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( avoit une mission divine ! ; ce qui pourtant n'empeche pas Chubb de penser qu'il y a aussi des motifs plausibles d'attribuer à la Religion de Mahomet un caractère divin?. Qu'on rapproche ces passages de celui où Rousseau parle ainsi des fondateurs des différents cultes : « Ils a se sont dits les envoyés de Dieu; cela peut être et n'être « pas : » on conviendra que l'identité de principes est parfaite. La conséquence est semblable aussi, car, selon l'auleur anglois : « Passer du Mahométisme au Christianisme, il ou dụ Christianisme au Mahométisme, c'est unique«( ment abandonner une forme extérieure de Religion " pour une autre forme ; démarche qui n'offre pas plus « d'avantage réel qu'il n'y en a pour un homme à chan« ger la couleur de ses vêtements, en quittant, par exem« ple, un habit bleu pour en prendre un rouges; » et ce que Chubb dit ici des Mahometans, il le dit également des Païens qui embrassèrent le Christianisme à son origine.

L'indifférence absolue des Religions est donc le fondement de ce système, cent fois plus injurieux à la Divinité que l'athéisme, et plus humiliant pour l'homme, à qui l'on ose dire : « Être borné, imbécile mortel, incapable de « découvrir la vérité, d'où te vient l'inexcusable présomp« tion de chercher à la connoître ? Qu'elle existe ou non, « que t'importe? Elle n'existe pas pour toi. Ton devoir est « d'obéir aveuglément à tous les fourbes qui se diront

envoyés de Dieu. Quelque erreur qu'ils enseignent, tu dois l'aimer'; quelque culte qu'ils établissent, tu dois le pratiquer sincèrement. Le sort t'a-t-il fait naître dans « une contrée païenne ? adore les Dieux de ton pays, sacri

1

Voyez Chubb's posthumous Works, vol. II. p. 41, 42. 45.

p. 3 Ibid., p. 53, 34.

7 Ibid.,

40.

* Ibid.,

p. 35.

a fie à Jupiter, à Mars, à Priape, à Vénus; initie pieuse« ment tes filles aux mystères de la bonne déesse. Tu ren«« dras, en Égypte, les honneurs divins aux crocodiles « sacrés et au bæuf Apis ; chez les Phéniciens, tu offriras « tes enfants à Moloch ; au Mexique, tu prendras les armes << pour conquérir des victimes humaines à l'affreuse idole « qu'on y révère; ailleurs, tu te prosterneras humblement « devant un tronc d'arbre, devant des pierres, des plan« tes, des débris d'animaux, restes impur's de la inort.

As-tu vu le jour à Constantinople? Répète du foud du ( ceur : Dieu est Dieu, et Mahomet est son prophète ! « A Rome, tu mépriseras ce même Mahomet comme un a imposteur. Toutes ces Religions et mille autres sont « autant d'institutions salutaires, qui ont leur raison « dans le climat, dans le gouvernement, dans le génie du « peuple, ou dans quelque autre cause locale qui rend l'une « préférable à l'autre. Voilà l'unique différence, et, sans « se tourmenter pour choisir, le sage s'en tient à celle que « le hasard lui a donnée. »

Telle est, dans sa simplicité, la doctrine de JeanJacques; car la seule restriction qu'il y apporte est visiblement chimérique. « Le devoir de suivre et d'aimer la Reli: « vion de son pays ne s'étend pas , dit-il, jusqu'aux « dogmes contraires à la bonne morale. » Fort bien ; mais quels sont les peuples qui, en obéissant à leurs lois religieuses, s'imaginent blesser les devoirs de la bonne morale ? Au contraire, en violant ces lois, ils croiroient commettre un crime et s'attirer le courroux du ciel. Lorsque les disciples de Mahomet parcouroient l'Asie, tenant d'une main le cimeterre et de l'autre l'Alcoran, pense-t-on qu'ils missent en doute s'ils avoient le droit d'égorger les rebe!. les à l'autorité de leur prophète? Loin d'éprouver des reinords en les massacrant, ils se persuadoient faire une Quvre agréable à Dieu. L'histoire est pleine de pareils Religion, tout concourut à le placer å la tête du parti philosophique, qu'il contribua plus que personne à grossir et à fortifier. La foule se pressa autour de sa gloire, et une violente conjuration s'ourdit publiquement contre le Christianisme. Elle existoit en secret depuis longtemps, au rapport de Jurieu, qui nous apprend que plusieurs des ministres réfugiés en Hollande, après la révocation de l'édit de Nantes, étoient de ces indifférents cachés qui « for« moient dans les Églises réforinées de France, depuis « quelques années, ce malheureux parti l'on conjuroit ik contre le Christianisme'. » Le témoignage n'est pas suspect, et nous savons maintenant à quelle école appartenoient les premiers auteurs de la guerre contre la Religion révélée.

