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breux qu'on puisse leur comparer; mais cette ressemblance n'est qu'apparente. A la vérité lorsqu'on veut essayer de marquer la mesure des vers de Pindare, autant qu'il est possible de le faire avec l'incertitude où nous sommes sur la valeur d'un grand nombre de syllabes, l'on est frappé de la variété qui règne dans ses odes , soit par rapport à la longueur des vers, rapport aux différens mètres ou pieds dont chaque vers est composé. Mais on s'apperçoit bientôt que la coupe des vers n'a aucun rapport au sens , ni aux repos de la prononciation qui séparent dans le discours les différens membres des phrases. Non-seulement le sens est coupé à chaque instant par la fin du vers, mais il n'y a rien de si commun que de voir les mots séparés en. deux, et la moitié d'un mot finir un vers, tandis que l'autre moitié est rejettée au vers suivant. De pareilles chutes n'ont certainement

par

ellesmêmes aucun agrément pour l'oreille (6). On peut donc en conclure

que

la

coupe et la séparation n'y tient point aux divisions du discours considéré en lui-même, et indépendamment d'une cadence étrangère à laquelle le poëte étoit obligé

(6) Il faut dire tout le vrai: elles sont barbares.

(No!e de l'Éditeur). Tome IX.

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de la plier; et puisqu'on ne trouve dans Pindare aucune cadence régulière, aucun rythme sensible à l'oreille, il faut bien que son rythme et ses divisions aient été règlés uniquement pour le rythme et les divisions du chant. Il est donc certain que les odes de Pindare , qu'on sait d'ailleurs n'avoir été faites que pour être chantées, n'avoient point une mesure destinée à être sentie indépendamment de l'air, au mouvement duquel elles étoient assujetties et dont elles recevoient toute leur cadence et leur agrément. Il faut en juger comme de ces paroles qu'on met sur des airs de violon, et qui séparées du chant paroissent d'autant plus bizarres et d'autant moins agréables qu'elles sont mieux adaptées à l'air. Les odes en vers libres de M. Klopstock et la prose cadencée de M. Gessner sont faites au contraire pour avoir une harmonie propre, et sensible à quiconque sait bien prononcer l'Allemand. On ne peut donc les regarder comme étant du même genre que les odes de Pindare.

A l'égard des cantiques, des psaumes et des autres morceaux de poësie hébraïque répandus dans l'ancien testament, on sait que plusieurs savans du premier ordre se sont efforcés d'y trouver ou des rimes ou des vers mesurés régulièrement et arrangés en strophes à la manière d'Horace. Le

peu

de succès de leurs efforts porte à croire qu'effectivement la versification de ces morceaux n'êtoit qu'une suite d'intervalles mesurés, de longueur inégale, et de différentes sortes de cadences qui probablement dépendoient en partie du mêm lange des bréves et des longues, et comme il ne paroît dans le texte tel que nous l'avons aucune distinction de vers, que tout est écrit de suite, ce seroit un degré de ressemblance de plus entre la poësie des hébreux et la prose cadencée des Allemands. Mais d'un côté l'impossibilité où l'on a a été jusqu'à présent de trouver aucune cadence sensible dans les psaumes, quoique la quantité soit marquée assez exactement par les points voyelles, de l'autre la certitude où l'on est

que ces ouvrages ont été faits originairement pour être chantés, sont de très-fortes raisons de croire que leur mouvement étoit absolument relatif à celui du chant, et pouvoit fort bien être trèspeu sensible dans la simple prononciation : ce qui les placeroit dans la même classe que les vers de Pindare, et par conséquent établiroit une différence essentielle entre le genre de leur versification et la prose mesurée des Allemands.

A MADAME DE GRAFFIGNY,

Sur les Lettres Péruviennes.

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Les observations suivantes ont été adressées en 1751 à Madame de Graffigny qui, rendant justice à la sagacité et au goût délicat de M. Turgot l'avait prié de lui donner son opinion sur le manuscrit des Lettres Péruviennes avant qu'elle le fit imprimer.

On verra que ce n'était pas la première fois qu'elle demandait ses conseils. — Mais ce qui pourra surprendre davantage est le grand nombre d'idées surl'éducation, conformes à celles de Rousseau, que M. Turgot ne devait qu'à lui-même, et qui étaient devenues doctrine dans son esprit dix ans avant la publication d'Émile. – C'est encore une chose remarquable dans cet écrit, que la liaison des principes de l'Homme d'État propre à gouverner un Empire avec ceux de l'Homme de Lettres dissertant sur la composition d'un roman. Cela ne viendrait-il point de ce que les succès mérités et durables de l'un et de l'autre tiennent à la connaissance et au sentiment du yrai , du juste, du bon, du beau , de l'honnête ?

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MADAME, Je ferai donc encore une fois auprès de vous le rôle de donneur d'avis; ce n'est pas sans rire un peu de moi-même; mais vous le voulez, et le plaisir de vous obéir passe de beaucoup le ridicule de vous conseiller.

J'ai relu la Péruvienne. Zilia est une bien digne sæur de Cénie : je suis, comme Henri IV, pour le dernier que j'ai entendu,

J'aimerois beaucoup mieux me faire honneur d'y découvrir à chaque instant les beautés nouvelles que je suis toujours étonné de n'y avoir pas encore admirées, que de m'amuser à en faire de mauvaises critiques. Mais vous ne demandez pas des éloges, ainsi je dois renoncer à me contenter.

Je réserve, suivant ce que vous m'avez fait l'honneur de me dire, les critiques de détail pour les dernières, et je commence par vous communiquer les additions que j'imagine qu'on pourroit faire à l'ouvrage. Vous m'avez paru goûter la principale qui est de montrer Zilia françoise, après nous l'avoir fait voir Péruvienne; Zilia jugeant, non plus suivant ses préjugés, mais comparant ses préjugés et les nôtres; de lui faire envisager les objets sous un nouveau point de vue; de lui faire remarquer combien elle avoit tort d'être étonnée de la pluspart des choses; de lui faire détailler les causes de ces mesures tirées de l'antique constitution du gouvernement, et tenant à la distribution des conditions, ainsi qu'aux progrès des connoissances.

Cette distribution des conditions est un ar

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