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1874, Apveil 2

Bequent on. Chas. Caminan

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QUESTIONS

D’INSTRUCTION

PUBLIQUE.

LE PAGANISME DANS L'ÉDUCATION,

I

Dans le cours de l'étude que nous voudrions entreprendre sur les réformes à introduire dans l'enseignement public, une question se présente d'abord, celle de savoir s'il convient ou non de maintenir pour base de l'enseignement les auteurs classiques de l'antiquité; en un mot, la question du paganisme dans l'éducation, si bruyamment agitée aujourd'hui.

Peut-être aurions-nous le droit de la regarder comme résolue, el de la passer sous silence, si nous ne considérions que la longue tradition de l'enseignement public, le témoignage des innombrables générations que la double antiquité a élevées à son école, et celui de toute l'Europe civilisée, qui suit encore ses leçons. Toutefois, la vivacité des attaques récentes contre le paganisme, l'importance de la polémique qu'elles ont soulevée, et qui a partagé entre les deux opinions contraires les adhésions de l'épiscopat français; la part qu'y ont prise des hommes politiques considérables, et les préventions qui sont restées dans un grand nombre d'esprits contre l'éducation classique, ne nous permettent pas de nous taire. S'il y a d'ailleurs, au milieu de tant d'idées fausses, quelque vérité utile que nous puissions nous approprier, nous ne manquerons pas de le faire. C'était une maxime de cette antiquité païenne, si attaquée, de prendre pour soi tout ce qu'on trouve de bon chez les autres, Quod usquam bonum est. Soyons encore d'assez fidèles élèves du paganisme pour profiter des idées justes de nos adversaires. Cette fois, du moins, ils ne nous le reprocheront pas.

Il y a trente ans, quand on signalait dans la société quelque désordre ou quelque mal, on disait : « C'est la faute de Voltaire! c'est la faute de Rousseau ! » On remonte plus haut aujourd'hui, et l'on dit: «C'est la faute de Cicéron! c'est la faute de Virgile! c'est la faute de l'antiquité tout entière! L'antiquité, c'est le paganisme, et le paganisme, ce sont toutes les idées fausses sur la nature, sur l'homme et sur Dieu; ce sont toutes les mauvaises passions dans l'homme et dans la société. L'éducation moderne, dont la base est l'antiquité, consiste à couler les âmes dans un moule unique: le monde païen. Quoi d'étonnant que du paganisme dans l'enseignement sorte le paganisme dans les meurs, et qu'au lieu d'une société spiritualiste, soumise à la loi religieuse et à la loi politique, nous ayons une société sensuelle, impie et révolutionnaire?

Cette thèse radicale et hardie est soutenue pour la première fois complétement par un ecclésiastique du diocèse de Nevers, M. l'abbé Gaume, dans un livre qui porte ce titre un peu déclamatoire : Le Ver rongeur des sociétés mo-. dernes, ou le Paganisme dans l'éducation. Il y prétend démontrer, chapitre par chapitre, que le paganisme classique a corrompu la littérature, l'art et la science, affaibli la reli

gion, perverti la philosophie, détruit le respect dans la famille et l'esprit de soumission dans la société; que la Renaissance, d'où, selon lui, date l'avénement de l'enseignement païen, a été la plus déplorable déviation de l'esprit humain et le plus terrible fléau de Dieu qui se soit appesanti sur le monde; enfin, que, sans un prompt remède, la société est perdue. Le remède unique, c'est la substitution du christianisme au.paganisme dans l'enseignement; en d'autres termes, la déchéance des auteurs profanes et l'avénement des livres saints et des Pères de l'Église. A ce réquisitoire fougueux contre le paganisme, à cette conclusion de déchéance, quelques prélats ont adhéré; M. Donoso-Cortès et M. de Montalembert ont battu des mains.

Il y a là deux questions bien distinctes : une question d'histoire : la Renaissance a-t-elle été un bien ou un mal? Nous regrettons vivement que lorsque M. de Montalembert l'a tranchée avec tant de résolution devant l'Académie, et que, le 6 février 1852, en plein XIX° siècle, il a déclaré que la Renaissance fut, avec la réforme, le fléau du monde moderne, l'homme le plus autorisé pour traiter cette grande question, l'historien de la civilisation en Europe, n'ait voulu lui répondre que par le silence. Cette question, nous la laissons de côté ; elle est trop au-dessus de la sphère de cette étude. Mais il en est une autre, la question d'enseignement, celle de pratique, en un mot, celle de savoir si les auteurs classiques de l'antiquité doivent faire place aux auteurs chrétiens, et c'est celle que nous voulons résoudre.

Une observation préjudicielle s'adresse à l'auteur du Ver rongeur. Si le mal qu'il dénonce est réel, si le paganisme dans l'éducation conduit le monde moderne à l'abîme, il est étrange que tant d'hommes de génie, qui ont eu à caur le salut du monde et la grandeur de la religion, n'aient pas été plus vigilants, et qu'après tant d'années d'insouciance, ce cri d'alarme parte des bords de la Nièvre, au moment où le navire va succomber. Car enfin les pilotes n'ont pas manqué à l'Eglise, et le monde chrétien a compté jusqu'ici bon nombre d'esprits aussi clairvoyants que M. Gaume, et de serviteurs aussi dévoués que M. de Montalembert. Par quel miracle se fait-il que M. Gaume n'ait d'autre devancier dans sa croisade contre le paganisme que le P. Possevin au xvie siècle, et que, depuis le xvie siècle, personne, pas même les grands écrivains chrétiens du xvile, n'ait ouvert la bouche pour signaler la tradition chrétienne brisée et le monde courant à l'abîme ? Comment concevoir cette conspiration involontaire d'aveuglement, non-seulement en Angleterre, en Allemagne, dans tous les pays chrétiens, mais en France, en Espagne, en Italie, dans tous les pays catholiques ?

N'y a-t-il pas là un mystère qui doit faire réfléchir M. Gaume, et, en s'émerveillant de la nouveauté de sa cause, n'a-t-il pas à s'effrayer de se trouver plus zélé que Fénelon, et plus clairvoyant que Bossuet ?

C'est ce que des écrivains beaucoup plus compétents que nous lui ont objecté déjà. L'argument principal sur lequel repose son livre, c'est que la tradition chrétienne condamne formellement l'étude des auteurs païens. Il n'est pas d'effort qu'il ne fasse pour le prouver. C'est là, en effet, la clef de voûte de son édifice.

Si l'Église condamne l'étude des auteurs païens, il n'y a plus qu'à y renoncer, à moins d'en appeler d'une sentence sans appel. Il faudra toujours expliquer comment les plus illustres prélats depuis le xvIe siècle, comment les congrégations religieuses les plus orthodoxes, ont ignoré ou volontairement méconnu l'arrêt de l’Église. On en sera quitte, comme l'auteur du Ver rongeur, pour verser des larmes sur les erreurs de Bossuet, de Fénelon, de l'Oratoire et de la Compagnie de Jésus.

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