Cette école n'a pas un moment cessé de fournir des auxiliaires à la même cause. Bayle étoit protestant; Rous, seau, né protestant, n'a fait que développer les principes des protestants; les déistes anglois, de qui Voltaire et ses disciples ont emprunté presque toute leur science antichrétienne, étoient protestants, et des protestants plus conséquents que les autres, comme nous le prouverons. Ainsi l'on avoit commencé par réformer ou abolir certains dogmes, et l'on finit par les réformer tous, y compris la révélation. C'est à ce point que les modernes philosophes saisirent le protestantisme; et toujours réformant, ils én vinrent jusqu'à réformer Dieu même, et à vouloir réaliser la monstrueuse fiction d'un peuple athée, inventée par Bayle, et si chère à Diderot et à tous les sages de son école. On put se convaincre alors que l'impiété, si humaine et si douce dans ses paroles, sait, au besoin, s'aider également de la hache du bourreau et de la plume du sophiste.

1 Tableau du Socinianisme, let. I, p.).

douc, comme les philosophes de la Grèce et comine ceux de notre temps, à perte de vue, sur les devoirs ; et, las d'en chercher en vain le fondement dans de vagues abstractions, on les niera pour en finir. Cette marche fut toujours celle de la philosophie. Qu'on ine nomme une vertu qu'elle ait respectée? un vice dont elle ait rougi de se rendre l'apologiste ? Depuis Aristippe jusqu'à Diderot, elle n'a jamais su que mettre les passions à l'aise, en s'efforçant de concilier les devoirs de l'homme avec ses penchants, ou plutôt en faisant de ses penchants l'unique règle de ses devoirs. Aussi n'est-il point de Religion, füt-ce celle des Druides, dont la morale ne soit préférable à la morale philosophique: Les Druides au moins recommandoient les Vertus qui maintiennent le bon ordre dans les familles, les respect pour la vieillesse, la fidélité conjugale; ils iminoloient, à la vérité, des victimes humaines à leurs divinités sanguinaires ; mais depuis qu'à son tour la philosophie a trouvé bon d'en immoler, et en plus grand nombre, à une divinité non moins terrible, je ne vois pas qu'elle offre, même sous ce rapport, aucun avantage : à moins peutètre qu'il ne soit plus consolant, plus doux, plus conforme à la dignité de l'homme, d'être égorgé sur les autels de la déesse Raison que sur ceux du Dieu Teutatès.

L'expérience prouve donc que, dès que l'on considère la morale indépendamment de la Religion, la morale devient aussi problématique que la Religion même. Ainsi la restriction

que Rousseau met à son système, est nulle en réalité. Il exclut le raisonnement d'un côté, et il l'admet de l'autre, mais avec des conditions qui le rendent impossible à la plupart des hommes, et dangereux pour tous; car ôtez les promesses et les menaces de la Religion, tous ont. un intérêt sensible à s'abuser sur les devoirs, et Rousseau lui-même fournit, dans ses écrits, plus d'un exemple de la manière dont on peut obscurcir, au profit des pas

une

sions, les préceptes les plus clairs et les plus essentiels de la morale.

Pour réduire la discussion à ses termes les plus simples, il n'y a que trois suppositions possibles : ou toutes les Religions sont vraies, ou elles sont toutes fausses, ou enfin il existe une seule vraie Religion.

La supposition que toutes les Religions sont vraies est évidemment absurde; des dogmes contradictoires, le oui et le non ne sauroient être vrais en même temps. Cela est de pur sens commun. « Parmi tant de Religions diverses « qui se proscrivent et s'excluent mutuellement , « seule est la bonne, si tant est qu'une le soit", » dit Rousseau.

La supposition que toutes les Religions sont fausses renverse par le fondement le système de l'auteur d'Émile. Car, dans ce système, la Religion est nécessaire à la société, et à tous les membres de la société. C'est un devoir de suivre et d'aimer la Religion de son pays. Or l'erreur (qui, de l'aveu de Rousseau, de Chubb, de Diderot, est . nuisible de sa nature, et ne peut manquer de rendre vicieuse toute créature raisonnable et conséquente, n'est certainement nécessaire ni à l’hoinme ni à la société : aimer ce qui est faux, et par cela même pernicieux, ne sauroit ètre un devoir pour personne. Donc, si toutes les Religions sont fausses, la Religion, loin d'être utile, est préjudiciable; loin d'être obligé d'en aimer et d'en suivre aucune, on doit les mépriser, les haïr, les proscrire toutes, comine le plus grand fléau de l'humanité. Qui, en effet, oseroit faire un devoir à une créature raisonnable d'aimer l'erreur, qui ne peut manquer de la rendre vicieuse ? et que deviendroit cet autre principe, que les devoirs de la morale sont les seuls essentiels ? La supposi

' Emile, 1. Ill. p. 108.

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