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vivante, et comme il n'y a qu'une vérité, il n'existe non plus qu'une voie pour y parvenir. Quiconque sort de cette voie unique , s'éloigne donc de la vérité, et s'enfonce dans l'erreur; et l'erreur n'étant rien de subsistant par soi-même, mais une simple négation de ce qui est, il n'y a qu'une voie d'erreur, comme il n'y a qu'une voie de vérité. On s'avance dans celte dernière voie en croyant sur une autorité infaillible * ; on s'avance dans la première en niant sur sa propre autorité. Plus on nie, plus on erre; mais l'erreur demeure toujours ce qu'elle est par son essence, une pure négation.

On doit maintenant cesser d'être surpris des nombreux rapports que nous avons fait remarquer entre tous les systèmes d'erreur. Ils sont nécessairement identiques dans leur principe, et comme il n'existe qu'une manière de nier, il ne peut y avoir qu'une méthode d'errer.

Pour rendre ce fait plus sensible encore ,

* C'est la foi qui chasse le doute de la cité de Dieu,

dit le célèbre Huet : Fides dubitationem eliminat de civitate Dei. De imbecillit. mentis humanæ, lih. III, n. 15.

nous allons coinparer en détail la méthode des philosophes avec la métliode des hérétiques. Nous ne doulons pas qu'on ne soit très frappé de leur ressemblance, ou plutôt de leur parfaite conformité.

Le philosophe est un homme qui s'isole du genre humain, comme l'hérétique s'isole de l'Église.

L'un et l'autre partent de ce principe qu'ils doivent trouver la vérité par euxmêmés, et qu'ils en sont juges en dernier ressort.

L'un et l'autre avouent en même temps qu'ils ne sont point infaillibles.

Tous deux cherchent en eux-mêmes, le premier la règle de sa raison, le second la règle de sa foi.

Ni les philosophes entr'eux, ni les hérétiques entre eux, le sont d'accord sur cette règle, qui varie sans cesse*.

* Les hérétiques disent bien que l'Écriture est lenr règle, comme les philosophes aussi disent que la raison est la leur. Mais par quelle règle certaine l'hérétique interprètera-t-il l'Écriture, de sorte qu'il soit pleinement assuré d'en avoir saisi le véritable sens, et par quelle mettent que

Le philosophe suppose que le genre

humain peut errer; l'hérétique en dit autant de l'Église. 1 y a cependant des philosophes qui ad

le genre humain ne sauroit se tromper, mais en de certaines circonstances et moyennant certaines conditions dont ils restent personnellenient juges. Il y a aussi des hérétiques qui avouent que l'Église est infaillible, mais en de certaines circonstances et moyennant certaines conditions dont ils restent personnellement juges.

Il n'est point de philosophe qui n'admette quelques-unes des croyances du genre humain; il n'est point d'hérétique qui n'admette quelques-uns des dogmes de l'Église.

Aucun philosophie ne peut faire å personne une obligation de raison d'admettre les mêmes croyances que lui ; aucun hérétique ne peut faire à personne une obliga

les juge

règle certaino le philosophe s'assurera-t-il que mens de sa raison sont raisonnables, ou conformes à la vérité? Voilà la question sur laquelle l'hérétique et le philosophe varient sans cesse, et qu'il leur est impossible de résoudre.

que par voie

genre humain

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tion de foi d'admettre les inêmes, croyances que

lui *
Le philosophe ne s'écarte jamais de la
croyance

du
genre

humain
de négation; il en est ainsi de l'hérétique, à
l'égard de la doctrine de l'Église.

Le philosophe même qui nie entièrement l'infaillibilité du

est forcé d'admettre comme vraies mille choses de croyance universelle , dont il n'a d'autre cer

le témoignage du genre humain ; l'hérélique qui nie entièrement l'infaillibilité de l'Eglise est forcé d'admettre comme vrais beaucoup de points de la foi catholique, dont il n'a d'autre certitude que le témoignage de l'Église.

Le philosophe , en s'établissant juge de toutes les vérités, préfère sa raison à la raison

tilude que

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* Voilà pourquoi les philosophes et les hérétiques se tolèrent si aisément entre eux, et se réunissent tous pour attaquer l'Église catholique , qui les repousse tous également. Ce n'est pas la différence des opinions qui blesse l'orgueil, au contraire ; mais l'obligation de céder, d'obéir à une autre raison. Et puis hérétiques et philosophes , tous, quels qu'ils soient, sont d'accord au fond, et ils le sentent bien.

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de tous les hommes, qu'il suppose pouvoir se iromper ; l'hérélique, en s'établissant juge de tous les dogmes *, préfère son jugement au jugement de toute l'Église, qu'il suppose pouvoir errer.

Rien de plus inconstant et de plus opposé que les opinions des philosophes; rien de plus variable et de plus divers que les doctrines des hérétiques.

L'hérétique s'appuie sur l'Écriture, comme le philosophe sur la raison : mais, de même que le philosophe ne veut pas recevoir sa raison de la société, du genre humain, y croire sur son témoignage et la soumettre à son autorité; ainsi l'hérétique ne veut pas recevoir l'Écriture des mains de l'Église, y

L'hérétique dira peut-être qu'il ne juge point les dogmes en eux-mêmes ; je le crois bien : il ne juge point les dogmes qu'il reconnoît, il ne met point en doute ce qu'il admet pendant qu'il l'admet; mais il juge si tel ou tel point de la doctrine universelle est véritablement un dogme. Le philosophe ne juge pas non plus, dans le même sens, la vérité en elle-même, mais il juge si telle ou telle notion, telle ou telle croyance, est une vérité, et ne met point en doute ce qui lui paroít vrai, pendant qu'il lui paroit vrai.

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