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par
les sens;

donc la certitude repose en dernier lieu sur les sens. D'autre part, les sens sont faillibles; donc il n'y a point de certitude... Cet argument prouve très bien qu'on ne peut pas démontrer la certitude , et qu'il faut croire avant de raisonner; ce n'est pas une objection, mais une confirmation... De plus M. de la Mennais peut l'omettre; il a constaté un fait; mais il n'a pas entrepris de chercher ni l'origine ni la nature de ce fait.

L'argument fût-il insoluble, il ne prouveroit rien, puisque la connoissance de l'existence peut être certaine, avec l'ignorance de la nature et du mode. Mais comment saisje que le sens commun est infaillible? Je sais, par le sens intime, qu'il me force à croire et qu'il me donne la certitude de fait ou le fait de la certitude; mais je ne peux pas démontrer à priori qu'il soit infaillible. Seulement je crois que, l'erreur n'étant pas croyable de sa nature , elle ne peut subjuguer tous les esprits à perpétuité, et que d'ailleurs l'auteur de notre nature, si nous en reconnoissons un,

pas

être présumé nous avoir condamnés à errer universellement.

En dernière analyse, 1° a-t-on raison avec le sens commun? 2° a-t-on raison contre le sens commun? go at-on raison sans le sens commun??

1° Qu'on ait toute la certitude qu'on peut raisonnablement demander , quand on est d'accord avec le sens commun,

qu'il soit prudent de s'y confier, qu'on s'y confie réellement et dans le fait, c'est ce que personne ne nie; on n'ose pas d'ailleurs assurer que l'évidence d'un soit préférable et plus probable que l'évidence de tous.

2° Que s'il arrivoit qu'un homme fût invinciblement

ne doit

on

porté à croire contre le sens commun, le regarderoit, il se regarderoit lui-même, s'il étoit raisonnable , comme une intelligence viciée et un cerveau malade ; la plus grande présomption possible seroit évidemment contre lui; tout le monde croiroit qu'il a tort; il ne pourroit croire lui-même qu'il a raison ; il seroit dans d'étranges perplexités. On n'a donc jamais raison contre le sens commun.

30 Enfin, sans le témoignage universel oral et pratique, 1° il n'y a point de certitude réelle des vérités morales, qui ne sont connues que par la parole et par l'analogie : et plus les conséquences sont particulières, moins elles sont certaines ; 2° il n'y a de certitude physique qu'à l'appui du sens commun, comme nous l'avons vu. Quant aux choses particulières, qui ne peuvent avoir cet appui , elles peuvent être crues, mais sans certitude réelle, sans le sens commun. En général, les vérités sont plus ou moins importantes , suivant qu'elles sont plus ou moins générales , soit dans l'ordre physique, soit dans l'ordre moral; plus elles sont importantes, plus elles ont besoin d'être crues fermement, mais aussi plus elles sont universellement admises, pratiquées, parlées. La croyance de chaque chose est proportionnée à son importance , à sa généralité et à l'universalité plus ou moins grande de ceux qui l'admettent. J'abandonne ces dernières considérations à la sagacité des lecteurs.

Je suis avec une parfaite considération, monsieur , votre très humble serviteur.

DONEY , prêtre.

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LETTRE

A M. L'ABBÉ DE LA MENNAIS.

MONSIEUR,

J'ai lu avec tant de satisfaction le second volume de l'Essai sur l’Indifférence, que je ne résiste pas au desir de vous témoigner la, reconnoissance que m'inspire ce nouveau présent que vous faites aux amis de la bonne philosophie. Quoique je n'aie pas l'honneur d'être connu de vous, je me flatte que vous ne dédaignerez point l'expression d'un sentiment qu'a fait naître la lecture de votre ouvrage.

Cependant l'apparition du deuxième volume a produit une autre sensation que celle dont fut accompagnée la naissance de son aîné. La doctrine que vous y développez sur la certitude n'entre pas facilement dans tous les esprits. Parmi les personnes instruites que j'ai vues, il en est plusieurs qui la rejettent comme insoutenable, ou qui la condamnent comme erronée.

J'ai cru remarquer, monsieur, que cette opposition vient de ce que votre pensée n'a point été saisie. Je me suis même permis de le faire observer quelquefois , proposant ensuite mes idées sur cet objet. Je serois trop fier d'avoir rencontré juste : pour m'en assurer , permettez , monsicur, que je vous expose ce que j'ai compris. Le voici en peu de mots.

Il y a deux sortes de certitudes, l'une rationnelle ou intrinsèque, l'autre extrinsèque ou d'autorité, et que j'appellerois volontiers instinctive.

Une intelligence ne peut vivre sans connoître la vérité; la vérité est son élément essentiel : il faut donc qu'elle puisse avoir de la vérité au moins l'une de ces deux espèces de certitudes.

La certitude rationnelle est innaccessible à l'homme, peut-être même à toute intelligence créée; car l'homme, dans son état présent, ne peut rien démontrer par le fond des choses.

L'essence des êtres est un sanctuaire dont l'entrée lui est interdite. Il ne voit que les surfaces; l'intime des objets est impénétrable pour lui. Son sens intime, mémoire, ses sens , se bornent, chacun dans son langage, à lui raconter des faits ; et sa raison n'a d'autre pouvoir que celui de combiner ces faits entre eux.

L'intelligence humaine ne peut donc prétendre qu'à la certitude d'autorité, puisque la certitude rationnelle ne lui appartient point, dans l'ordre actuel des choses.

Or ici l'autorité, c'est la même croyance dans nos semblables, laquelle est manifestée par les signes que le Créateur a établis pour cela. Ces signes sont la parole, les actions, la conduite habituelle , le silence même, le

sa

repos, etc.

Pour qu'une vérité soit certaine, il n'est point nécessaire que la croyance universelle du genre humain la confirme, mais il suffit d'un plus ou moins grand nombre de suffrages, selon l'importance de cette vérité, et ici s'applique tout ce que l'on a dit de sensé sur les conditions requises pour la validité du témoignage des hommes.

Pour qu'une croyance soit suffisamment connue, il n'est pas non plus nécessaire que tous les signes manifestatiss de la pensée concourent à la produire au dehors. Qu'un seul la dévoile, et cela peut suffire. S'il y avoit contradiction dans les signes, il faudroit examiner; et ici encore reviennent les règles établies pour discerner un témoignage vrai de celui qui ne l'est pas.

Enfin on ne prétend point démontrer rationnellement que l'autorité est la base de la certitude; une pareille démonstration nous est impossible. Mais nous affirmons que l'autorité est le criterium unique de la vérité, parce que nous sommes portés par un instinct invincible à la

regarder comme la seule garantie que nous ayons de la vérité de nos jugemens individuels.

Mais , dit-on, cette théorie mène tout droit au scepticisme absola. Si l'on admet le principe qu'elle avance, tout devient douteux, l'autorité elle-même, mon intelligence, mes sensations, mon existence, etc., puisque l'autorité ne peut me démontrer ces objets.

Ainsi, sous prétexte de donner une base solide à la certitude, cette doctrine en ruine de fond en comble tous les fondemens.

Ces difficultés, ou plutôt ces scrupules, portent sur un faux supposé, et les observations suivantes suffisent , ce me semble , pour les détruire.

La théorie de l’Essai prend et laisse les choses telles

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