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tion soit constante, uniforme, et de plus conforme à la raison ou à l'expérience. Il faut que l'évidence même, pour être une vraie évidence, soit l'éclat rejaillissant d'idées. bien claires et bien distinctes, et non le feu follet de l'imagination, des préjugés, des passions; il faut, pour qu’un syllogisme prouve quelque chose , que les prémisses en soient bien vraies et la conséquence bien juster.

Mais, messieurs, puisque d'après vous j'ai trois moyens infaillibles de certitude, et trois moyens

infaillibles

pour mon individu, même isolé, qu'ai-je besoin de toutes les règles de l'école ? Ne puis-je pas en faire moi-même de nouvelles qui seraient aussi bonnes que les vôtres ?

Monsieur , à vous permis d'être fou , si cela vous plaît: Mais si vous voulez être raisonnable, il faut que vous suiviez dans vos jugemens ces règles établies d'un commun accord

par l'expérience des siècles et des hommes les plus. sages.

Alors, messieurs, accordez-vous avec vous-mêmes. Vous m'assurez que j'ai en moi-même des moyens de certitude si infaillibles que, quoi qu'en dise M. de la Mennais, jamais je n'ai besoin, pour être pleinement certain, de recourir à une autorité plus grande que la mienne. Et maintenant vous me dites que pour être certain d'une chose quelconque , il faut absolument que je recoure et que je me conforme à certaines règles que l'imposante autorité de tous les siècles et de tous les hommes a établies d'un commun accord. Et encore, comment saurai-je d'une manière sûre que j'ai bien observé ou non toutes ces règles?

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Rien de plus facile. Craignez-vous, par exemple, que vos yeux vous aient trompé? Faites comme tout le monde, prenez de bonnes lunettes. N'êtes-vous point encore rassuré? Priez vos amis ou vos voisins d'y regarder à leur tour; appelez-y tous les hommes , si vous voulez , ce sera toujours mieux. De même, avez-vous des doutes si une proposition qui vous paraît évidente, un raisonnement qui vous paraît juste, l'est en effet? Faites comme nous, dans nos colléges, nos séminaires, nos académies; voyez ce qu'en penseront vos condisciples et surtout vos professeurs. N'en êtes-vous pas encore contens? Examinez ce qu'en ont dit les grands hommes, les bons auteurs de tous les pays

et de tous les siècles. Leur accord, voilà le nec plus ultra de la certitude humaine. Je suis ravi de vous entendre, messieurs; car,

de tout ce que vous venez de dire, voici ce qui résulte, à mon avis. Si ma raison individuelle n'est

pas

formée sur la raison générale, mon sens privé sur le sens commun ; si je ne suis

pas sûr d'être exempt de toutes les causes d'erreur qui peuvent influer sur le jugement que je porte d'après la relation de mes sens, ou d'après mon sentiment intime; si une autorité infaillible ne m'assure point que j'ai fidèlement observé toutes les règles de certitude prescrites par l'autorité des siècles; je ne suis et ne serai jamais sûr de rien par moi seul, malgré tous les moyens de certitude que je puis trouver en moi-même ; c'est-à-dire que, par bien des tours et des détours où j'ai failli me perdre en vous suivant, vous m'amenez enfin au même terme où M. de la Mennais arrive en deux pas et en ligne droite; c'est-à-dire, enfin, que tous les argumens, toutes les objections que vous lancez avec tant de vigueur contre M. de la Mennais vous retombent directement sur la tête, et de tout leur poids, sans compter l'espèce de contradiction qu'il y a entre vos principes et votre pratique.

Il y a même quelque chose de plus. Pour soutenir que la relation des sens est pour l'homme, même isolé, un moyen infaillible de certitude, vous êtes réduits, aussi bien que la philosophie de Lyon, à faire intervenir la

sagesse et la bonté de Dieu, et ensuite vous vous servez de cette même relation des sens pour prouver l'existence de Dieu même; ce qui ressemble tant soit peu à ce qu'on appelle un cercle vicieux; de sorte que, sans le respect que je vous dois, j'oserois presque dire que M. de la Mennais est plus d'accord avec vous que vous-mêmes. La seule différence que je vois entre sa doctrine et la c'est que

d'une condition reconnue essentielle à toute certitude, le consentement commun,

le sceau de l'autorité la plus grande, c'est que de cette condition reconnue essentielle , expressément ou tacitement, sous un nom ou sous un autre, par tout le monde et par vousmêmes, M. de la Mennais fait une règle générale et décisive, avec laquelle, comme avecune hache à deux tranchans, il abat d'un coup et par la racine lathéisme, le matérialisme, le déisme, le protestantisme et toute hérésie quelconque, qui tombent dès lors avec toutes leurs objections comme des arbres déracinés avec leurs branches.

