu'ils n'entraînent pas les conséquences que je leur attribue? Mais non; je sais ce qu'il en coûte à l'homme de

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sont tenus

reconnoître qu'il s'est mépris; je sais combien longtemps il lutte contre cette douloureuse conviction. Tout ce que j'attends, tout ce que je demande, c'est qu'après avoir médité les réflexions qui précèdent, les philosophes à qui elles s'adressent, consentent seulement à douter, à soupçonner que peut-être il est possible qu'ils s'abusent, et que la Religion ne soit pas une invention humaine. Ce simple doute leur impose le devoir d'examiner. Ils

у comme êtres raisonnables; comme philosophes ils y sont doublement obligés. Car enfin, que reprochent-ils si amèrement au vulgaire ? de croire sans examen, par habitude, par préjugé. Or, est-il honorable, est-il sage d'être incrédule, comme on soutient qu'il est absurde d'être croyant? Le peuple au moins, dans ses préjugés, se réserve l'espérance; et, s'il se trompoit, s'il falloit opter entre ce sentiment céleste, et des lumières désolantes qui n'éclairent que le néant, le partage du Chrétien seroit encore assez beau.

CHAPITRE IV.

Considérations sur le second système d'indiffé

rence, ou sur la doctrine de ceux qui , tenant pour

douteuse la vérité de toutes les Religions positives, croient que chacun doit suivre celle il est , et ne reconnoissent de Religion incontestablement vraie que la Religion naturelle.

Les conséquences pernicieuses du système précédent, et les absurdités dont il abonde, en portant quelques philosophes à le modifier , ont fait naître une nouvelle théorie de l'indifférence. Moins hardie que la première, sans être plus satisfaisante, on verra bientôt qu'elle ne sauroit soutenir le plus léger examen. On ne conceyroit même pas l'illusion qu'elle produit sur certains esprits, si l'on ne savoit d'ailleurs avec quelle humiliante facilité l'homme admet toutes les opinions qui flattent ses préjugés et favorisent ses penchans.

Le plus habile défenseur de la doctrine que je vais combattre, est sans contredit J.-J. Rousseau. Je ne saurois donc mieux faire que d'emprunter ses propres paroles pour l'exposer. Outre méthode sera moins sèche qu'une simple ana

que cette

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