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Le boeuf laborieux que son maître aiguillonne
Tire un juste tribut des guéréts qu'il sillonne;
Des grains que tu semas ces guérêts couronnés
Par les oiseaux du ciel sont aussi moissonnés;
Et le pourceau fangeux dans son repaire immonde
Vit en paix des travaux du souverain du monde.

Le ciel à ses enfans partage ses secours,
La fourrure des Rois a revêtu les ours.
L'homme dit: tout me sert; pour moi seul tout s'empresse:
L'homme est fait pour moi seul, dit l'oison qu'on engraisse :
Leur erreur est la même; et l'Auteur de tous deux
Les fit pour l'univers, non l'univers pour eux.

Homme, tout est en proie à ta vaste injustice:
Tes droits sont, je le veux, la force et l'artifice.
Tyran, connois encore un frein , tes intérêts :
Fais du bien pour toi-même à d'utiles sujets.
Tu connois leurs besoins : préviens donc leurs souffrances.

De l'émail de son col déployant les nuances ,
On ne verra jamais le malheureux pigeon
Poursuivi dans les airs attendrir le faucon.
Le geai dédaigne l'or dont l'insecte étincèle;
L'autour n'est point ému des champs de Philomèle:
Pour tout l'homme est sensible; il donne sans regrets
Aux biches, aux chevreuils ses parcs et ses forêts,
Aux poissons ses viviers, aux oiseaux ses bocages :
D'innombrables troupeaux couvrent ses pâturages :
Tantôt l'intérêt veille à leur félicité,
Tantôt c'est le plaisir , souvent la vanité.

Ceux dont sa faim savante un jour doit se repaitre
Sont eux-mêmes nourris , défendus par leur maître.
Ces sujets fortunés d'un roi voluptueux
Partagent avec lui son luxe fastueux;
Et mettant à profit ses superbes caprices
Pour mieux flatter son goût vivent dans les délices:
Ils meurent; mais sans crainte, et sans prévoir leur sort
Du festin de la vie ils passent à la mort.
Ils ont joui du moins jusqu'au moment supreme:
Tu jouiras comme eux et périras de même.
Le ciel aux animaux qu'il prive de raison
D'une douce ignorance accorde l'heureux don.
L'homme a seul de sa fin la triste connoissance :
Mais l'instant est du moins voilé par l'espérance.
Nous marchons, sans le voir , au terme de nos jours,
Qui semble toujours loin en s'approchant toujours.
Illusion sans prix ! et que dans sa clémence
Dieu voulůt ménager au seul être qui pense.
D'instinct ou de raison tous les êtres pourvus
Ont reçu le présent qui leur convient le plus:
Le bonheur est le but où l'un et l'autre visent.
Adaptés à la fin si les moyens suffisent,
Si l'infaillible instinct guide les animaux,
Qu'ont-ils besoin d'un pape et de ses cardinaux ?

Serviteur éclairé, mais tiède et peu fidèle, La raison nous délaisse, elle attend qu'on l'appelle, Ne vient qu'à pas tardifs et ne vient pas toujours : L'honnête instinct s'empresse à donner ses secours,

Il voit le'but, l'atteint et jamais ne s'emporte :
Tandis que la raison ou trop foible ou trop forte,
Court après le bonheur et se fatigue en vain,
L'instinct suit la nature et le trouve soudain.
L'un sert dans tous les tems; l'autre

par

intervalle. L'un marche d'un pas sûr. Étourdie, inégale , L'autre hésite, chancelle, et tombe à tous momens. Le Dieu qui mit en nous ces guides différens, Dont l'un muet; et l'autre examine et compare , Dans les brutes confond ce qu'en l'homme il sépare. Leur lot est plus borné, mais seroit-il moins bon? Dieu dirige l'instinct, et l'homme la raison (1).

(1) On voit que, surtout dans ce dernier morceau, Pope couvrait de vers heureux et d'antithèses brillantes une bien faible philosophie. - M. Turgot n'a pas poussé plus loin sa traduction.

VERS

Au bas du Portrait de BENJAMIN FRANKLIN.

Le voilà ce mortel dont l'heureuse industrie
Sut enchaîner la Foudre et lui donner des loix,
Dont la sagesse active et l'éloquente voix
D'un pouvoir oppresseur affranchit sa Patrie,
Qui désarma les Dieux, qui réprime les Rois.

Et en bien moins de mots cet admirable vers :

Eripuit Coelo fulmen , sceptrumque Tyrannis.

Que l'on a faiblement traduit

par ceux-ci :

Ila, par ses travaux toujours plus étonnans,
Ravi la foudre aux Dieux et le sceptre aux Tyrans.

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LETTRE DE M. TURGOT

Aux Auteurs du Journal Étranger sur les

Poësies Erses.

Voici, Messieurs, deux morceaux qui m'ont paru mériter une place dans votre Journal. Ce sont deux fragmens d'anciennes poësies, écrites originairement dans la langue erse, que parlent les Montagnards d'Ecosse , et qui est, comme on le sait, un dialecte de la langue irlandaise. Je les ai traduits d'après une version anglaise, que j'ai trouvée dans le London-Chronicle du 21 juin 1760. Je ne me flatte pas d'avoir aussi bien conservé, que le Traducteur anglais, le caractère de l'original ; notre langue, moins riche, moins simple et moins hardie que la langue anglaise, ne pouvant se prêter que trèsdifficilement aux tournures extraordinaires.

Vous reconnoîtrez, dans ces deux fragmens , cette marche irrégulière, ces passages rapides et sans transition d'une idée à l'autre, ces images accumulées, et toutes prises des grands objets de la nature ou des objets familiers de la vie champêtre, ces répétitions fréquentes , enfin

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