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XXIII. Un objet frivole ne devient pas plus grave, quoiqu'il influe sérieusement sur l'état des citoyens: les partis n'en seroient pas moins animés quand cette influence seroit nulle ; quand même une dispute élevée sur le nombre des grains de sable de la mer infueroit sérieusement sur l'état des citoyens (les exposeroit à la perte de leur honneur, de leur liberté, de leurs biens, de leur vie), elle n'exciteroit aucune haine.

Ne pourroit-on pas croire aussi, que les Docteurs ont voulu nous apprendre que les disputes des Théologiens ne sont jamais frivoles ? En effet, cette vérité est notoire pour tous ceux qui ont lu avec attention l'Histoire Ecclésiastique.

Il faut au reste bien se garder de penser qu'ils aient prétendu condamner dans cette proposition la supposition qu'ils voudroient y faire soupçonner, que la religion est un objet frivole ; car l'Auteur ne disant rien qui approche de cette supposition, ce seroit une insinuation calomnieuse et atroce: or les Docteurs sont incapables de calomnier.

XXIV. Me voici encore dans l'embarras: je n'ose prononcer si la condamnation tombe ici sur la proposition conditionnelle qu'énonce l'auteur, ou sur les suppositions tacites que les Docteurs y ont vues. Pour ne laisser aucun subterfuge à l'erreur, j'ajoute à la contradictoire directe, les contradictoires des deux suppositions que sous-entend l'Auteur. - Les trois propositions qu'on peut opposer à la proposition condamnée sont,

prétendre; tous les esprits se calmeront, toutes les sectes seront tranquilles.

XXV. Le Ciel m'en préserve (de rendre le zèle d'un Prince inutile à la religion), dit BéOu celle-ci : Quand il n'y auroit rien à gagner sur la terre à se débattre pour le Ciel ; quand le zèle de la vérité ne seroit jamais un moyen de perdre son rival ou son ennemi , de s'élever sur leurs dé. bris, de s'enrichir de leurs dépouilles, d'obtenir une préférence à laquelle ils pouvoient prétendre; les esprits ne s'en calmeroient pas davantage, et les sectes n'en seroient pas plus tranquilles. Ou celle-ci: Il n'y. a jamais eu rien à gagner sur la terre à se débattre pour le Ciel ; le zèle de la vérité n'a jamais été un moyen de perdre son rival ou son ennemi, de s'élever sur leurs débris, de s'enrichir de leurs dépouilles, d'obtenir une préférence à laquelle ils pouvoient prétendre. Ou enfin celle-ci : Quoiqu'il y ait eu quelquefois d'assez bonnes choses à gagner sur la terre à se débattre pour le Ciel, jamais ceux qui se sont débattus pour le Ciel n'ont cherché à rien gagner sur la terre ; et quoique le zèle de la vérité ait pu être quelquefois un moyen de perdre son rival ou son ennemi, etc., etc., etc., jamais les zelés n'ont usé de ce moyen.

Il est certain que la condamnation de la proposition dont il s'agit , nous oblige à croire au moins une de ces trois choses.

XXV. Le plus infaillible moyen qu'ait un Prince de rendre la religion chère à ses peuples, n'est pas lisaire ! Je suis sûr de lui laisser le plus infaillible moyen

de la rendre chère à ses peuples: c'est de faire juger de la sainteté de sa croyance par la sainteté de ses mæurs ; c'est de donner son règne pour exemple et pour gage de la vérité qui l'éclaire et qui le conduit.

XXVI. Et qui appaisera les troubles élevés, demanda l'Empereur ?- L'ennui, répondit Bélisaire; l'ennui de disputer sur ce qu'on n'entend pas, sans être écouté de personne. C'est l'attention qu'on a donnée aux nouveautés, qui a produit tant de noyateurs. Qu'on n'y mette aucune importance, bientôt la mode en passera.

XXVII. Elle (la vérité) triomphera, đit Bélisaire; mais yos armes ne sont pas les siennes. Ne

voyez-vous pas qu'en donnant à la vérité le de faire juger de la sainteté de sa croyance par la sainteté de ses moeurs, de donner son règne pour exemple et pour gage de la vérité qui l'éclaire et qui le conduit: punir, exiler, emprisonner ceux qui refusent de la croire seroit un moyen tout autrement infaillible de la rendre chère à ses peuples.

ment que

XXVI. L'ennui de disputer sur ce qu'on n'entend pas sans être écouté de personne, n'appaise point les troubles : quand on ne donneroit aucune attention aux nouveautés, il n'y auroit pas moins de Novateurs, et la mode n'en passeroit point.

Cette proposition est encore une de celles qui renferment une supposition tacite; car Bélisaire suppose évidem

les disputes dont il parle sont ennuyeuses et inintelligibles. Il faudroit être bien injuste pour trouver mauvais

que

les Docteurs condamnassent une supposition si scandaleuse : aussi suis-je très-convaincu que c'est là ce qui, dans cette proposition, a le plus enflammé leur zèle, et que la vérité qu'ils ont voulu nous enseigner est celle-ci :

Jamais les disputes théologiques ne sont ennuyeuses; on s'y entend toujours parfaitement ; tout le monde les écoute et s'en occupe avec un plaisir toujours nouveau.

XXVII. Les armes temporelles sont les armes de la vérité : le droit du glaive lui appartient exclusivement; et l'erreur, lors même qu'elle aura l'autorité en main, ne pourra l'exercer, parce qu'elle sera

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