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certitude de nos idées dépend de la certitude de l'existence de Dieu.

Secondement, l'esprit humain , ni aucun esprit créé, ne peut voir en lui-même ni l'essence des choses ni leur existence : donc, l'homme qui s'isole de ses semblables et de Dieu , l'homine qui cherche la vérité en luiméme, détruit son intelligence, et ne peut arriver à rien de certain.

Troisièmement, puisqu'il est indubitable que ce n'est pas en soi-même ni par soi-même que l'esprit voit l'existence des choses , quiconque se renferme en soi, et veut parvenir à la vérité par soi-même, ne peut donc s'assurer de l'existence d'aucune chose, ni de sa propre existence ; et puisque nous dépendons en en cela de quelque autre chose , il faut donc que nous connoissions avec certitude l'être ou la chose dont nous dépendions, pour être certains de la vérité de nos pensées et de nos jugemens; et jusque-là nous ne saurions rien affirmer, pas même que nous existons.

Malebranche, aussi – bien que Descartes, avoue donc qu'il lui est impossible de sortir du doute , avant d'être assuré que Dieu est; et, comme Descartes encore, il ne peut s'assurer que Dieu est qu'en posant comme certains des principes dont il n'a d'autre preuve que l'assentiment de son esprit, dont les perceptions et l'existence même sont incertaines , si Dieu n'est pas.

Ce n'est pas certes un spectacle peu instructif que celui d'un philosophe doué du plus rare génie, qui entreprend d'enseigner aux hommes à rechercher, la vérité par la raison seule, et qui, après de longs efforts et des raisonnemens sans nombre , épuisé de travail et d'espérance, dit enfin : « J'avoue qu'il m'est « impossible de voir en moi - méne ni par (( moi-même l'essence d'aucune chose ni son « existence ; j'avoue que j'ignore ce que je suis « et si je suis, et que je ne puis le savoir que « lorsque je saurai avec certitude que Dieu ( existe, et qu'il ne peut ni ne veut me trom« per; j'avoue que, pour connoître avec cette « certitude l'existence de Dieu, je dois au« paravant être certain de plusieurs choses « qui me sont nécessaires pour la prouver , « et que je reconnois être douteuses , si Dieu « n'existe pas. Voilà ma philosophie, voilà où « m'a conduit la raison, et où elle me laisse ». ; Malebranche, en effet , ne pouvait , comme philosophe, aller plus loin, et il ne sortoit de cet abîme que par la foi. Il ne croyoit pas qu'on pût, sans la révélation, être certain de l'existence des corps; et dès qu'il s'agit de la religion, c'est-à-dire, des vérités nécessaires aux hommes, il change aussitôt de langage , et s'élève avec force contre les insensés qui veulent les soumettre à la raison de l'homme, ou même les appuyer sur elle. Il ne sera pas inutile peut-être de rappeler ces réflexions à ce sujet.

Après avoir parlé de diverses erreurs où tombent quelques personnes en des matières peu importantes , « Si les hommes, continue« t-il, ne s'arrêtoient qu'à de pareilles ques« tions, on n'auroit pas sujet de s'en mettre « beaucoup en peine; parce que, s'il y en a « quelques-uns qui se préoccupent de quel« ques erreurs, ce sont des erreurs de

peu

de a conséquence. Pour les autres, a lout-à-fait perdu leur temps, en pensant à « des choses qu'ils n'ont pu comprendre; car « ils se sont au moins convaincus de la foi« blesse de leur esprit. Il est bon , dit un au« teur fort judicieux*, de fatiguer l'esprit à ces

ils n'ont pas

* L'Art de penser.

<< sorles de subtilités, afin de dompter sa pré« somption, et lui ôter la hardiesse d'opposer « jamais ses foibles lumières aux vérités que « l'Église lui propose , sous prétexte qu'il ne les « peut pas comprendre. Car, puisque toute la ( vigueur de l'esprit des hommes est contrainte « de succomber au plus petit atome de la ma« tière...., n'est-ce pas pécher visiblement contre « la raison que de refuser de croire les effets « merveilleux de la toule-puissance de Dieu , « qui est d'elle-même incompréhensible, par « cette raison que notre espril ne les peut con« prendre ?

« L'effet donc le plus dangereux que pro« duit l'ignorance , ou plutôt l'inadvertance où

l'on est de la limitation et de la foiblesse de « l'esprit de l'homme, et par conséquent de u son incapacité pour comprendre tout ce << qui tient quelque chose de l'infini', c'est « l'hérésie. Il se trouve, ce me semble , en ce <temps-ci plus qu'en aucun autre, un fort

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Il y a infinité partout, par conséquent incom« préhensibilité partout ». Nicole, Discours de l'existence de Dieu et de l'innortalité de l'ame. Essais, tom. II, pag. 42.

« grand nombre de gens qui se font une « théologie particulière, qui n'est fondée que « sur leur propre esprit et sur la foiblesse « naturelle de la raison; parce que, dans les « sujets mêmes qui ne sont point soumis à la « raison, ils ne veulent croire que ce qu'ils « comprennent.

« Les sociniens ne peuvent comprendre « les mystères de la Trinité ni de l'Incarna« tion : cela leur suffit pour ne les pas croire, a et même pour dire, d'un air fier et mépri« sant, de ceux qui les croient, que ce sont « des genis

nés pour l'esclavage. Un calviniste « ne peut concevoir comment il se peut faire que

le corps de Jésus-Christ soit réellement « présent, au sacrement de l'autel dans le « même temps qu'il est dans le ciel ; et de « là il croit avoir raison de conclure que cela « ne se peut faire, comme s'il concevoit

par« failement jusqu'où peut aller la puissance de « Dieu.

«Un homme qui est même convaincu qu'il « est libre , s'il s'échauffe la tête pour tâcher « d'accorder la science de Dieu et ses décrets « avec la liberté, il sera peut-être capable de « de tomber dans l'erreur de ceux qui ne croient

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