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Du Discours de la Méthode et des Essais de Philosophie

PAR

J. MILLET

AGRÉGÉ DE PHILOSOPHIE
p0CTEUR ES-LETTRES

Professeur de Philosophie au Lycée impérial de Clermont-Ferrand

0UVRAGE C0UR0NNÉ PAR L'ACADÉMIE FRANÇAISE

PARIS
LIBRAIRIE ACADEMIQUE

DIDIER ET C", LIBRAIRES-ÉDITEURS
55, quai des Augustins, 55.

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Utilité d'une Histoire des travaux de Descartes.

Les principaux systèmes philosophiques paraissent obéir aujourd'hui en France à deux centres d'attraction, et se ranger de plus en plus nettement en deux camps ennemis. Les uns se groupent autour du Positivisme et ont pour mot d'ordre l'abolition de la Métaphysique; les autres, qui veulent le maintien de cette science, se serrent autour du Spiritualisme, dont la bannière leur sert de point de ralliement dans le danger. Entre les deux camps flottent quelques débris d'anciennes armées en déroute, qui, semblables à la matière des nébuleuses, vont grossir peu à peu l'un ou l'autre noyau. Le Positivisme a pour lui le prestige des sciences, qu'il a cultivées avec goût, quelquefois avec succès, et qui lui doivent, à ce qu'il prétend, leur première classification rationnelle (1). Il s'appuie sur leur histoire et met en avant leur intérêt pour repousser la Métaphysique et la chasser, avec un dédain superbe, dans

(1) V. plus bas, chap. IX, la classification des sciences donnée par Descartes.

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le désert des abstractions vides et des illusions mensongères (1). Le Spiritualisme soutient vaillamment la lutte contre un adversaire audacieux et mieux armé, et en ce moment, en présence même des lignes ennemies, il change de tactique et appelle à son aide les sciences modernes qu'il a trop négligées depuis un demi-siècle. Mais il a perdu une partie du terrain dont il était maître, et, sans le secours inespéré de quelques savants, il n'aurait peut-être pas résisté au flot menaçant des positivistes, grossi des débris de l'armée hégélienne dispersée et du contingent tout frais des jeunes esprits nourris de science (2). Les spiritualistes, avec une franchise qui les honore, ont reconnu tout haut les défaites successives et la situation compromise de leur parti(5). Mais, si j'avais l'autorité nécessaire pour émettre un avis, je dirais que ces éminents esprits, quelque

(1) V. Littré, Comte et la Phil. posit., 284-509, 675-677, 42, 107. V. aussi Comte, Leçons de phil. posit. , préf., prem. leç. et passim; stuart Mill, System of logic., 5° éd., introd., liv. I, et vol. II, 507 sqq.

(2) v. Frédéric Morin, art. Positiv., dans le supplément de l'Encyclopédie moderne, XI, 520.

(5) V. Caro, Idée de Dieu, 501 , 502.

grands métaphysiciens qu'ils soient, ne nous ont indiqué que les causes secondes, et non la cause première, de cet état inquiétant. Les causes secondes sont bien, comme on l'a dit, la facilité à se contenter de raisonnements superficiels, l'habitude des démonstrations insuffisantes, l'ignorance due à l'isolement dans lequel on se tenait des sciences; la cause première me paraît être dans une fausse notion de la Philosophie, qui a amené son divorce avec les sciences positives, les habitudes anti-scientifiques, les solutions superficielles des problèmes que l'on croyait trop faciles, et l'ignorance des vraies questions. La Philosophie n'est pas, comme le croient Jouffroy et ses disciples (1), la science de l'homme, de son origine et de sa fin, définition d'après laquelle il suffit d'observer l'homme par la conscience pour résoudre tous les grands problèmes de la Philosophie, et qui suppose que toutes les sciences philosophiques ne sont qu'une induction et un prolongement de la Psychologie ; la Philosophie est la synthèse de toutes les sciences dont elle refait l'unité brisée par les nécessités de l'analyse ; elle est la science, la science universelle, la science du Tout, ou, si l'on

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· (1) V. Jouffroy, Mém. sur l'org. des sc. phil.

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