Obrázky na stránke
PDF
ePub
[ocr errors]
[ocr errors]

dans le monde entier ? Les coups portés, en Europe, à la société et à la Religion, retentissent encore en ce moment sur les rivages de l'Amérique, et jusqu'au fond de ses forêts ensanglantées. Oui, les hommes ont été punis; l'orgueil même ne le peut nier : ils ont été punis comme jamais les hommes ne le furent; mais sont-ils corrigés ? Si je regarde autour de moi , je lis la révolte écrite sur des fronts cicatrisés par la foudre des vengeances divines. Si je prête l'oreille , j'entends des blasphèmes hautains et des ris moqueurs. Dieu est encore un scandale pour ceux qui avoient juré de l'anéantir. Et gardez-vous de penser qu'ils aient perdu l'espoir, ou abandonné le dessein de le détrôner. S'il sub siste un reste de foi, si la terre est encore esclave de l'espérance, c'est qu'on a mal attaqué le ciel. Pleins de cette idée, ils rassemblent sous nos yeux et renouent les fils dispersés de leur vaste conjuration. Evoquant avec éclat de la poussière du sépulcre les premiers chefs de la guerre sacrilége qu'ils ont résolu de prolonger, ils se flattent que leurs spectres bouleverseront une seconde fois le monde. Eh quoi! n'est-ce donc pas assez de malheurs, assez de forfaits? et, quelque insatiable qu'on puisse être de calamités et de crimes, ne devroit-on pas être rassasie? Contemplez cette Europe, naguère si florissante , et maintenant si profondément misérable, qu'on ne trouve, pour peindre ses douleurs,

que ces expressions d'un prophète : Toute sa tête est

[ocr errors]
[ocr errors]
[ocr errors]

une plaie, et son cour une grande défaillance(1). Heureuse encore, trop heureuse, si cette défaillance ne dégénère pas en une torpeur incurable, et ne la conduit pas insensiblement, après quelques nouvelles crises, au dernier sommeil !

Mais quel que doive être le résultat de cette ré volution mémorable, essayons d'en tirer quelquesunes des instructions qu'elle renferme. Elles nous coûtent assez cher pour qu'au moins nous cherchions à en profiter.

Il existoit, il y a trente ans, une nation gouvernée par une race antique de rois, d'après une constitution la plus parfaite qui fut jamais, et selon des lois qu'on auroit pu croire, à plus juste titre que celles · des anciens Romains, descendues du ciel , tant elles étoient sages, pures, bienfaisantes et favorables à l'humanité. Cette nation, célèbre par sa franchise, sa douceur et ses lumières , par son amour pour ses souverains et pour la Religion à qui elle devoit quatorze siècles de gloire et de bonheur, fleurissoit en paix au milieu de l'Europe, dont elle excitoit 'l'envie , et dont elle faisoit l'ornement, par la beauté de sa législation, par la noble politesse de ses meurs, et par les éclatans chefs-d'oeuvre de tout genre, dont les lettres, les sciences et les arts l'avoient enrichie de concert. Heureuse au dedans, respectée au dehors, sa renommée partout répandue lui atti

(1) Isaïe, chap. 1, vers. 5, selon l'hébreux,

[ocr errors]

roit les hommages des plus lointaines contrées, et l'univers admiroit en elle la reine de la civilisation.

Tel étoit le peuple que Dieu choisit pour donner au genre humain une grande et terrible leçon. Tout à coup, à la voix de quelques sophistes, de nouvelles opinions, de nouveaux désirs s'emparent de ce peuple égaré. Il se dégoûte de ses croyances et des doctrines tutélaires qui l'avoient élevé si haut. Tenté

par

le fruit de l'arbre de science, il veut sortir de sa condition, et devenir semblable à Dieu , à qui seul appartient toute souveraineté. Soudain cet attentat est puni, comme celui du premier homme , par un irrévocable arrêt de mort, que le coupable lui-même est chargé d'exécuter. La mort d'une société n'est

que

l'extinction de toute vérité sociale : on voit donc toutes les vérités sociales abandonner à la fois cette nation proscrite, et la laisser à elle-même, sans protecteur et sans règle, comme ces peuples perdus sans retour, de qui les anciens disoient : Les Dieux sont partis!

