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qu'il a choisis pour y établir la scène de ses Pastorales, à suivre le systême de la Mythologie Grecque, à introduire des Faunes et des Nymphes, et à employer l'intervention des Dieux. Il n'en a fait à la vérité qu'un usage assez modéré; mais je désirerois qu'il s'en fût encore moins servi. Je ne puis m'empêcher, par exemple , de regretter que dans cette belle Idylle, où le vieillard Palémon retrace avec une éloquence si noble et si touchante le bonheur et l'innocence de sa longue vie, un miracle postiche vienne terminer une scène si naturelle et détruire toute l'illusion du tableau.

C'est peut-être à l'imitation trop scrupuleuse des Anciens qu'il faut imputer ces légers défauts. Le succès de M. Gessner est plus sûr quand il écrit d'après lui

même, que lorsqu'il veut se modeler sur les autres ; et l'on peut se rappeller que la fiction du diable Anamalech, qu'il à imitée de Milton , n'est pas à beaucoup près la plus heureuse du poëme d’Abel. Il a du moins dans ses Idylles le mérite d'avoir saisi et rendu avec toute la justesse possible le caractère idéal que les Anciens donnoient aux personnages qu'il a emprunté d'eux. Ses Faunes et ses Nymphes, exactement dessinés d'après l'antique, en ont, pour ainsi dire, l'esprit et la physionomie. C'est

je n'ai

pour se conformer à ses modèles qu'il a donné à ses Faunes cette gaieté pétulante qui accompagne l'ivresse, et qu'il a répandu sur quelques scènes de ses Idylles une nuance de comique. Les traits de ce genre seront sans doute les moins agréables aux lecteurs François; je suis persuadé, par exemple, que le refrain de l'Idylle intitulée la Cruche cassée, révoltera leur délicatesse. Je l'ai senti en écrivant, mais pu me résoudre à supprimer une Idylle où il y a d'ailleurs des détails d'une poësie très-riche et d'un coloris très-brillant. Après tout, l'impression désagréable que peut faire ce morceau vient principalement de cemot cruche, qu'un caprice de l'usage fait regarder en françois comme un mot bas. J'ai pensé que mes lecteurs auroient assez d'équité pour supposer que le mot krug, dont M. Gessner s'est servi, n'a rien de bas dans sa langue. Ce seroit donc à moi seul qu'on pourroit reprocher de n'avoir pas mis un autre mot à la place de celui de cruche. Mais j'espère qu'on voudra bien croire aussi

pas ignoré la proscription de ce malheureux mot, et que si j'en avois trouvé un autre je m'en serois servi. J'ai mieux aimé employer le terme propre, quoique bas, qu’un terme noble, mais vague et incompatible avec le sens. Au reste ,

que je n'ai

si le lecteur pense que le mot vase, celui de coupe ou tout autre conviendroit mieux que celui de cruche, il pourra tout aussi bien que moi le substituer en lisant. Je ne dirai rien d'ailleurs de ma traduction, si ce n'est que je me suis attaché à la rendre aussi exacte, et même aussi littérale que me l'a permis la différence des deux langues.

Je terminerois ici cet Avertissement, si je ne croyois devoir profiter de l'occasion pour donner une idée succincte des richesses de la littérature allemande dans le genre pastoral. M. Gessner n'est pas à beaucoup près le seul qui s'y soit distingué. M.de Kleist, si connu par la beauté de son génie et par sa mort glorieuse, est un des premiers qui ait marché sur les pas de M. Gessner, dont il étoit ami. Il n'a pas cru que les Bergers fussent les seuls acteurs convenables à l'églogue; il y a introduit des Jardiniers et des Pêcheurs, à l'exemple de Sannazar, de Grotius et de Théocrite lui - même. Toutes ses Idylles sont écrites en vers, quelques-unes en vers rimés. Les sentimens de vertu et de bienfaisance qui y sont répandus sont les traits de ressemblance les plus frappans qu'elles aient avec les Idylles de M. Gessner.

MM. Rostet Schmidt ont acquis l'un et l'autre

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de la réputation dans le genre pastoral; mais ils ont pris deux routes bien opposées. M. Rost, dans ses contes pastoraux, a rapproché la scène de notre tems. Il y a trouvé des mœurs moins austères; ses personnages en sont peut-être devenus moins romanesques, mais sa morale en est certainement devenue moins pure. Il a souvent les grâces et la naïveté de La Fontaine ; il seroit à souhaiter qu'il n'en eut pas aussi la licence. Il a travaillé quelques années avant M. Gessner.

M. Schmidt a pris au contraire tous ses sujets dans la Bible , et son but principal semble avoir êté de recueillir les faits les plus intéressans que présentent les Livres Saints, et de les orner des couleurs de la poësie. Son ouvrage est intitulé Tableaux et Sentimens poëtiques tirés de l'Ecriture Sainte. Il paroît que c'est la force du sujet qui a fait de presque tous les morceaux de ce recueil autant d'Idylles, et qui nous donne droit de ranger l'Auteur parmi les Poëtes pastoraux. Rien ne prouve mieux la vérité de ce que M. Gessner a remarqué dans sa Préface, sur l'analogie de la vie pastorale et de celle des anciens Patriarches. M. Schmidt fait un très grand usage des figures, des tours et des expressions que lui fournit l’Écriture; ses Idylles sont écrites les unes en vers hexamètres, les autres en prose. Ses vers n'ont pas l'harmonie de ceux de M. Klopstock, et sa prose à cet égard est encore plus inférieure à celle de M. Gessner; mais dans l'art de peindre la nature, d'exprimer le sentiment 'avee vérité, de mêler le sublime et le naïf, il n'est inférieur à personne. Voici une de ses Idylles qui pourra servir à donner une idée de sa manière,

LA MECH ET ZILL A.

Le soir étoit venu, l'image tremblante et brisée de la lune voltigeoit sur la surface d'un ruisseau limpide, au bord duquel Lamech étoit couché sur l'herbe molle. Plein d'une tendre impatience, il regarda encore une fois autour de lui à travers les rosiers touffus et le long des rives du ruisseau éclatant. Elle ne vient point, dit-il, je veux chanter une chanson solitaire au Ruisseau et à l'Écho. Il commença ainsi. « Malheureux que je suis ! Elle ne vient point! Ruis» seau dont j'entends le murmure , ah ! pleure avec » moi! Elle ne vient point cette fille du Ciel, cette » beauté divine que les hommes appellent Ada. » Pourquoi tarde-t-elle si long-tems?..... Seroit» elle déjà livrée au sommeil?.... Roses, envoyez» lui vos parfums embaumés. Que mon haleine » enflammée fasse voler vos douces odeurs vers

» la

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