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l'autorité ? Je voudrois qu'on fit sentir réellement à un enfant que c'est par tendresse qu'on le reprend; et comment le lui faire sentir si ce n'est par la douceur ? Que je veux de mal à Montaigne d'avoir en quelques endroits blâmé les caresses que

les mères font aux enfans ! Qui peut en savoir plus qu'elles ? C'est la loi que

la nature a établie, c'est l'instinct

que

la Providence leur a donné elle-même; malheur à quiconque prétend en savoir plus qu'elle. C'est l'assaisonnement que la raison apprend à joindre aux instructions quand on veut qu'elles améliorent. On ignore apparemment que les caresses d'une mère courageuse inspirent le courage, qu'elles sont le plus puissant véhicule pour faire passer dans une âme toutes sortes de sentimens.

Bien loin de me plaindre des caresses qu'on fait aux enfans, je me plaindrai bien plus de ce qu'on en ignore toute la force, de ce qu'on laisse inutile un instrument si puissant; je me plaindrai surtout de ce que l'éducation n'est

la pluspart du tems, qu'un amas de règles très-frivoles pour enseigner des choses très-frivoles. Combien ne seroit-il pas à

propos d'apprendre aux enfans cet art de se juger euxmêmes, de leur inspirer cette impartialité qui bannit de la société, sinon l'humeur, du moins

chez nous,

les brouilleries qu’occasionne l'humeur? Combien les hommes ne seroient-ils pas plus heureux' s'ils avoient acquis, dès l'enfance, cette adresse à donner des avis, cette docilité à les recevoir et à les suivre dont j'ai parlé? On croit que l'éducation est impuissante à donner cette attention perpétuelle sur soi-même, et surtout cette tranquille impartialité qui semble l'effet d'un don de la Nature et de la proportion la plus heureuse entre les humeurs. On connoît bien

peu

la force de l'éducation ; et j'en dirai une des raisons, c'est qu'on se contente de donner des règles quand il faudroit faire naître des habitudes. Voyez la puissance de l'éducation publique et de ce que le Président de Montesquieu appelle les meurs; combien elle l'emporte sur tous les préceptes; combien elle règne sur les Rois; à quel point elle dicte les loix. Qu'on voie Lacédémone et les meurs que Lycurgue sut y faire observer; qu'on voie les bizarreries que la coutume et l'opinion conservent aux Indes; qu'on voie le préjugé, qui n'a de force que celle de l'éducation, triompher des mouvemens les plus impétueux de l'amour, et faire même sacrifier la vie; qu'on voie les hommes embrasser dans tous les tems de fausses vertus, les plus contraires à la nature; tant est puissant l'empire de l'opinion; tant est solide la

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chaîne dont tous les hommes se lient les uns aux autres. Quoi! cet empire perdroit-il de sa force en appuyant le rêgne de la vertu? Quoi! on aura pu persuader aux femmes malabares de se brûler après la mort de leurs maris, et on ne persuadera point aux hommes d’être justes, doux, complaisans! Quoi! cette force qui lutte avec tant de violence, qui surmonte avec tant de supériorité la pente de notre cæur, ne pourra la seconder? Erreur et lâcheté! Je crois que ture a mis dans le cæur de tous la semence de toutes les vertus, qu'elles ne demandent qu'à éclore; que l'éducation, mais une éducation bien adroite, peut les développer et rendre vertueux le plus grand nombre des hommes. Je crois même qu'on peut l'espérer des progrès de la raison. Je sais que ces progrès ne peuvent être bien rapides ; je sais que genre

humain se traîne avec lenteur pour faire les moindres pas ; je sais qu'il faudroit commencer par apprendre aux parens à donner cette éducation et à en sentir la nécessité : chaque génération doit en apprendre un peu, et c'est aux livres à être ainsi les précepteurs des nations. Et vous, Madame, qui êtes si zélée pour le bonheur de l'humanité, qui peut mieux travailler que vous à répandre ces maximes? Elles ne sont pas entièrement in

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le

connues. On commence dans notre siècle à les entrevoir, à leur rendre justice, et même à les aimer. On ne sait point encore les inspirer. Quelle maladresse dans l'éducation sur cet article important, et combien il seroit aisé de faire pénétrer les sentimens de compassion, de bienveillance dans le cæur des enfans. Mais les pères sont indifférens, ou sans cesse occupés d'un petit détail d'intérêts. J'ai vu des parens qui enseignoient à leurs enfans que rien n'étoit si beau que de faire des heureux ; je les ai vus rebuter leurs enfans qui leur recommandoient quelques personnes; ils en étoient importunés. Les sollicitations pouvoient être en faveur de gens peu dignes, mais il ne falloit pas songer à ce mal particulier; il falloit, bien loin d'intimider leur jeune sensibilité, les encourager, faire sentir la peine qu'on avoit à les refuser, et la nécessité à laquelle on se trouvoit réduit de le faire. Mais on ne songe qu'au moment présent. On leur reproche encore d'avoir êté dupes dans leurs libéralités, comme s'ils ne s'en corrigeoient pas assez tôt. C'est l'avarice des parens qui fait ce reproche; et souvent celle des domestiques qui environnent un enfant, et qui, parce qu'ils sont avares, ne souffrent rien plus impatiemment que les libéralités qu'on ne leur fait pas, qui même ont souvent la bassesse de croire que ceux qui leur donnent sont leurs dupes. Ainsi l'on resserre le cœur et l'esprit d'un enfant. Je voudrois, et qu'on évitât d'exciter chez eux une mauvaise honte de faire du bien, et qu'on ne crût pas

les

y engager par les louanges; elles rebutent un enfant timide, elles lui font sentir qu'on l'observe, et le font rentrer en lui-même; c'est le comble de l'adresse de les placer à propos. Qu'on leur fasse chercher et saisir les occasions d'être secourables : ; car c'est un art qui peut et qui doit s'apprendre, et faute duquel on en perd mille occasions. Je ne parle pas même de la délicatesse avec laquelle on doit ménager les malheureux qu'on soulage, et pour laquelle la bonté naturelle seule, indépendamment de l'usage du monde suffit

pas. Mais surtout le grand point de l'éducation, c'est de prêcher d'exemple. Le gros de la morale est assez connu des hommes; mais toutes les délicatesses de la vertu sont ignorées du grand nombre; ainsi la pluspart des pères donnent, sans le savoir et même sans le vouloir, de très-mauvais exemples à leurs enfans.

En général, je vois qu'ils leur prêchent leurs défauts comme des vertus; je vois que partout la première leçon qu'on donne aux enfans, c'est d'être économes et de mépriser les domestiques,

ine

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