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dresse : « Pars, dit-elle, âme chrétienne; sors de ce

monde, au nom du Dieu tout-puissant qui t'a créée;au nom de Jésus-Christ, filsdu Dieu vivant,

qui a souffert pour toi ; au nom de l’Esprit saint , » dont tu as reçu l'effusion. Qu'en te séparant du » corps, un libre accès te soit ouvert à la montagne

de Sion, à la cité du Dieu vivant, à la Jérusalem » céleste , à l'innombrable société des anges et des

premiers-nés de l'Eglise, dontles noms sont écrits » au ciel. Que Dieu se lève et dissipe les puissances

de ténèbres ; que tous les esprits de malicefuient, » et n'osent toucher une brebis rachetée du sang » de Jésus-Christ. Que le Christ, mort pour toi, » crucifié pour toi , te délivre des supplices et de la » mort éternelle; que ce bon Pasteur reconnoisse

sa brebis, et la place dans le troupeau de ses » élus. Puisses-tu voir éternellement ton Rédemp» teur face à face; puisses-tu, à jamais présente » devant la vérité dégagée de tout voile, la con

templer sans fin dans l'éternelle extase du bonheur (1)! »

Au milieu de ces bénédictions, l'âme ravie brise ses entraves (*), et va recevoir le prix de sa fidélité et de son amour. Ici l'homme doit se taire : sa parole expire avec sa pensée. Non, « l'oeil n'a point

(1) Commandat. animæ.

(*) Le pieux et savant P. Suarez , sur le point d'expirer, disoit : Je n'aurois jamais cru qu'il fút si doux de mourir.

» yu , l'oreille n'a point entendu, l'esprit ne sau» roit comprendre ce que Dieu réserve à ceux qui » l'aiment (1). » Ce n'est point comme une mer qui ait son flux et son reflux, c'est l'Océan immense qui déborde à la fois sur tous ses rivages. « Source » intarissable de vie et de lumière(2), ô mon Dieu, » s'écrie un prophète , je serai rassasié quand votre

gloire m'apparoîtra (3)! » Concluons. Il est très-certain

que

la philosophie, loin de nous rendre heureux , est incompatible avec le bonheur , parce qu'à la place de la vérité infinie que désire notre intelligence, elle ne lui présente que des erreurs, des incertitudes et des doutes; et qu'à la place du bien infini où notre cour aspire, elle ne lui offre

que des plaisirs fugitifs et trompeurs , incapables de le satisfaire ; et enfin parce qu'affranchissant l'homme de tout devoir , elle le constitue dans un état de désordre, et par conséquent l'arrête dans un état de souffrance.

Il n'est pas moins certain que la Religion fait dès ici-bas le bonheur de l'homme, et le conduira , si ses promesses ne sont pas mensongères, à un bonheur encore plus grand , et qui ne finira jamais.

Donc tous les hommes ont un intérêt infini de savoir si la Religion est vraie, doivent désirer ar

(1) Ep. I ad Corinth., cap. 11, 9.

(2) Apud te est fons vitæ , et in lumine tuo videbimus lumen. Ps. XXV, 10. (3) Satiabor cùm apparuerit gloria tua. Ps. xvi, 15.

21.

nes ,

demment qu'elle soit vraie ; et demeurer à cet égard dans l'indifférence, c'est

prouver

seulement ce qu'enseigne d'ailleurs la Religion, qu'il n'est point de folie si incompréhensible, ni d'excès si criminel et si monstrueux, dont l'homme ne soit capable depuis sa chute. Vous donc qui, égarés par de funestes doctri

cherchez encore le bonheur dans les illusions de l'orgueil ou dans les jouissances des sens, souffrez

que nous vous adressions ces paroles d'un des plus beaux génies que le Christianisme ait produits : « Où est Dieu, là est la vérité : il est au » fond de votre cæur, mais votrecaur s'est éloigné » de lui. Rentrez, rentrez en vous-mêmes, vous » y trouverez , n'en doutez pas, celui qui vous a » faits. Où courez-vous à travers ces lieux âpres et » désolés ? Pourquoi passer et repasser sans cesse » dans ces voies rudes et laborieuses ? Le repos

n'est pas où vous le cherchez. Vous cherchez la » vie heureuse, elle n'est pas là : comment la vie » heureuse seroit-elle là où il n'existe » de vie (1) ? »

Celui qui parle ainsi s’abusa comme vous; comme vous il parcourut long-temps, avec une fatigue incroyable, les sombres labyrinthes d'une philosophie menteuse, et mangea le pain amer de l'erreur, à la sueur de son front. Mais las d'errer tristement loin de la vérité, loin de Dieu , il revint à lui , et

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pas même

(1) August. Confess., liv. IV, ch. xl, n° 1 et 2.

goûta la paix. Imitez son exemple, et vous recueillerez le même fruit. C'étoit après avoir connu les biens de la terre et ceux du ciel, que ces mots touchans s'épanchoient de son cœur : «

Qui développera les replis d'une vaine et fausse sagesse ?

Qui fouillera jusqu'au fond de ses entrailles té» nébreuses, où se cachent tant de secrets hon» teux ? Je ne veux pas même y porter mes re

gards. C'est vous, c'est vous seules que je veux, » õ justice, ô innocence, qu'environne une pure » et brillante lumière, et qui rassasiez complé»tement nos insatiables désirs. En vous on trouve » un repos profond , une vie pleine d'un calme » immense. Celui qui entre en vous entre dans la

plénitude de la joie, et se désaltère délicieuse>> ment à la source même du souverain bien. Hélas! » dans les jours de ma jeunesse, glissant sur la » pente des plaisirs , je m'éloignai de vous ra

pidement, ô vérité immuable! et aussitôt, errant » au hasard , je me devins à moi-même une région

d'indigence et de douleur (1). Quel autre sort

devois-je attendre ? Vous nous avez faits pour » vous ,

Ô mon Dieu ! et notre cour est éter» nellement agité , jusqu'à ce qu'il se repose en » vous (2)

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(1) August. Confess., liv. II, ch. x. (2) Ibid., liv. I, ch.1, no 1.

CHAPITRE X.

Importance de la Religion, par rapport à la

société.

On ne s'attend sûrement pas que je m'arrête à prouver la nécessité politique de la Religion. Une vérité de fait, aussi ancienne que le monde , cesset-elle d'être incontestable, parce qu'après six mille ans de consentement unanime , il plaît à quelques insensés d'opposer leurs paradoxes à l'expérience des siècles, et leurs assertions au témoignage du genre humain ? « On bâtiroit plutôt une ville dans

les airs , dit le sage Plutarque, que de constituer

un Etat en tant la croyance des Dieux (1). Mais sans mettre en doute un instant la nécessité des croyances religieuses, on peut chercher la raison de cette nécessité ; et c'est ce que je me propose dans ce chapitre, où j'essaierai de montrer que la philosophie, destructive du bonheur de l'homme et de l'homme même, est également destructive du bonheur des peuples et des peuples

la Religion, qui seule conserve

mêmes ; et que

(1) Contrà Coloten. Plut. Oper., pag. 1125.

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