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desseins ; qui, avec six cent mille bras, va les frapper. Ils ignorent que chaque siecle a sa physionomie ; que l'opinion publique est le torrent qui renverse ce qui s'oppose à son passage: ils ignorent quel est le poids invincible de la raison écrite , et voilà ce qui les conduit dans leurs propres pieges; ils s'étoient imaginés que le mot nation n'avoit aucun sens; ils avoient concentré le

gouvernement dans tout ce qui concernoit leur folle ambition ; ils étoient tout, et le reste des hommes n'étoit plus rien : ces nouveaux Catilina feignirent un instant d'être attachés au pouvoir royal , mais pour commander en son nom, pour voiler leurs plus grandes iniquités du nom du roi, et mettre enfin entre ses mains l'arquebuse de Charles IX (1).

(1) Quelle ville paroissoit plus endormie sous le joug et dans la mollesse que la ville de Paris! Qui auroit cru à cette insurrection subite et générale, à cet accord, à cet ensemble ! Elle pourvoit en un clin-d'oeil à sa subsistance, à sa police , à sa défense. Elle combat d'une main les brigands soudoyés, et repousse de l'autre les attentats des princes ; elle s'associe pour un instant ceux qu'eile doit désarmer le lendemain ; elle saisit le plan d'une réconciliation auguste et simple; elle ne va point

SECTION IV.

ROUSSEAU

OUSSE AU possédoit la faculté qui se fait du présent un point d'appui pour s'élancer dans l'avenir ; il avoit très bien calculé, il ,

y a dix-huit ou vingt ans, les effets

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au-delà de ce qu'elle devoit faire, de sorte que la sagesse la plus calme se marie à la fougue la plus impétueuse. Qui eût dit que des Parisiens auroient saisi ce point juste qui donne aux révolutions tout leur effet ! mais en examinant les lumieres cachées dans ce peuple, son extrême penchant à la civilisation, les idées justes qu'il s'étoit formées, d'après des écrivains universellement connus, on pouvoit préjuger que cette cité auroit une voix dès qu'elle voudroit parler, et un bras dès qu'il s'agiroit de repousser la cruauté. Elle ne pouvoit pas croire à la perfidie, à l'horrible perfidie ; mais dès qu'elle en a été convaincue, et qu'elle vit que la famine et la guerre étoient à ses portes, elle n'a fait qu'un mouvement, et ce mouvement fut décisif.

Si on vouloit approfondir les causes générales et particulieres qui ont hâté cet événement, on verroit qu'il étoit inévitable, et que la bureaucratie de Versailles et celle de la police de Paris l'avoient tout préparé,

successifs du choc des forces politiques et morales, puisqu'il avoit écrit en propres termes à mylord maréchal ces mots singuliérement remarquables : Si la nation Françoise est avilic, c'est par le fait d'autrui et non parle sien propre ; souvenez-vous, mylord, qu'elle ne sera pas

vile dans vingt ans. Point de doute que la révolution ne s'opere dans toute l'Europe , puisqu'elle existe dans tous les cerveaux ; les livres qui ont tout fait acheveront l'ouvrage. Rousseau fut un planteur d'idées saines ; il a bien fallu, d'après lui , embrasser un projet complet de remede et de régime (1). La sûreté de la națion

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(1) La philosophie aime à contempler les pas de la raison et de la liberté sur la terre. Le vrai philosophe jouit de tous les biens qui surviennent à ses semblables; rien n'est indifférent à son cæur , il le dilate sur la terre entiere; bientôt on verra l'inquisition expirante sous ses bûchers éteints; on verra un peuple actif et respectable secouer le double joug qui l'avilit sur le Tage; les rois deviendron citoyens, ou du moins seront forcés à l'être : · ce phénomene est il possible ? oui , sans doute ; la perfectibilité de l'espece a-t-elle atteint son dernier période? Non, les idées philosophiques travaillent avec succès à régénérer l'Espagne et l'Italie ; l'époque des révolutions est arrivée ; les peuples, à la fin convaincus de la néces.

l'exigeoit. Eh quoi ! les abus innombrables de l'autorité, les aristocraties régnantes à la place du monarque, les arts et le commerce garottés par l'administration, le système d'oppression le plus honteux de tous; n'avions nous pas tout à détruire ? parce que pour perfectionner tel gouvernement il ne s'agit que de le décomposer ; mais il n'est pas anéanti pour cela, il s'en faut de beaucoup; le gouvernement se recompose sans cesse selon les circonstances et les besoins ; les esprits vulgaires prennent les inots pour les choses; mais c'est la nature qui fait le gouvernement; il est toujours légitime lorsqu'il défait ce qui a été essentiellement mal fait. Tout homme est magistrat dès qu'on a besoin d'un magistrat, comme tout homme est sol. dat dès qu'il s'agit de défendre ses foyers;

sité de s'éclairer, gravitent vers la perfection ; d'après des siecles d'erreurs et d'esclavage, la raison, révoltée contre ses tyrans, combat pour la défense de la dignité humaine , et promet à la terre des triomphes inconnus ; des peuples voisins, émus par notre activité, menacent de sortir enfin de leur humiliante inertie.

Il ne faut qu'un cri de l'innocence opprimée, pour ébranler l'univers.

qu'importe que les formes changent, pourvu que l'ordre social subsiste. Ce n'est ni la robe, rabat, ni la finance d'une charge qui consni le tiiue la magistrature, c'est le service ren. du, le service prompt; le gouvernement appartient à qui sait faire le mieux; et comme toute souveraineté émane du peuple, le peuple est le réservoir éternel d'où sort toute magistrature , tout pouvoir législatif et exécutif.

La politique est donc une science pratique et non purement spéculative ; méfions-nous toujours des termes des charlatans et des pédans ; c'est l'abeille qui fait la ruche , ce n'est pas la ruche qui fait l'abeille ; le gâteau. de cire peut prendre toutes les configurations possibles ; laissez faire l'abeille , elle saura toujours bien construire son alvéole;l'histoire change de face, parce que tout est changeant et mobile ; mais le fond des choses subsite ; quand il s'agit de régénération , comment l'opérer sans des changemens trèsétendus ; comment refondre la statue, sans mettre toute la matiere en fusion ?

Observez qu'il y a une foule de petites loix indestructibles et toujours renaiss:intes , qui alimentent tellement le corps sucial, qu'il

pourroit

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