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Rousseau est peut-être le seul écrivain qui ait lié un écrit polémique à l'intérêt général, et fait de sa cause celle du genre humain; il répond à l'accusateur d'Émile, et dénonce à l'opinion ces hommes qui font du droit d'être injuste l'attribut des grandes dignités; il emploie l'ironie sans amertume, la récrimination sans aigreur; il s'indigne et ne s'emporte point, et met le bon droit de son côté par la décence

la décence et le ton noble de sa justification. Un théâtre lui paroît dangereux pour la ville qui protégea son berceau; l'on croit entendre un citoyen de Sparte, armé du tonnerre de Démosthène, qui voit la ruine d'un état dans le succès d'une innovation. Si, comme Platon, il veut bannir les poëtes de la république, comme lui il rend justice à leurs talents; il décore de bandelettes et de fleurs les victimes que son patriotisme immole. En combattant les mæurs d'un coin de terre, d'un atome d'empire, il attache les habitants de tous les pays par des considérations générales, par des tableaux qui seroient sans ame sous un pinceau vulgaire. Il fait de sa Genève ce qu'Homère fait de la pauvre Ithaque; il fixe sur elle les regards du monde.

Émile condamné par le parlement de Paris, le fut neuf jours après par les magistrats de Genève, mais sans qu'aucune forme eût été observée: l'auteur n'avoit été ni cité, ni entendu; on avoit adopté de confiance la procédure instruite en France, et le magnifique

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Conseil, devenu l'écho du parlement de Paris, crut de son équité de condamner à être brûlé avec infamie un livre que l'admiration de plusieurs générations a déja vengé de cet outrage. Un décret de prise de corps fut lancé contre le bienfaiteur de l'humanité; et la inain qui n'eût dû être occupée qu'à lui tresser des couronnes ne fut empressée qu'à lui forger des fers: flétri par la cité qu'il devoit couvrir des rayons de sa gloire, c'est au sein même de la ville qui l'a vu naître, qui le compte au nombre de ses citoyens, qu'il trouve ses plus cruels ennemis. On a violé pour lui toutes les lois observées jusque-là; il est obligé d'aller chercher un asile sur les terres d'un prince étranger, espérant encore que Genève, honteuse d'une condamnation qui la condamnoit elle-même, ne tarderoit pas à la détruire. Vain espoir; il faut qu'il abdique son droit de bourgeoisie pour que ses concitoyens commencent à s'apercevoir qu'ils « ont eu tort pour leur propre inté« rêt d'abandonner sa défense, et la prirent quand « il n'étoit plus temps. » Ils adressèrent au magnifique Conseil des représentations qui furent sans effet. On refusa même aux parents de Rousseau la communication de la sentence prononcée contre lui. Ce refus acheva d'indisposer les citoyens contre le Conseil; il y eut deux partis dans la république; les négatifs et les représentants, et l'on se fit une guerre de pamphlets. Le procureur-général Tronchin se déclara le champion des actes du Conseil ou des négatifs dans un écrit qu'il publia à cette occasion sous le titre de Lettres de la campagne, monument durable des rares talents de son auteur ,

dit Rousseau.

C'est pour répondre aux Lettres de la campagne que Jean-Jacques écrivit les Lettres de la montagne. Ces lettres sont au nombre de neuf. Il examine dans la première et dans la sixième les deux ouvrages pour lesquels il a été condamné; il y recherche ce qui a pu amener sa condamnation; il établit dans les seconde, quatrième et cinquième, qu'il n'a pas été jugé suivant les lois; il trace la marche quitfut suivie à diverses époques, à Genève, dans les procédures en matières semblables, et c'est en opposant la conduite du gouvernement dans d'autres temps avec celle qu'on avoit tenue à son égard qu'il met dans tout son jour ce qu'il y a d'inique dans sa condamnation.

Voltaire, mis en scène dans la cinquième lettre, s'en trouva fort offensé, et ce fut pour s'en venger qu'il composa l’écrit intitulé Sentiments des citoyens. Voltaire y descend aux plus grossières injures contre Rousseau,

déguisé en saltimbanque, portant les marques fu« nestes de ses débauches, traînant de village en village & la malheureuse dont il fit mourir la mère.» JeanJacques, qui sentit tout l'avantage que lui donnoient de pareilles grossièretés, les fit réimprimer avec de courtes notes: il ne sut pas d'abord d'où partoit le coup;

il soupçonna Vernes d'en être l'auteur.

Dans la troisième lettre écrite de la montagne, il revient avec de nouveaux développements sur ce qu'il avoit dit des miracles dans Émile; il s'explique franchement sur ce sujet, et ne craint pas de

se prononcer contre tout ce qui blesse la raison et l'ordre de la na

ture.

Les septième et huitième lettres roulent sur la

marche du gouvernement de Genève, surles devoirs des citoyens, sur les inconvénients qui sont résultés de l'acte de médiation, sur le droit de représentation.

Le but que s'est proposé Tronchin en écrivant les Lettres de la campagne est le sujet de la neuvième ou dernière lettre. Rousseau, qui, après la condamnation prononcée à Genève contre lui, s'étoit retranché deluimême du nombre des citoyens de cette république, se vit, après la publication des Lettres écrites de la montagne, retranché

par les pasteurs du nombre des chrétiens; et cet ouvrage, qui, dans plusieurs de ses parties, est un si beau développement de la doctrine religieuse exposée dans l'Émile, et de la doctrine politique du Contrat social, fut jugé par le petit Conseil de Genève indigne d'être brûlé par la main du bourreau. C'étoit se déshonorer, selon le petit Conseil, que d'y répondre.

Le parlement de Paris fit aux Lettres écrites de la montagne le même honneur qu'à Émile; il les condamna, en 1965, à être lacérées par les mains du bourreau. Cette seconde condamnation doit être considérée comme une conséquence nécessaire de la première. En reproduisant les principes et les doctrines qui avoient appelé l'anathème sur Émile, Rousseau devoit se trouver exposé aux mêmes rigueurs; et l'homme qui, dans les Lettres écrites de la montagne, refusoit d'admettre les miracles ne pouvoit pas s'attendre à un traitement plus doux

que celui qui dans Émile s'étoit borné à douter. Ce qu'il n'avoit fait qu'énoncer dans la profession de foi du vicaire savoyard a reçu dans les Lettres écrites de la montagne les plus hardis dévelop

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