En effet, que dit en dernière analyse l'athée, le matérialiste, le protestant ? « Je crois en moi seul contre tous; je crois sur l'autorité privée de mes sens, de mon sentiment individuel, de ma raison particulière, contre la rela--

vôtre,

tion des sens , le sentiment commun, la raison générale de tous les hommes, ou de tous les chrétiens; je me crois moi seul plus instruit, plus raisonnable, plus sage que tous, et seul je proteste contre tout le genre humain, ou contre toute l'Église universelle ». Or que fait M. de la Mennais ? Dans un seul chapitre, seul chapitre, il montre à tous ces fous

que,

s'ils rejéttent le bouclier de la foi humaine et divine, la certitude qui repose sur la plus grande autorité, toutes les armes qu'ils emploieroient pour attaquer ou se défendre se brisent entre leurs mains, ou se tournent contre euxmêmes; et il réduit leur monstrueux orgueil à ne pouvoir plus dire ni oui ni non.

C'est ainsi que le grand Bossuet, employant la méthode prompte et décisive de Tertullien et des pères de l'Eglise, en agit avec M. Claude dans sa célèbre conférence devant mademoiselle de Duras. Cet habile ministre du calvinisme usoit de toutes les subtilités de son esprit pour éviter le coup, comme un oiseau léger qui saute de branche en branche pour échapper à la poursuite d'un ennemi redoutable. Mais l'aigle de Meaux, le tenant fixé dans ses serres puissantes, l'empêcha de donner le change, et le força de convenir de deux choses : 1° Que tout protestantse croyoit et devoit se croire lui seul plus capable et plus instruit que tous les pères, que tous les conciles, que toute l'Église ; 2° que, par une conséquence rigoureuse de ce principe fondamental de la réforme, un doute universel étoit inévitable. Aussi mademoiselle de Duras, épouvantée de voir tant d'orgueil et tant de folie sous une apparence de science,

? OEuvres de Bossuet , t. XXIII, p. 289 et 312, édit. de Versailles.

se convertit dès lors à la religion catholique, c'est-à-dire, à la plus grande autorité.

A la bonne heure, dira-t-on, qu'on termine les controverses de religion par voie d'autorité; mais en vouloir user de même pour toute discussion quelconque, c'est aller trop loin.

M. de la Mennais a répondu d'avance à cette difficulté, ou plutôt à cette équivoque, en disant dans sa préface, page 84 : « Qu'est-ce que l'autorité à laquelle tous les es

prits doivent obéir? Est-ce la force? Ce serait absurde. « Est-ce l'autorité d'un ou de quelques hommes? Non, « mais la raison générale manifestée par le témoignage ou « par la parole ». Il nous semble donc que l'auteur de l'Essai entend en général par l'autorité un motif quelconque de croire, de tenir pour certain quelque chose. Ainsi, sur l'autorité de nos sens, nous tenons pour certaines l'existence et les qualités des objets extérieurs; sur l'autorité de notre sens intime, nous tenons pour réelle l'évidence de certaines vérités premières; sur l'autorité de notre raison, nous tenons pour justes les conséquences que nous tirons par le raisonnement de certains principes généralement admis. Ensuite le jugement que porte un homme, d'après la relation de ses sens, son sens intime, sa raison particuJière, devient à son tour pour un autre homme une autorité, un motif de croire, de tenir pour certain ce qu'il dit; autorité plus ou moins grave, selon le plus ou moins de moyens et de vertu du sujet qui la présente : ainsi, de plusieurs hommes, et de degré en degré jusqu'à l'universalité du genre humain, dont la commune relation des sens, le sentiment universel, la raison générale, présentent la plus

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