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vement, et par une sorte de communication électrique, un grand nombre de foyers semblables, moins brillants sans doute, mais qui, rayonnant aussi dans la sphère qui leur était propre, portèrent la lumière et la vie intellectuelle jusqu'aux extrémités les plus reculées de la France. Les habitants du Midi, que distinguent la vivacité de l'esprit et un goût prononcé pour les arts, eurent l'honneur d'entrer les premiers dans cette voie nouvelle. En 1750, on comptait en France vingt-trois Académies de province. Celle de Dijon, notre voisine, avait été inaugurée en 1740. Celle de Besançon le fut en 1752. Les Académies de Metz, de Rennes, de Strasbourg, de Lille ne furent fondées que plus tard.

Ce serait une erreur de croire que ces sociétés littéraires ne durent la naissance qu'à un acte du bon plaisir royal; presque partout, au contraire, elles naquirent d'elles-mêmes, comme l'Académie française dans la maison de Conrart. Seulement, lorsqu'elles commençaient à être connues, le roi, sur la demande de quelque protecteur oflicieux, par un acte de sa volonté souveraine, les ralliait à l'autorité en leur donnant une constitution légale et les droits d'une existence publique. C'est ce qui eut lieu à Besançon.

Il y avait alors dans notre ville un avocat également renommé par son savoir et par son éloquence. C'était M. Biétrix de Pelousey, qui devint plus tard conseiller au parlement. A la connaissance profonde des lois il joignait un vif sentiment des arts et un goût passionné pour les lettres; au milieu de ses travaux d'avocat, il avait trouvé le loisir de former une association qui

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s'assemblait chez lui chaque semaine, et dont les réunions étaient consacrées à traiter alternativement un sujet d'éloquence et un point d'histoire. Sa demeure fut le berceau de l'Académie (1). Un descendant de la maison de Lorraine, que l'éclat de son nom appelait à tous les honneurs, mais que sa modestie retenait à Besançon, dans la retraite où il vivait en sage, content du bonheur obscur que lui procurait une union bien assortie, le marquis du Châtelet, ralliait autour de lui plusieurs hommes d'esprit, et les excitait par son exemple à chercher dans les lettres de douces et pures jouissances (2).

Le siége de premier président du parlement de la province était occupé à la même époque par M. de Quinsonnas; c'était un homme d'une sensibilité délicate, d'une imagination vive, d'un caractère naturellement disposé à l'enthousiasme, qui parlait et écrivait sa langue avec une remarquable élégance, et composait des vers pleins de feu, mais d'une facilité souvent incorrecte (3). M. de Quinsonnas était l'ami du marquis du Châtelet. Il avait applaudi aux réunions littéraires dont M. de Pelousey était l'âme, et où il avait lui-même sa place marquée; mais il comprit que ces

(1) Voir les lettres patentes de 1752, et le compte rendu de la séance publique du 24 août 1736.

(2) Voir son éloge historique, par l'abbé Talbert, dans les mémoires manuscrits de l'Académie.

(3) Voir l'éloge historique de ce magistrat, par M. de Courbouzon, dans le procès-verbal de la séance publique de l'Académie du 24 août 1737.

réunions, pour avoir une influence durable sur l'avenir du pays, devaient être à l'abri de toute interruption et de tout dérangement, et qu'il convenait de resserrer, de consacrer en quelque sorte les liens de cette association, en lui donnant un caractère public. Zélé pour les intérêts de la Franche-Comté, qu'il aimait à titre d'enfant adoptif, avec toute la chaleur d'âme dont il était capable, il pensa qu'il était de l'honneur de la province de ne pas demeurer au-dessous de ses voisines dans la carrière des travaux de l'esprit, et d'ouvrir comme elles un asile permanent à tous les genres de talents et d'études. Il projeta l'établissement d'une Académie régulière à Besançon, et il se crut assuré du succès, lorsqu'il apprit la nomination de M. de Beaumont à l'intendance de la Franche-Comté (1). Tous deux s'associèrent pour tracer le plan de cette institution, qu'ils soumirent au gouverneur du comté de Bourgogne.

Le duc de Tallard était du nombre de ces grands sei

(1) M. de Beaumont a laissé d'honorables souvenirs dans cette province. C'est à lui qu'est due la construction des casernes de Saint-Pierre. Il fit exécuter des travaux considérables pour faciliter l'accès des grottes d'Osselle, élargir differents portiques qui donnent entrée dans les cavernes, et rendre praticable, au moyen d'un pont, un passage que l'écoulement des eaux souterraines empêchait de franchir. L'Académic composa à cette occasion l'inscription suivante, qui fut placée à l'entrée des grottes :

LUSIT EXORNANDO NATURA,

NATURE SCRUTATORI PROFUIT APERIENDO,

REGNANTE LUDOVICO XV,

JOAN. LUD. DE BEAUMONT PRÆTOR 1751.

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gneurs d'autrefois, qui pensaient que la noblesse était moins dans le sang que dans le cœur, qu'elle imposait des obligations rigoureuses, et qu'elle devait se faire reconnaitre surtout à la générosité de ses sentiments. Il accueillit avec une vive sympathie le projet qui lui était communiqué. Il promit sa bienveillante entremise, et offrit d'assurer un capital de 20,000 fr., destiné à fonder deux prix annuels et à pourvoir aux dépenses qu'exigerait la tenue des assemblées.

Les lettres patentes du roi qui autorisent l'établissement de l'Académie de Besançon sont du mois de juin 1752; elles furent enregistrées au parlement au mois de juillet suivant. La société, d'après sa constitution, se composait de quarante membres, y compris les quatre directeurs-nés qui étaient les premières autorités de la province, et le protecteur qui devait toujours être le gouverneur du comté de Bourgogne (1).

La Franche-Comté comptait alors un grand nombre d'hommes recommandables par leurs talents et leurs lumières. La ville de Besançon en particulier, semblait réaliser le mot de Caton l'ancien sur la Gaule entière : Pleraque Gallia duas res industriosissimè persequitur : rem militarem et argute loqui (2). Il y avait en effet

(1) D'après ses statuts, le sceau de l'Académie représente le temple des Muses sur un mont escarpé. La porte est à demi ouverte, ayant d'un côté Thémis et de l'autre Minerve, avec ces mots Laboribus omnia.

(2) Dans presque toute la Gaule, on s'applique avec le plus grand soin à deux choses à l'art militaire et à l'éloquence.

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M. CATO, orig.

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