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peintures, lorsqu'il décrit les meurs des premiers hommes qui ont habité la terre.

A juger ce poëme suivant les règles strictes de l'Epopée, on en trouvera peut-être le plan un peu irrégulier, et la fiction principale bien au - dessous de celles de Milton : mais on sera dédommagé par les fictions accessoires et les tableaux de sentiment; car pour les peintures vraies et naïves il égale au moins le poëte anglais.

Parmi les Poëtes allemands qui ont honoré ce siècle

par les productions de leur génie, les Suisses se sont particulièrement distingués ; et M. Gessner est le second de cette nation qu'on fait connoître en France. Le premier est M. Haller ; c'est lui qui depuis Opitz a contribué le plus efficacement à la restauration de la poësie allemande par la régularité des plans, par la noblesse et la force des pensées, par la justesse et la précision des termes. Tous les poëtes du siècle passé, excepté le baron de Canitz, s'étoient abandonnés , sans règle ni frein, à une verve insensée; ce qu'ils pouvoient avoir de bon êtoit gâté par des tournures lâches et diffuses ; et même en les estimant, on ne les

pourroit lire sans ennui. Depuis M. Haller, plusieurs de ses compatriotes ont suivi avec honneur la même carrière. Zurich contient une pépinière de savans et de beaux-ésprits, qui à l'envi cultivent les lettres dans le sein de la paix, de l'aisance et de la liberté. De ce nombre sont les Breitinger, les Bodmer, qui les premiers ont éclairé leur pays du flambeau de la saine critique. L'Art Poëtique et le Traité des conparaisons du premier; les Observations critiques, et le Traité du merveilleux dans la Poësie du second, ont beaucoup perfectionné le goût en Allemagne. Les bons ouvrages le forment déjà; mais rien ne l'affine et ne l'épure comme les observations judicieuses par lesquelles des hommes de génie, fixant notre attention sur les défauts et les beautés de chaque production, nous découvrent avec finesse et sagacité les raisons et les sources des uns et des autres. M. Bodmer est encore auteur de plusieurs ouvrages de réputation , entre autres d'un Recueil de Poësies et d'un Poëme épique intitulé Noé. M. Wieland, qui depuis dix ans habite cette même ville, s'est aussi rendu célèbre

par

des Poëmes moraux et philosophiques. J'en passe beaucoup d'autres pour revenir à M. Gessner qui, bien en deçà de l'âge où les jeunes gens sont réputés hommes, étoit déjà un homme illustre. Il n'a encore que vingt-quatre ans.

Avant sa Mort d'Abel, il s'étoit fait connoître avantageusement par son Daphnis, roman pastoral, dont il a paru une traduction française en 1756, à Rostock , et par ses Idylles, qui ne sont point encore traduites, mais qui méritent bien de l'être. Il ne se contente pas d'y tracer les mours de tel ou tel berger dont le portrait nous importeroit peu : il nous y présente le tableau entier de la vie champêtre avec tous ses charmes; personne ne rend mieux que lui la belle nature. Mais son objet principal est toujours de faire sentir à ses lecteurs les attraits de la vertu, avec le même degré de force qu'il les sent lui-même. Deux de ses Idylles les plus simples donneront l'idée de son caractère et de ses ouvrages.

A M Y N T A S.

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« Le Berger Amyntas revenoit de grand matin » d'une forêt voisine, portant sa hache sous son » bras , et sur son dos une lourde charge de perches

qu'il venoit de couper pour en faire une haie

lorsqu'il aperçut un jeune chêne au bord d'un » ruisseau rapide, 'dont l'eau avait miné le pied de » l'arbre. Ses racines étoient ainsi dépouillées de » terre; il paroissoit menacé d'une chute prochaine.

Quel dommage, dit Amyntas, qu'un jeune arbre » d'une si belle venue soit la proie des flots furieux! » Non, ajouta-t-il, tu ne seras pas englouti par les » ondes ; et en même tems mettant à terre les

perches qu'il portoit, j'en puis , dit-il, aller » chercher d'autres; et les taillant il en construisit » une forte digue, qu'il combla de terre humide

; puis regardant avec complaisance la terre et la digue, il sourit à l'ombrage du chêne conservé

par » ses mains. Il reprenoit sa hache pour retourner » au bois couper d'autres perches; mais la Dryade » du chêne le rappellant d'une voix gracieuse: Quoi! » lui dit-elle , je le laisserois partir sans te marquer » ma reconnoissance! Dis-moi, Berger bienfaisant, » que voudrois-tu que je fisse pour toi ? je sais que » tu es pauvre , et que tu ne mènes que cinq brebis » au pâturage. - Si tu veux, ó Nymphe, dit le » bon Berger, m'accorder ce qui me toucheroit le

plus; mon voisin Palémon est malade depuis la » moisson , fais qu'il recouvre la santé.

» Sa demande fut entendue favorablement, et » Palémon recouvra la santé; mais Amyntas éprou» va de plus la protection de la divinité dans ses » troupeaux, dans ses arbres et dans ses fruits. Il » devint un riche berger; les Dieux ne laissent au» cun bienfait sans récompense.

DAPHNIS.

« Pendant une belle matinée de janvier, Daphnis » étoit dans sa cabane, où la flamme pétillante d'un » bois sec répandoit une agréable chaleur, tandis » que l'hiver en ayoit couvert le chaume d'une

» couche

» couche épaisse de neige. - Le Berger, d'un air » satisfait, jettoit ses regards du côté d'une fenêtre » étroite , et les promenoit sur la contrée ravagée par les aquilons.

vac O hiver! malgré tes rigueurs, que tu as encore »« de charmes! Quelle clarté riante le soleil répand na à travers les brouillards légers sur ces collines »« blanchies par les frimats ! Que cette neige est puce éclatante ! Quels magnifiques tableaux présentent sce ici les noires souches et les branches tortueuses ve et chauves de ces arbres épars sur ce tapis éblouis»« sant. Là cette cabane grossière dont le toit est »« couvert de neige ; ailleurs ces haies d'épines dont »»« la couleur brune coupe la blancheur uniforme »c de la plaine.

»« Les grains qui germent dans nos guérets percent »« la neige de leurs tendres pointes. Que ce verd »« naissant s'entremêle agréablement avec le blanc ne qui couvre la terre! Quel brillant spectacle for»« ment ces buissons voisins ! La rosée en forme »c de perles étincelle sur leurs rameaux déliés , et sur »« ces filamens légers qui voltigent à l'entour au gré vce du vent! La campagne est à la vérité déserte : les »« troupeaux reposent paisiblement enfermés dans »« leurs chaudes étables. A peine apperçoit - on

quelquefois la trace du bouf docile qui con»« duit tristement, à l'entrée de la cabane, le bois »« que le Berger a coupé dans la forêt prochaine. »« Les oiseaux ont abandonné les bocages. On ne Toine IX

II

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