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Premières OPÉRATIONS tendantes do régler les Mesures et les Poids

par un Etalon physique, inaltérable et toujours facile à vérifier.

Il n'y a jamais eu une idée plus grande et plus juste , une vue plus sage pour une Nation, ou un Gouvernement qui voulait régler les mesures et les poids en usage dans son pays, les comparer avec les poids et les mesures des autres Nations, offrir au Monde sur cet article important un principe raisonnable et invariable, que celle de chercher ce principe dans la nature.

On y est parvenu en prenant pour mètre une partie aliquote d'un arc du méridien. Tel a été le résultat du beau, de l'intéressant, de l'immense travail exécuté par MM. de Lambre, Méchain, Biot et Arrago.

Plusieurs Savans, parmi lesquels M. Turgot doit être compté, avaient auparavant songé à employer un autre moyen, à prendre pour base un autre fait également naturel, qui pouvait être plustot connu, et qui est encore plus facile à vérifier en tout tems , à moins de fraix. C'était la longueur du pendule à secondes, à un degré déterminé d'élevation du pole, et particulièrement au quarante-cinquième degré, terme moyen entre le pôle même et l'équateur: en faisant les observations nécessaires au niveau de la mer, à une assez grande distance des montagnes, pour que leur attraction ne pût causer dans la pesanteur une erreur sensible.

Le parti qui depuis a été adopté a trois avantages de plus : celui d'être une très-belle et très-pénible opération géodésique et géographique; celui d'avoir contribué d'autant à confirmer et à étendre les connaissances qu'on avait sur la figure du sphéroïde que nous habitons; et celui de donner à chaque possesseur de terre , qui veut prendre la peine d'en faire le calcul, la satisfaction de savoir avec exactitude quelle portioncule du globe terrestre lui

appartient, et dans quel rapport il est co-propriétaire du Monde.

M. Turgot préférait la fixation de la longueur du pendule au quarante-cinquième degré, comme devant être bien plus prompte, infiniment moins pénible, et beaucoup moins dispendieuse : trois points qui, surtout pour un Ministre d'État et des Finances, n'étaient pas à dédaigner.

Nous allons rapporter ce qu'il a fait à ce sujet.

LETTRE de M. TURGOT à M. MESSIER,

de l'Académie des Sciences, Astronome de la Marine.

Ce 3 octobre 1775.

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M. de Condorcet a dû vous prévenir, Monsieur, du projet que j'ai de faire constater par des expériences exactes la longueur précise du pendule, qui me paroît devoir servir d'étalon

commun et de terme de comparaison à toutes les mesures qu'il sera facile d'y réduire.

Mais le mouvement de rotation et la figure de la terre faisant varier à raison des différentes latitudes la pesanteur et par conséquent la longueur du pendule destiné à faire des oscillations d'une égale durée,

durée , il faut se déterminer à choisir pour mesure matrice, le pendule d'une latitude déterminée.

Il ne peut y avoir de motif raisonnable de préférence que pour le pendule de l'équateur et celui du parallèle du quarante - cinquième degré. Ce dernier paroît préférable par une foule de raisons ; et surtout par la facilité que donne sa situation, au milieu des contrées où les sciences fleurissent, d'en vérifier la longueur aussi commodement et aussi souvent qu'on le voudra. Nous avons même l'avantage que ce parallèle traverse la France et passe fort près de Bordeaux. Les environs de cette ville présentent, dans le Médoc, un terrein peu élevé au-dessus du niveau de la mer, et suffisamment éloigné de toutes les montagnes qui pourroient troubler l'action de la pesanteur: ces circonstances sont les plus favorables qu'on puisse rencontrer pour les recherches de ce genre.

Je me suis déterminé en conséquence à prier un Astronome de s'y transporter et d'y faire toutes les observations nécessaires pour constater la longueur du pendule,

Je n'ai pas cru pouvoir choisir pour ce travail personne qui réunisse plus que vous le zèle pour le progrès des sciences et le talent d'observer avec précision. M. de Condorcet m'ą dit que vous ne refuseriez point d'entreprendre ce voyage. J'en ai prévenu M, de Sartine, qui veut bien vous y autoriser, et qui peut - être vous chargera de son côté de quelques commissions.

Je joins à cette lettre une esquisse d'instruction à laquelle vous ajouterez tout ce que vos réflexions pourront vous suggérer sur les moyens les plus sûrs et les plus faciles d'arriver au but, Je vous serai obligé de préparer le plustôt qu'il vous sera possible tout ce qui est nécessaire, soit pour votre voyage, soit pour vous munir des instrumens convenables.- S'il falloit quelques démarches pour vous faire avoir la liberté d'emporter avec vous la pendule de M, l'Abbé Chappe, vous voudrez bien me l'indiquer. Je vous envoie une lettre pour M. l'Intendant de Bordeaux, afin qu'il vous procure toutes les facilités qui peuvent dépendre de lui pour remplir votre mission,

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Si vous avez besoin de quelque argent d'avance, soit pour l'acquisition des instrumens, soit pour les fraix de votre voyage, vous pouvez vous adresser à M. de Vaines que j'ai prévenu,

Je vous prie de me marquer quand vous pourrez partir.

Je suis très-parfaitement, Monsieur, etc.

LETTRE à M. DE SARTINE, Ministre de

la Marine.

Du 4 octobre 1775.

J'ai eu l'honneur de vous prévenir , Monsieur, du voyage que je propose à M. Messier pour faire, dans le Médoc, des observations propres à déterminer la longueur du pendule à secondes, et à fournir par conséquent une mesure fixe et retrouvable dans tous les tems, à laquelle on puisse comparer toutes les autres. En qualité d'Astronome de la Marine, il a besoin de votre agrément. Vous avez bien voulu me le promettre; vous m'avez dit qu'en même tems vous le chargeriez de quelques commissions relatives à votre département. Je vous serai obligé de vouloir bien hâter l'expédition de sa permission et des instructions que vous voulez lui donner,

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