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une exception dans les connoissances des hommes; mais qu'elle est vraiment la règle catholique, la règle, le fondement unique et universel de toute certitude dans les choses divines et humaines ; en un mot, que la foi est toute la science et toute la raison de l'homme, et que, comme il n'y a qu’un Dieu , il n'y a aussi qu'une foi: un Dieu, vérité-mère, si on peut ainsi parler ; une foi pour y parvenir : un Dieu , vérité suprême, lumière éternelle ; une foi pour discerner, d'une manière certaine , les rayons de cette lumière qui éclaire tout homme, des illusions par lesquelles notre raison particulière fautive s'éblouit souvent elle-même ?

N'en faut-il pas conclure, en outre, que, quand les ennemis de la foi accusent le catholique de rejeter et de dégrader la raison, c'est une imposture et une calomnie? puisqu'au contraire c'est le catholique seul qui suit en tout le sens commun, la raison par excellence, qui est quelque chose de Dieu, ou plutôt Dieu lui-même; tandis que tous les autres, au lieu de suivre la raison commune à tous les hommes et supérieure à eux, ne suivent que leur raison fautive, incertaine, foible et bornée. Le nom même de catholique, qui veut dire universel, indique un homme qui s'attache au sentiment commun, universel, de tous les pays et de tous les siècles; tandis

que

le mot hérétique , qui veut dire qui choisit , dénote un homme qui , par un choix déraisonnable , préfère au sentiment commun, à la croyance universelle, son sens privé.

N'en faut-il pas conclure enfin que, si on rejette une fois la règle de sens commun, du consentement universel, pour suivre de préférence son sens privé, sa raison particulière, la raison humaine n'a plus aucun appui , aucune règle sûre pour parvenir à aucune certitude, et qu'elle roulera par une conséquence nécessaire dans un chaos éternel de doutes, d'incertitudes et d'extravagances ? Par conséquent, dès qu'on rejette la foi catholique, le consentement universel des chrétiens, pour lui préférer son sens privé dans les choses divines, on ne peut plus dans les choses humaines réclamer le sens commun contre aucune erreur, aucune extravagance, aucune folie; car, si la raison individuelle est assez sûre d'elle-même pour être une règle infaillible dans les choses divines qui semblent plus au-dessus d'elle , combien plus ne doit-elle pas l'être dans les choses humaines qui paroissent plus à sa portée ? Si, au contraire, elle est insuffisante pour être toute seule une règle certaine , s'il lui faut absolument recourir au sens commun dans les choses le plus à sa portée , combien plus ne lui faudra-t-il pas recourir au sentiment commun dans les choses divines , qui naturellement la surpassent? Donc tout homme, qui veut être conséquent, doit renoncer au sens commun ou être catholique.

C'est la conclusion expresse que tiroit déjà Bergier, t. 1, p. 46, 50 et 53. « L'axiome sacré des protestans, « des sociniens, des déistes, des athées, est que l'homme « ne doit écouter que sa raison, ne se rendre qu'à « l'évidence, rejeter tout ce qui lui paroît faux et ab« surde. En conséquence , les protestans on dit : Nous « ne devons croire que ce qui est expressément ré« vélé dans l'Ecriture, et c'est la raison qui en déter« mine le vrai sens. Les sociniens ont répliqué : Done « nous ne devons croire révélé que ce qui est conforme

à la raison. Les déistes ont conclu : Donc la raison suffit « pour connoître la vérité sans révélation, toute révé

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lation est inutile , par conséquent fausse. Les athées « ont repris : Or ce que l'on dit de Dieu et des esprits « est contraire à la raison ; donc il ne faut admettre

que la matière. Les pyrrhoniens viennent fermer la « marche , en disant : Le matérialisme renferme plus « d'absurdités et de contradictions que tous les autres

systèmes : donc il ne faut en admettre aucun.

« Ainsi le premier pas dans la carrière de l'erreur a « conduit nos raisonneurs téméraires au dernier excès

d'aveuglement; ainsi la raison livrée à elle-même ne « trouve plus de bornes où elle puisse s'arrêter, elle est « entraînée, par le fil des conséquences, beaucoup plus « loin qu'elle n'avoit préva. Tout homme qui a suivi la « naissance et le progrès des différentes opinions est « convaincu qu'entre la vérité établie de la main de Dieu « et le pyrrhonisme absolu il n'y a point de milieu où

l'esprit humain puisse demeurer ferme. Quiconque se « pique de raisonner doit être chrétien catholique, ou « entièrement incrédule et pyrrhonien dans toute la « rigueur du terme ». C'est-à-dire que quiconque se pique de raisonner doit suivre en tout le sens commun, la raison par excellence, avec les catholiques, ou y renoncer tout-à-fait avec les fous et les incrédules.

Ornans, le 29 janvier 1821.

LETTRE

A MONSIEUR L'ÉDITEUR DU DÉFENSEUR.

MONSIEUR,

Dans le troisième numéro du quatrième volume du fenseur, vous annoncez que vous ne parlerez plus de l'Essai sur l’Indifférence, et que vous en laissez désormais la défense à son auteur, puisqu'on a pris enfin le parti de l'attaquer par des livres, et, pour ainsi dire, en bataille rangée. Mon intention n'est pas de combattre votre résolution, mais je voudrois au moins vous demander une petite exception en ma faveur. J'ai toujours été très partisan du sens commun, comme unique motif de la certitude raisonnée et même de la certitude de fait, et j'ai cent fois prouvé aux opposans qu'ils n'avoient pas lu le premier chapitre du second volume ni le troisième, ou qu'ils ne l'avoient pas compris. Mais c'est une terrible chose que le préjugé, surtout quand il a été puisé dans une chaire de philosophie ou de théologie. On crie chez nous, monsieur, comme ailleurs, au scandale , au pyrrhonisme, à la destruction de la religion : le poison gagne, dit-on, et en attendant que quelque champion ressuscité de la philosophie d'Aristote vienne prouver par son sens intime, par l'évidence , par les sensations , par le raisonnement, en un mot par les quatre moyens infaillibles d'acquérir la certitude, que M. de la Mennais n'est qu'un réveur insensé, ce poison s'étend , à l'ombre d'un grand nom, à l'appui de grandes autorités. Enfin, un grand professeur de philosophie a bien voulu accorder, 1° que l'autorité da genre humain doit passer pour infaillible ; 2° qu'elle accompagne toutes les vérités certaines : mais il ne veut pas qu'on rejette pour cela, ni le sens intime, ni l'évidence, ni les sensations, ni surtout le raisonnement. On pourroit voir une contradiction ou une chicane dans ses raisonnemens ; mais il ne l'y reconnoît pas : donc elle n'y est pas.

Si vous trouvez, monsieur , que les réflexions que je vous envoie puissent encore contribuer à l'éclaircissement des difficultés qu'on oppose à M. de la Mennais sans le comprendre , je serai bien aise de les voir insérées dans le Défenseur, parce que c'est le bon moyen de les répandre au loin; si vous en jugez autrement, je serai également bien aise de vous avoir fait connaître qu'il y a au fond des provinces les plus reculées des admirateurs et des partisans du pyrrhonisme nouveau de M. de la Mennais, qui cependant ne recommande rien tant que la foi, et même la foi la plus humble et la plus ferme.

I. Différence entre les moyens de connoître et les

motifs de croire.

Toutes les vérités, excepté celles qui sont immédiatement du ressort du sens intime, sont hors de l'ame, puis

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