De la vérité naît l'amour , qui produit et conserve : et cette nation naguère si aimante, sans vérité maintenant, est aussitôt saisie d'un affreux es prit de haine qui l'anime à sa propre destruction.

Lasse de toute autorité, et lasse de Dieu, la raison humaine entreprend de constituer sans lui la société, et même la Religion ; car la philosophie s'attribuoit non-seulement la royauté, ou le droit d'imposer les lois politiques aux peuples, mais encore le sacerdoce, ou la fonction de régler leurs

[ocr errors]

croyances et leur culte. « Vous êtes le prêtre de » la raison (1), » écrivoit d'Alembert au vieillard de Ferney. Et l'on ne doit pas regarder ce mot comme une expression sans conséquence. L'idée qu'elle énonce n'est qu'une déduction rigoureuse du principe d'où partoit la philosophie; et dès qu'elle soumettoit tout, et Dieu même, à la raison de l'homme, il falloit que l'homme en vînt jusqu'à adorer sa raison, c'est-à-dire, jusqu'à s'adorer luimême, ou à déclarer par un acte solennel qu'il ne connoissoit rien au-dessus de lui; car le culte publie n'est

que

la déclaration de la croyance publique; et quand un peuple ne croit plus rien, son culte est une déclaration publique d'athéisme ou d'incrédulité.

Mais considérons le progrès , et, pour ainsi parler, la filiation logique des événemens. On a proclamé la souveraineté de l'homme, et ses droits, tous renfermés dans ce mot, sont devenus l'unique dogme politique et religieux : alors nécessairement on ne voit dans l'antique Religion de l'Etat, dans son symbole et dans son culte, qu’un sacrilége attentat contre la raison de l'homme. Dieu est traité en usurpateur; et quiconque se déclare prenant parti dans la guerre qui existe entre Dieu et l'homme, et où il ne s'agit de rien moins que

de l'empire, se rend à la fois coupable du crime de

pour lui,

(1) Lettre de d'Alembert à Voltaire, du 13 décembre 1964

lèse-majesté divine, en niant l'indépendance ab-. solue ou la divinité de la raison, et du crime de lèse-majesté humaine, en attaquant la souveraineté de l'homme. Comme impie et comme rebelle il doit donc être mis à mort (*). Tout ce qui appartenoit à la Religion proscrite, ses ministres, ses biens, les institutions, les usages, les noms même qu'elle avoit consacrés, en un mot, tout ce qui rappelle le Dieu ennemi , doit périr, tout, et jusqu'à ses temples, et jusqu'à ses images; comme au retour du légitime monarque on brise la statue d'un tyran. Aussi, dans la chaleur de cette guerre prodigieuse de l'homme contre Dieu, fut-il question de dé

(*) Je dis être mis à mort comme impie; car, qui nie Dieu , est puni de mort, ou éternellement séparé de la société de Dieu, qui est la vie, parce qu'il est la vérité : Ego sum veritas et vita (Joan., xix, 6). Ce terrible chåtiment est un rapport nécessaire, ou une loi immuable de la justice; et c'est parce que cette loi révélée à l'homme est éminemment conforme à sa raison, que, dès qu'il se met à la place de Dieu, il sépare à jamais de sa société, ou punit de mort quiconque refuse de le reconnoître pour Dieu ; et cela s'est vu dans les anciens empires d'Orient, et à Rome sous les empereurs, comme en France sous le règne de l'athéisme. Mais Dieu, être éternel, ne punit ses sujets rebelles que lorsqu'ils sont entrés dans la société éternelle, et il attend le repentir jusque-là ; tandis que l'homme, être d'un jour, n'attend pas même jusqu'au soir, que peut-être il ne verra pas, et se hâte de donner la mort, avant que lui-même il la reçoive.

3

« PredošláPokračovať »