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sopbique, de Deseartes ne s'étendit jamais aux vérités a révélées ; il les regardoit comme d'un ordre trop supé* rieur à la raison pour vouloir les y assujettir. On voit « partout dans ses ouvrages qu'il distinguoit le philosophe « du chrétien , et que, s'il parloit avec audace sur tous les

objets de la raison , il ne parloit qu'avec soumission sur « tous les objets de la foi ».

Certes, l'existence des corps, l'union de l'esprit et de la matière , l'existence de Dieu même, objets de la philosophie, sont aussi des vérités d'un ordre supérieur à la raison, et on vit bientôt les effets funestes d'un système qui les abandonnoit au doute. Le scepticisme remplaça la foi. Descartes va jusqu'à dire que l'homme a inventé sa pensée et la pensée de l'infini , à peu près comme ceux qui prétendent que l'homme a inventé sa parole et le verbe, moyen universel du langage. La pensée et la parole sont intimement liées, elles se développent Pune à l'aide de l'autre , et.ces biens sont , comme la vie, une tradition, un heritage Locke, venu après Descartes ; voulut trouver dans lessens les principes de nos idées, que Descartes avoit fait naître d'elles-mêmes et du doute. Rousseau prétendit qu'elles étoient gravées dans les cours, et que la conscience étoit la règle de la vérité. Kant nia la raison même, et affirma que nous ne pouvons être sûrs de rien, pas même de l'existence des corps; car qui nous dit que l'espace et la durée ne sont pas des formes de notre entendement, et que nous ne voyons les objets hors de nous étendus et successifs, à cause de la forme de notre intelligence, comme nous voyons avec des verres rouges les objets rouges, quoiqu'ils ne le soient pas réellement. Les sens, le raisonnement, le sentiment, sont donc des bases de philosophie tour à tour ruinées par des philosophes. Qu'on nous montre en philosophie un établissement , pour parler le langage de Leibnitz, ou une vérité reconnue. Toutes les philosophies jusqu'ici n'ont donc abouti qu'au scepticisme.

M. de la Mennais, en attaquant l'indifférence en matière de religion, a dû rechercher d'où venoit ce mal, et en indiquer le remède ; et nous croyons que sa philosophie, qui n'est rien moins que nouvelle, est la philosophie, du bon sens. La première question qu'il a dû se faire, pour montrer aux hommes qu'ils devoient rechercher la vérité, est celle-ci : Y a-t-il un moyen de s'assurer des vérités nécessaires? La réponse n'est pas douteuse, puisque le genre humain vit de foi à ces vérités, malgré les variations perpétuelles de la philosophie et l'incertitude de ses systèmes. Pendant que les philosophes arrivent au scepticisme et doivent douter de tout, tous les hommes « croient invincible« ment mille et mille vérités, qui sont le lien de la société « et le fondement de la vie humaine ». Pourquoi ce résultat si différent? Parce

que

les uns demandent à leur raison de leur démontrer toutes les vérités, pendant que les autres admettent comme vrai ce que l'universalité des hommes a reconnu pour tel. M. de la Mennais constate des faits dont l'ensemble constitue le seul système qui conduise à la vérité. Après avoir montré admirablement comme par la vérité; ni dans le raisonnement, avec lequel les philosophes ont tout nié et tout affirmé; M. de la Mennais parle ainsi :

n'est

pas dans les sens que nous pouvons trouver le fondement de la certitude, puisqu'il n'existe aucun rapport nécessaire entre nos sensations et la réalité des choses; ni dans le sentiment, qui se laisse emporter par l'erreur

que ce

« Mais quoi! perdant toute espérance, nous plongerons« nous, les yeux fermés, dans les muettes profondeurs « d'un scepticisme universel ? Douterons-nous si vous « pensons, si nous sentons, si nous sommes? La nature « ne le permet pas ; elle nous force de croire, lors même « que notre raison n'est pas convaincue. La certitude ab« solue et le doute absolu nous sont également interdits. « Le scepticisme complet seroit l'extinction de l'intelli« gence

et la mort totale de l'homme. Or, il ne lui est pas « donné de s'anéantir. Il y a en lui quelque chose qui « résiste'invinciblement à la destruction, je ne sais quelle « foi vitale, insurmontable à sa volonté même. Qu'il le « veuille ou non, il faut qu'il croie, parce qu'il faut qu'il

