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« les plus chers , portent sur des faits. Le gouvernement « des états , la force des lois, les engagemens mutuels, « ne sont appuyés que sur la certitude morale. Si ce « guide n'étoit pas infaillible, plus de confiance, plus « d'intérêt commun, plus de liaisons réciproques ; la « société ne tarderoit

pas

à

se dissoudre, et le genre « humain de périr' ».

Donc, en dernière analyse , le sens commun est, selon Bergier, la règle souveraine de toute espèce de certitude; donc, en dernière analyse , le sens commun est l'unique fondement de la raison, de la vraie philosophie et de la société humaine ; donc, en dernière analyse , c'est la foi au sens commun, et cette foi seule , qui sauve la raison de l'homme d'un scepticisme universel , et la société des hommes d'une complète anarchie.

J'ai dit , en commençant , que la doctrine que vous défendez pouvoit se réduire à cette espèce de symbole : « Je crois le sens commun dans les choses humaines, comme je crois l'Église catholique dans les choses divines , parce que le sens commun et l'Église catholique sont au fond cette même lumière qui luit en ce monde et qui illumine tout homme ». En effet, qu'on rapproche de ce que Bergier dit avec vous de la règle fondamentale de toute certitude ; qu'on en rapproche , dis-je , et qu'on y compare la règle de foi , telle que l'explique Vincent de Lerins dans son Avertissement, et tous les catholiques après lui, et l'on verra que c'est absolument la même règle. « Ce

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« que nous devons avoir le plus à coeur dans l'Église

catholique, dit ce docte et judicieux auteur, c'est de « nous attacher à ce qui a été cru en tous lieux, en tout « temps et par tous; car voilà ce qui est vraiment et

proprement catholique ou universel, selon la force du « nom même de catholique, qui signifie la presque to« talité. Or, nous parviendrons à ce but, si nous suivons « l'universalité, l'antiquité, le consentement. In ipsa « item catholica ecclesia magnopere curandum est ut id « teneamus quod ubique , quod semper, quod ab omni« bus creditum est. Hoc est etenim vere proprieque catho« licum, quod ipsa vis nominis ratioque declarat que « omnia fere universaliter comprehendit. Sed hoc ita « demum fiet, si sequamur universalitatem , antiquita« tem, consensionem . Ainsi le sentiment commun ,

la

croyance commune des fidèles, et surtout des docteurs de tous les pays et de tous les siècles, voilà la règle de foi d'après Vincent de Lerins et les PP. de l'Église ; comme toutes les vérités que tout entendement aperçoit toujours les mêmes, ces premières notions que tous les hommes ont également des mêmes choses, en un mot, le sens commun est la règle de certitude et de raison. Et de même

cette règle fondamentale de toute certitude , n'est autre chose que Dieu , raison suprême, lumiere éternelle qui illumine tout homme venant en ce monde, et dont la marque extérieure et sensible est par conséquent cette illumination commune à tout homme; de même cette croyance commune aux chrétiens de tous le siècles et de tous les

que
le sens commun,

pays

n'est 1 Tome X, pag. 461.

autre chose que ce même Dieu, cette même lumière, cette même raison (26yos), ce même verbe fait chair , qui a demeuré parmi nous plein de grâce et de vérité, et qui a promis d’être avec nous tous les jours , jusqu'à la fin du monde, pour nous enseigner sans cesse, par

l'autorité la plus grande, les vérités éternelles qu'auparavant les ténèbres de l'homme n'avoient point comprises.

