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ses adversaires de soutenir librement la doctrine de Scot. Les deux systêmes furent regardés comme de simples opinions abandonnées à la dispute, et dans lesquelles la foi n'étoit point intéressée. Dès-lors la chaleur qu'elles excitoient ne pouvoit sortir de l'enceinte des écoles où elles êtoient nées. Comment, en effet, le peuple pourroit-il s'échauffer pour des questions métaphysiques qui lui sont indifférentes, et sur lesquelles ceux qui s'en occupent ne peuvent tenter de lui faire prendre un avis qu'en discutant le fond même de la question, qu'il n'entend ni ne prétend entendre ? Pour parvenir à l'émouvoir, il faut lui faire voir dans la question autre chose que la question même, l'indigner contre la révolte à l'autorité qu'il respecte, ou contre la rigueur d'une persécution injuste; il faut pouvoir lui persuader qu'il s'agit de l'essence même de la religion, et que les fondemens de la foi sont ébranlés; il faut pouvoir faire retentir à son oreille les noms d'hérétique et d'ennemi de l'Église. Un Théologien obligé d'avouer que l'opinion qu'il combat n'est que fausse, et non pas

criminelle , n'a plus aucun moyen pour rendre ses adversaires odieux; aussi jamais question sur laquelle l'autorité a laissé soutenir librement le

pour

et le contre n'a-t-elle occa

sionné et n'occasionnera-t-elle aucun trouble. Les Dominicains et les Franciscains disputèrent donc , et le peuple ne le sut même pas. Le dogme de la liberté continua d’être la base de l'enseignement populaire, toujours dirigé du côté moral et pratique.

Luther et Calvin parurent : ces nouveaux réformateurs,

ardens à chercher des contrariétés entre la croyance de l'Église catholique et la doctrine des premiers siècles du Christianisme, prétendirent embrasser les principes que St. Augustin avoit développés contre les Pélagiens, et allèrent beaucoup au delà. Les disciples de Luther revinrent bientôt à des principes plus doux; et même une partie des Calvinistes, quoiqu'un peu plus tard, abandonnèrent , sous le nom d'Arminiens, la doctrine de leur maître pour prendre celle de Pélage. Mais lors de l'établissement du Protestantisme, le prédestinationisme le plus 012tré êtoit une des erreurs les plus chères à ses premiers prédicateurs, et par conséquent une de celles que les Théologiens catholiques combattirent avec le plus de vivacité. Cette Société fameuse, qui née pendant la plus violente agitation de ces nouveaux orages, se croyoit suscitée pour

combattre et vaincre cet essaim d'en

nemis

que

l'Enfer déchaînoit de toutes parts contre l'Église Romaine, les Jésuites se déyouèrent à la controverse avec cette activité, cette ardeur persévérante, principe de leurgrandeur et de leur chûte , et qui les a toujours caractérisés. Il se peut que leur aversion pour les assertions outrées des hérétiques qu'ils réfutoient, ait contribué à leur faire choisir parmi les opinions catholiques celles qui s'en éloignoient le plus. Bientôt, malgré l'injonction que leur avoit faite leur fondateur de s'attacher à la doctrine de S. Thomas, la doctrine contraire domina dans la Société. Ses Écrivains déployèrent toute la subtilité de leur génie, toutes les ressources de la métaphysique du tems pour la développer; pour en donner des explications nouvelles ; pour combiner des systêmes propres à la concilier avec toutes les vérités que la foi enseigne sur la grâce; pour dépouiller s'il étoit possible ces matières de l'obscurité mystérieuse qui les couvre. Molina, voulant expliquer comment la liberté des actions humaines s'accorde avec la préscience divine, imagina d'employer ce qu'il appelle la science moyenne , ou la science des futurs conditionnels, espèce particulière de prévision par laquelle Dieu prévoit ce qui ne sera pas, mais ce qui seroit,

si telle ou telle autre chose étoit arrivée. Molina fonde ainsi la préscience sur une connexion entre la condition et l'action ; connexion qui ne peut être nécessaire , puisque la condition n'ayant point êté et ne devant point être réalisée, il n'a existé ni n'existera aucun exercice de la liberté, aucune détermination qui en puisse être l'effet. Cette explication ne fait donc que substituer à la difficulté résultante de la préscience une difficulté peut-être plus grande résultante de l'explication même. Suarès, pour expliquer comment Dieu opère par sa grâce le salut de l'homme, supposa un concours de puissance divine par lequel Dieu opère l'action au même moment que l'homme la détermine, sans que l'opération de l'un ni de l'autre ait aucune antériorité de tems. Il explique la science moyenne inventée par son confrère d'une manière assez subtile, et croit parvenir à faire comprendre comment la grâce produit infailliblement son effet sans que l'homme en soit moins libre d'y céder ou d'y résister; mais cette explication a encore le défaut de laisser subsister toute entière la difficulté qu'elle essaie de résoudre.

Ces systêmes plus ou moins nouveaux, plus ou moins ingénieux, furent vivement attaqués à leur naissance. Les Dominicains, en combattant Luther et Calvin, n'avoient rien perdu de leur attachement à l'ancienne doctrine de leur Ordre. Ils purent être blessés des traits

que

les écrivains Jésuites cherchoient quelquefois à faire retomber sur elle, en paroissant les diriger uniquement contre celle des hérétiques. Ils s'élevèrent avec force contre ces rivaux, devenus plus redoutables que l'Ordre de S. François. Les disputes s'animèrent tellement

que

le Saint-Siége crut devoir s'en

occuper.

per. Les Théologiens des deux Ordres débattirent leurs opinions devant ces assemblées si connues sous le nom de Congrégations de Auxiliis. Rome eut encore cette fois la sagesse

de ne rien prononcer. Mais l'acharnement des deux partis fut augmenté par l'éclat de ces disputes solemnelles. La haine que les Jésuites avoient de bonne heure inspirée donna beaucoup d'alliés à la cause des Dominicains. De célèbres Théologiens des Universités des Pays-Bas opposèrent aux progrès des opinions des Jésuites le respect, transmis d'âge en âge dans l'Église, pour les ouvrages de S. Augustin. Ils s'attachèrent à étudier spécialement ses écrits contre les Pélagiens, et à former des principes divers qu'il y a jettés, un systême lié qui leur parut également

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