Obrázky na stránke
PDF
ePub

Errante sous les fleurs que l'onde crystaline
De l'humble violette arrose la racine.

Soit qu'un dôme d'écorce ou qu’un tissu d'osier
Forme de leur maison l'édifice grossier,
Tenez-en l'ouverture et basse et resserrée:
Au froid, à la chaleur défendez-en l'entrée.
La chaleur fond le miel que le froid durciroit;
Par l'un et l'autre excès l'abeille périroit.
Aussi la verrez-vous nuit et jour occupée,
Chercher la moindre fente à vos yeux échappée,
La remplir d'herbe sèche et l'enduire avec soin
De cire ou d'un mastic qu'elle garde au besoin;
Des forêts de l'Ida la poix est moins visqueuse.

Souvent même, dit-on, ce peuple ailé se creuse
Des retraites sous terre : il aime à se cacher
Tantôt dans un vieux tronc, tạntôt sous un rocher.
Aidez son industrie, et qu'un enduit d'argile
Surmonté de feuillage entoure son asile.
Bannissez de ces lieux l’if sombre et malfaisant;
Craignez d'y cuire au feu le crabe rougissant :
Craignez l'odeur qu'exhale un profond marécage,
Et de l'eau qui croupit le fatal voisinage;
L'abeille fuit aussi ces lieux retentissans
Où de la voix l'écho répète les accens.

Quand chassant les frimats sous un autre hémisphère
Le soleil de ses feux vient ranimer la terre,
L'abeille se répand dans les bois, sur les eaux,
Butine sur les fleurs, ou rase les ruisseaus.
Tout renaît : le plaisir embellit la nature,
L'abeille en a senti la flamme active et pure,
Germe éternel de vie et de fécondité.

[ocr errors]

Progeniem nidosque fovent: hinc arte recentes
Excudunt ceras, et mella tenacia fingunt.

Hinc ubi jam emissum caveis ad sidera coeli
Nare

per

æstatem liquidam suspexeris agmen, Obscuramque trahi vento mirabere nubem, Contemplator; aquas dulces et frondea semper Tecta petunt: huc tu jussos asperge sapores , Trita melisphylla, et cerinthæ ignobile gramen: Tinnitusque cie, et Matris quate cymbala circùm. Ipsæ consident medicatis sedibus; ipsa Intima more suo sese in cunabula condent.

Sin autem ad pugnam exierint (nam sæpè duobus Regibus incessit magno discordia motu), Continuoque animos vulgi et trepidantia bello. Corda licet longè præsciscere; namque morantes Martius ille æris rauci canor increpat, et vox Auditur fractos sonitus imitata tubarum,

On

On la voit s'oubliant pour sa postérité,
Entasser sans relâche et la cire odorante
Et du miel savoureux la liqueur transparente.

Lorsqu'enfin vous verrez les timides essaims
Nager sous un ciel pur, et flotter incertains
Balancés par les vents tels qu'un léger nuage;
Suivez des yeux leur vol : l'eau, la fraicheur, l'ombrage,
En sont toujours le terme. Ayeż soin d'y porler
Des parfums dont l'odeur puisse les arrêter.
Frottez quelques paniers de thim et de mélisse;
Que l'air aux environs s'ébranle et retentisse
D'un bruit confus de voix et d'instrumens d’airain,
Dans l'osier parfumé, tout se blotit soudain.
L'effroi cesse, la faim réveille l'industrie,
Et de l'essaim déjà la ruche est la patrie.

Mais souvent la discorde en vient troubler la paix : Deux Rois en deux partis divisent les sujets. Tout s'anime aux combats : un sourd et long murmure De la guerre civile est l'infaillible augure.

Tome IX.

4

Sur la Prosodie de la langue française

et la Versification mètrique.

Il n'est pas très-commun de bien écrire en français. Il est encore plus rare de lire parfaitement, quoique la vue ait alors le temps d'avertir la voix des syllabes que celle-ci va prononcer. Mais une chose plus rare qu'on ne peut le dire et le croire, c'est de bien parler.

Pour bien parler, il ne suffit point que le sténographe qui vous écoute ait à rendre un discours où l'ordre, la clarté, la raison, la précision, se revêtent, selon le sujet, d'élégance, de grâce, d'énergie, d'éloquence, et ne s'écartent jamais de la correction grammaticale : conditions que tout le monde ne remplit pas, que nul homme peut-être ne remplit toujours. Il faut encore que la prononciation de ce discours soit avec lui d'une parfaite harmonie, qu'aucun mot ne s'y trouve éloigné dans aucune de ses syllabes de la mesure déterminée par la langue, et qui entre plus qu'on ne pense dans la signification de ce mot.

On trouve quelques barbares qui disent que notre langue est sans prosodie, ou n'en a qu'une arbitraire, et quelques bonnes gens,

malheureusement beaucoup de jeunes gens, qui le croient : ceux-ci ne deviendront point des orateurs, et ce

[ocr errors]

SUR LA PROSODI E.

31 n'est pas une grande perte. Mais la chose est absurde. Toute langue est parlée selon ses règles, son génie, l'étymologie et le sens des termes qu'elle emploie.

Il n'est pas une langue dont toutes les syllabes soient de la même mesure. On a distingué nettement dans le latin des longues, des bréves, et ce qu'on a jusqu'à présent appellé des douteuses. Cette dernière expression est trèsimpropre. Il ne peut y avoir rien de douteux dans les bonnes façons de parler, ou de prononcer: on parle, on prononce bien ou mal. Une syllabe qui n'est ni bréve ni longue n'est pas douteuse ; puisqu'on ne doute point qu'elle n'a ni l'une ni l'autre des qualités extrêmes. Qu'estelle donc? elle est moyenne (1).

(1) Il est vrai qu'on trouve, dans Virgile même, des syllabes employées quelquefois comme longues et quelquefois comme bréves.

Il faut observer sur elles que dans toutes les langues il y a des syllabes bréves par elles-mêmes, qui deviennent longues par leur position devant ou après d'autres syllabes. Elles ne sont pas pour cela douteuses, ni même variables ; puisque ce changement est soumis à des lois invariables.

Il est aussi arrivé aux meilleurs Poëtes de manquer à la règle; par une licence, c'est-à-dire une paresse, qui a toujours été fort rare chez eux. Le grand Racine n'a pas corrigé ce vers:

« Visir , songez à vous , je vous en averti , » où la conjugaison a été violée, et une syllabe bréve substituée à la longue que la grammaire exigeait.

Une faute, quel que soit l'homme qui l'ait commise, p'est pas une autorité.

« PredošláPokračovať »