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Les jours de fête au bord de l'onde
T'égayant avec tes amis,
Les flots de ton falerne exquis
Versent l'allégresse à la ronde.

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Regarde ce réduit charmant:
Vois ce pin, ce peuplier blanc,
Associant leur téte altière,
Etendre une ombre hospitalière,
Près d'un ruisseau qui dans son cours
Frémit avec un doux murmure,
Et va par d'obliques détours
Argenter au loin la verdure.

Fais

porter sur ces bords heureux
Des parfums, des vins savoureux,
Et ces roses trop passagères
Dont l'éclat va s'évanouir;
Saisis le moment prêt à fuir
Que l'âge, le tems , les affaires, ,
Que le fil des Parques sévères
Te laissent encor pour jouir.

Il faudra dès demain peut-être
Quitter ton superbe palais,
Quitter ta retraite champêtre,
Tes parcs achetés à grands fraix.
Il faudra quitter ce rivage,
Que le Tibre enflé par l'orage

Vient baigner de ses flots troublés : Tandis

que palpitant de joie Ton héritier fera sa proie De tes trésors amoncelés.

Né dans la pourpre ou dans la boue,
Des Rois opulent rejetton
Ou pauvre errant à l'abandon,
Subis l'arrêt qui te dévoue
A l'impitoyable Achéron.
Un même torrent nous entraîne;
Un méme gouffre nous attend.
Noś noms jettés confusément
S'agitent dans l'urne incertaine.
Tôt ou tard le sort les amène,
Et désigne à chacun son tour
Pour passer l'onde souterraine
Dont le voyage est sans retour.

TRADUCTION

DE LA PREMIÈRE ÉLÉGIE

DE TIBULLE.

Qu'unautre en proie aux soins que la richesse entraîne A l'éclat des trésors joigne un vaste domaine ! Que le bruit des clairons l'arrachant au sommeil Des jeux sanglans de Mars alarme son réveil! Grâce à ma pauvreté du moins je vis tranquille; Un doux et petit feu brille dans mon asile. J'y jouis du nectar qu'attendent mes tonneaux Et du prix que Cérès réserve à mes travaux.

Moi-même au tems marqué j'abaisse un cep docile, Ou pour un plant nouveau j'ouvre un sillon facile. J'ose sortir sans honte une houe à la main, Aiguillonner mes boeufs au milieu du chemin, Et revenir courbé sous la charge légère D'un chevreau dans les bois oublié par sa mère. J'arrose mon berger d'une eau sainte , et jamais Je n'ai manqué d'offrir un lait pur à Palès. Un tronc dans la campagne, un vieux bloc au village S'ils sont parés de fleurs, attirent mon hommage. Des fruits que la saison mûrit Le Dieu qui les fait naître a sa part le premier.

pour mon cellier

Je veux de ces épis que ta faveur me donne,
A ton temple Cérés suspendre une couronne,
Et que dans mon jardin Priape avec sa faulx,
De rouge barbouillé fasse fuir les oiseaux.

D'un champ riche autrefois, vous gardiens antiques, Lares , vous aurez part à mes présens rustiques : Un boeuf mouroit alors pour un troupeau nombreux, Une brebis est plus dans des jours moins heureux : Je vous l'immolerai : nos enfans autour d'elle Formeront mille voeux pour la moisson nouvelle. Dieux, venez à leur voix! Dieux, ne dédaignez pas Dans une argile pure un champêtre repas. Les premiers laboureurs contens de l'humble argile Couvroient de mets grossiers une terre fragile.

Loups cruels, épargnez mes innocens agneaux! Loups et voleurs, cherchez de plus riches troupeaux! Je ne demande pas ces moissons qui naguères Naissoient d'un sol fécond sous la main de mes pères: Une récolte pauvre, un humble toit suffit, Si fatigué le soir j'y retrouve mon lit.

Heureux qui dans les bras d'une amante chérie Entend gronder les vents sans craindre leur furie, Ou quand l'affreux hiver inonde nos vallons, Dort au bruit de l'orage et des noirs aquilons !

Je borne là mes voeux, et laisse la fortune A qui brave les flots, les écueils et Neptune,

Je puis, content de peu, vivre exempt d'embarras;
Et, sans errer au loin de climats en climats,
A l'âpre canicule opposer la verdure
D'un arbre qu'en fuyant arrose une onde pure.

Ah périsse tout l'or! plutôt que de beaux yeux
Accusent de leurs pleurs un départ odieux.
Triomphe, Messala, sur la terre et sur l'onde !
Enrichis ton palais des dépouilles du monde !
Une jeune beauté me retient dans ses fers,
Je ne veux qu'à sa porte affronter les hivers :
Je renonce à la gloire : ô ma chère Délie,
Que l'univers me blåme, et que l'amour nous lie !
De ma main sous le joug unissant deux taureaux,
Sur un mont écarté conduisant mes troupeaux,
Je te verrai du moins, et près de ma bergère
Je dormirai content sur la simple fougère.
Qu'est-ce qu'un litde pourpre, Amour, sans tes faveurs,
Qu'un théâtre cruel d'insomnie et de pleurs ?
Qu'importe le duvet? si le chagrin m'éveille,
Et si le bruit des eaux flatte en vain mon oreille.

Quel barbare pouvant posséder tes appas,
A follement choisi la gloire et les combats ?
Que des Ciliciens poussés dans leurs montagnes
Ses soldats triomphans inondent les campagnes,
Sur un coursier superbe et plus prompt que les vents
Brillant de poupre et d'or qu'il yole dans leurs rangs!

Moi, qu'en mourant, mes yeux contemplent ma Délie! Que je la presse encor de ma main affciblie!

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