Quand j'ai dit que la règle de foi étoit la même que la règle de certitude, le sens commun, je n'ai fait que

répéter ce qu'a dit Bergier il y a déjà plus de quarante ans , lorsque , s'étant fait cette demande , Quelle est donc la règ'e de foi? il répond : Nous disons qu'elle est la même que la règle de la certitude morale '. Or, nous avons vu que , d'après le même auteur, la certitude métaphysique, la certitude physique et la certitude morale se réduisent en dernière analyse au dictamen du sens commun. Donc, selon Bergier, le sentiment commun est, non seulement la règle de toute certitude, mais encore la règle de foi; donc, selon Bergier, la règle de foi et la règle de certitude ne sont qu'une même règle. Mais si cela est ainsi , ne doit-on

pas
en conclure

que la doctrine qui établit le sens commun comme la règle fondamentale de la certitude et de la raison de l'homme, bien loin d'ébranler la religion catholique, n'est au contraire que la base immuable , éternelle , de cette religion sainte, débarrassée de tous les vains systèmes qui la cachoient sous leurs échafaudages et leurs décombres, et

montrée à nu dans son étendue sans bornes , appuyée sur la véracité de Dieu même, et soutenant avec une égale fermeté, et la religion et le monde, et la société des chrétiens et la société des hommes, et la foi et la raison; en un mot que cette doctrine n'est que le principe du catholicisme démontré réellement catholique, ou universel et commun à toute espèce de certitude et de connoissances?

Ne doit-on pas en conclure, de plus, que, cette règle de certitude étant la même que la règle de foi, l'une ne détruit pas plus que l'autre la raison individuelle; qu'au contraire l'une et l'autre sont pour elle un même flambeau qui lui montre facilement et avec certitude un grand nombre de vérités nécessaires à savoir, et lui est, pour les autres moins à découvert, une règle toujours sûre à consulter ? Mais aussi des

que
cette même raison individuelle

la lumière de ce commun jour, non seulement elle ne peut plus distinguer d'une manière certaine les vérités un peu cachées, elle ne peut plus même s'assurer de celles qui se présentent comme d'elles-mêmes. Ainsi le catholique, qui prend pour règle le sentiment universel, voit facilement et avec certitude dans l'Écriture sainte les mystères de la Trinité, de l'Incarnation et de la Rédemption, la présence réelle et la nécessité de la grâce; parce que timent commun des chrétiens est si clair, si évident làdessus, qu'on n'a pas besoin de le consulter, mais qu'il saute, pour ainsi dire, aux yeux de tous ceux qui les ouvrent à la lumière; tandis que les hérétiques, qui préfèrent au sentiment commun leur sens privé, ne peuvent plus découvrir, dans la même Écriture, d'une manière constante et certainc, aucune vérité quelconque, pas plus que

repousse

le sen* Tome III, pag. 303 et 305.

même celles qu'ils appellent vaguement fondamentales , sans avoir jamais pu ni osé les définir avec précision. De même , l'homme sensé, qui prend pour règle de ses jugemens le sens commun, voit facilement, et avec certitude, comme par lui seul, les vérités les plus importantes; telles que l'existence de Dieu, sa providence, l'immortalité de l'ame , la nécessité d'une autre vie; parce que le sentiment commun du

genre

humain est aussi clair là-dessus que le grand jour; tandis que le philosophe, qui préfère au sens commun sa raison particulière, n'aperçoit

des ombres fugitives, ne peut plus retenir, même ce qu'on appelle les premières vérités, ne trouve plus à quoi se prendre, ne voit enfin de refuge contre l'erreur qu'un doute impossible à la nature.

Ne faut-il pas en conclure aussi que la raison n'est nullement opposée à la foi, ni la foi à la raison ? Car ce qu'on appelle communément raison n'est pour l'individu que l'assentiment, la soumission de son esprit, de sa raison particulière, à l'autorité du sens commun, que Bergier appelle la raison par excellence'; et qui, d'après Bossuet et Fénélon, est quelque chose de Dieu , ou plutôt Dieu lui-même; comme ce qu'on appelle foi proprement dite n'est pour l'individu que l'assentiment, la soumission de son esprit, de sa raison particulière, à l'autorité de l'Eglise, au sens commun des chrétiens, qui n'est que la parole, le Verbe, la raison de Dieu enseignant toutes les nations par son Eglise , tous les jours, jusqu'à la fin du monde. N'en faut-il

pas

conclure encore que

la foi n'est pas

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