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hommes, et tous la connoissent sans avoir eu besoin de l'étudier; tous, et même ceux qui la nient, prouvent sa nécessité, en réglant sur elle leur conduite. A quoi se réduit-elle en effet ? A ces deux points :

I. Tous les hommes croient invinciblement mille et mille choses, et par conséquent cette foi invincible est dans leur nature. C'est un fait dont personne ne doute ni n'a le pouvoir de douter; et tout ce que l'universalité des hommes croit invinciblement est vrai relativement à la raison humaine, et doit être tenu pour certain, sans quoi nulle certitude ne seroit possible.

II. Tous les hommes ont effectivement un penchant naturel à tenir pour certain ce qui est cru ou attesté comme vrai généralement, et ils déclarent fou quiconque nie ce qui est attesté de la sorte. Le consentement commun est donc, au jugement de tous les hommes, la marque de la vérité ou la règle de la raison particulière.

Ainsi nous combattons le sens privé des philosophes, des déistes et des athées, par le sens commun des hommes, ou l'autorité du genre humain; comme nous combattons le sens privé des hérétiques par le sens commun des chrétiens', ou par

l'autorité de l'Église. En un mot, nous soutenons qu'en toutes choses, et toujours, ce qui est conforme au sens commun est vrai, ce qui lui est opposé est faux; que la raison individuelle, le sens particulier, peut errer; mais que la raison générale, le sens commun, est à l'abri de l'erreur; et l'on ne sauroit supposer le contraire, sans faire violence au langage même, ou à la raison humaine, dont le langage est l'expression.

Cette doctrine a paru tout-à-fait étrange dans notre siècle; on s'est beaucoup mo

Quod ubique , quod semper, quod ab omnibus creditum est. Vincentii Lirinensis Commonit., c. II.

qué de la raison générale , très oubliée en effet depuis long-temps. Quelques personnes même se sont crues obligées en conscience de protester contre cette nouveauté suspecte qu'on appelle le sens commun., Nous respectons infiniment leurs scrupules, mais nous ne pensons pas

devoir y céder. Quand il serait vrai que

le sens commun fût aussi nouveau qu'on le prétend, encore ne faudroit-il

pas

le dédaigner à cause de cela; car ce n'est qu'à son aide qu'on peut combattre avec succès le scepticisme et toutes les fausses doctrines de nos jours. On voudroit qu'on s'en tỉnt aux preuves anciennes; cela seroit bon peut-être, s'il avoit plu aux hommes de s'en tenir aux anciennes erreurs. Sommes-nous dans le même état où nous étions il y a cinquante ans? Ne s'est-il opéré aucun changement dans les esprits et dans la société ? l'arbre de la science du mal a t-il cessé de produire des fruits? S'est-on arrêté dans le désordre? Une force terri

ble emporte le monde; et l'on dit : Pourquoi marchez-vous ?

Au milieu de ce grand mouvement qui a tout déplacé, tout bouleversé, la pensée des hommes se porte sur mille objets nouveaux; on remue des questions sans nombre; et il y a de bonnes gens qui demandent : Pourquoi parle-t-on de cela ?

D'autres se tranquillisent sur les inconvéniens d'une philosophie sceptique, parce qu'il est impossible d'arriver au scepticisme complet. Qu'importe, disent-ils , une doctrine

que

la conscience repousse, et qu'on ne sauroit parvenir à mettre en pratique ? Nul homme ne douta jamais sérieusement de son existence, ni de mille autres choses semblables. Nous en cộnvenons; mais la philosophie qui obligeroit d'en douter cesse-t-elle d'être dangereuse, parce que l'homme ne peut être conséquent jusqu'à ce point? Et ne suffitil pas qu'il puisse douter réellement de la vérité du christianisme, de l'immortalité de l'ame, de Dieu même, pour qu'on doive combattre les principes qui conduisent à ce doute affreux ? Il n'y a point de sceptique parfait; non certes. Mais il y a des hérétiques, des déistes, des athées; et, à notre tour, nous dirons : Qu'importe qu'ils croient à leur existence et à tout ce qu'on voudra , s'ils ne croient pas à la religion, aux devoirs, à une vie future où les méchans seront punis et les bons récompensés; s'ils ne croient pas en Dieu ? Qu'importe qu'après avoir suivi jusque-là un principe qui devroit les forcer encore à douter d'eux-mêmes, une puissance supérieure les arrête, et les contraigne de croire à une existence sans cause comme sans but ? N'y a-t-il donc que la dernière erreur, la dernière destruction, que le néant, qui soit à craindre? et tout sera-t-il permis à l'homme , pourvu qu'il consente à dire : Je suis. On rejettera, nous le savons, cette conséquence avec horreur. Alors qu'on cesse donc de répéter qu'il n'y a point,

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