agisse , parce qu'il faut qu'il se conserve. La raison, s'il « n'écoutoit qu'elle, ne lui apprenant qu'à douter de tout « et d'elle-même, le réduiroit à un état d'inaction absolue; « il périroit avant d'avoir pu seulement se prouver à lui« même qu'il existe. Ainsi, l'homme est dans l'impuissance « naturelle de démontrer pleinement aucune vérité, et « dans une égale impuissance de refuser d'admettre cer« taines vérités. Bien plus, les vérités que la nature le a contraint d'admettre avec le plus d'empire sont celles « dont il a le moins de preuves : tels sont tous les principes

qu'on appelle évidens; on les reconnoît même à ce carac« tère qu'on ne sauroit les prouver.

« Dès qu'on veut que toutes les croyances reposent sur « des démonstrations, l'on est directement conduit au

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pyrrhonisme. Or, le pyrrhonisme parfait, s'il étoit « possible d'y arriver, ne seroit qu'une parfaite folie, une « maladie destructive de l'espèce humaine. De là vient que « le même sentiment qui nous attache à l'existence nous « force de croire et d'agir conformément à ce que nous « croyons. Il se forme malgré nous dans notre entende« ment une série de vérités inébranlables au doute, soit « que nous les ayons acquises par les sens ou par quelque « autre voie. De cet ordre sont toutes les vérités néces« saires à notre conservation, toutes les vérités sur les

quelles se fondent le commerce de la vie et la pratique « des arts et métiers indispensables. Nous croyons invin« ciblement qu'il existe des corps doués de certaines pro« priétés, que le soleil se lèvera demain, qu'en confiant « des semences à la terre elle nous rendra des moissons.

Qui jamais douta de ces choses et de mille autres sem« blables? « Dans un ordre différent, nous ne doutons

pas

da« vantage d'une multitude de vérités que la science cons« tate; et c'est cette impuissance de douter, ou du moins, « si i'on doute, l'assurance d'être déclaré fou, ignorant,

inepte, par les autres hommes, qui constitue toute la « certitude humaine. Le consentement commun (sensus « communis) est pour nous le sceau de la vérité; il n'y en a « point d'autre. Supposons en effet que les hommes, dans « les mêmes circonstances, fussent affectés de sensations, « de sentimens contraires, formassent des jugemens op« posés, aucun d'eux ne pourroit rien nier, rien affirmer, « parce qu'aucun d'eux ne trouveroit en soi de preuves « déterminantes en faveur de ce qu'il sent et de ce qu'il

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juge. Sa raison étonnée s'arrêteroit en silence devant « la raison d'autrui, comme nous nous arrêterions,

pleins de surprise et de doute, devant des miroirs qui,

placés en face du même objet en réfléchiroient des ima« ges dissemblables.

Qu'il y ait contradiction entre les rapports des sens, « les témoignages intérieurs de l'évidence, ou les juge« mens raisonnés de plusieurs individus ; sur-le-champ « le défaut d'accord produit l'incertitude, et l'esprit de-« meure en suspens jusqu'à ce que le consentement com« mun ramène avec soi la persuasion. Un principe , un « fait quelconque est plus ou moins douteux, plus ou « moins certain, selon qu'il est adopté, attesté plus ou « moins universellement. Toutes les idées humaines sont « pesées à cette balance ; les hommes n'ont point d'autre « règle pour les apprécier. »

Et voilà comment s'exprime celui qu'on accuse de nier la vérité et l'erreur, le bien et le mal. Où avez-vous vu qu'il dise que la raison ne puisse servir à conduire à la vérité? Il dit seulement qu'elle ne peut par ellemême arriver à la certitude , et qu'il faut qu'elle s'aide de l'autorité ou d'une raison plus générale qui la redresse quand elle s'égare *.

sens

Répétons ici l'explication qu'on a déjà donnée : « Un moyen infaillible de certitude est celui qui ne peut pas tromper. Or, les

le sens intime ou ce qu'on prend pour tei, le raisonnement ou la raison particulière de l'homme , le trompent souvent.

« Donc , ni les sens , ni le sens intime , ni la raison particulière

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