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« Enfin, s'écrie-t-il, il faut conclure 'et tenir « pour constant que cette proposition, je suis , « j'existe, est nécessairement vraie, toutes « les fois que je la prononce , ou que je la ( conçois en mon esprit ? ».

C'est déjà, certes beaucoup que de pouvoir prononcer avec assurance cette parole ,

; que d'être certain de son existence. Est-il bieri vrai, ô Descartes, que vous ayez , que chacun de nous ait cette certitude ? Je voudrois vous l'entendre répéter de nouveau. Oui, « je suis assuré que je suis une chose

». Illustre philosophe, grâces

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je suis

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« qui pense

*

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Ibid.

, page 12. * Médit. III, pag. 25. – Quoique M. Bernardin de Saint-Pierre ne soit pas une autorité en philosophie', nous citerons ce qu'il dit du fameux argument, je pense, donc je suis ; parce que cela nous fournira l'occasion d'expliquer le sens que Descartes attachoit à ce mot, je pense, chose essentielle pour bien entendre la doctrine de ce célèbre métaphysicien. « Descartes pose pour base des preu mières vérités naturelles, Je pense, donc j'existe. « Comme ce philosophe s'est fait une grande réputation,

qu'il méritoit d'ailleurs par ses connoissances en géo

métrie, et surtout par ses vertus, son argument de « l'existence a été fort applaudi , et a acquis la pondéra« tion d'un axiome. Mais, selon moi , cet argument pèche

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vous soient rendues ! Je suis, j'existe , cela est certain ; n'est-ce pas là ce que vous affir

(

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« essentiellement en ce qu'il n'a point la généralité d'un

principe fondamental ; car il s'ensuit implicitement que, « dès qu'un homme ne pense pas, il cesse d'exişter, ou « au moins d'avoir des preuves de son existence.....

« Je substitue donc à Pargument de Descartes celui-ci : « Je sens, donc j'existe. Il s'étend à toutes nos sensa« tions physiques, qui nous avertissent bien plus fré« quemment de notre existence que la pensée. Il a pour « mobile une faculté inconnue de l'ame que j'appelle le « sentiment , auquel la pensée elle-même se rapporte; car « l'évidence à laquelle nous cherchons à ramener toutes « les opérations de notre raison , n'est elle-même qu'un simple sentiment.....

« Le sentiment nous prouve bien mieux que notre rai« son la spiritualité de notre ame; car celle-ci nous pro« pose souvent pour but la satisfaction de nos passions « les plus grossières , tandis que celui-là est toujours pur « dans ses désirs. D'ailleurs, beaucoup d'effets naturels « qui échappent à lune, ressortissent à Vautre; telle est, « comme nous l'avons dit, l'évidence même, qui n'est a qu’un sentiment, et sur laquelle notre réflexion n'a

point de prise ; telle est encore notre existence. La « preuve n'en est point dans notre raison : car, pourquoi « est-ce que j'existe ? où en est la raison ? Mais je sens a que j'existe , et ce sentiment me suffit. » (Etudes de la a nature , tome III, p. 11, 12, 16 et 17 ;

édit. de 1786.) Si Bernardin de Saint-Pierre avoit lu le philosophe

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mez? Votre raison n'aperçoit aucun motif, même léger , de douter de cette proposition ? Parlez, j'attends une dernière réponse.

« Je suis assuré que je suis une chose qui a pense; mais sais - je donc aussi ce qui a est requis pour me rendre certain de « quelque chose ? Certes, dans cette pre« mière connoissance, il n'y a rien qui m'assure de la vérité que la claire et distincte « perception de ce que je dis, laquelle de ( vrai ne serait

pas
suffisante

pour m'assurer a que ce que je dis est vrai , s'il pouvoit ja« mais arriver qu'une chose que je concevrois

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qu'il combát, il auroit vu que cet argument, Je sens , donc j'existe , est identiquement le même que celui-ci : Je pense , donc j'existe. « Par le mot de penser, dit Des“ cartes, j'entends tout ce qui se fait en nous de telle « sorte que nous l'apercevons immédiatement par nous« mêmes ; c'est pourquoi non seulement entendre, vou« loir, imaginer, mais sentir, est la même chose ici « que penser, » ( Les principes de la philosophie, Ire part., n. 9, page 6.)

Au fond , la pensée, le sentiment, l'imagination, la volonté, en tant

en tant que nous les apercevons immédiatement, étant notre être même, l'argument de Descartes et celui que Bernardin de Saint-Pierre propose d'y substituer, se réduisent à ce raisonnement : Je suis, donc je suis.

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« aussi clairement et distincteinent se trou« vât fausse : et partant il me semble que

déjà je puis établir, pour règle générale ; « que toutes les choses que nous concevons « fort clairement et fort distinctement sont ( toutes vraies.

« Toutefois j'ai reçu et admis ci-devant plu« sieurs choses comme très certaines et très « manifestes. , lesquelles néanmoins j'ai re« connues par après être douteuses et incer« taines..... Mais lorsque je considérois quelque « chose de fort simple et de fort facile touuchant l'arithmétique et la géométrie, par « exemple, que deux et trois joints ensem« ble produisent le nombre de cinq, et au« tres choses semblables, ne les concevois« je pas au moins assez clairement pour asa surer qu'elles étoient vraies ? Certes, si j'ai « jugé depuis qu'on pouvoit douter de ces « choses, ce n'a point été pour autre raison a que parce qu'il me venoit en l'esprit que « peut-être quelque dieu avait pu me don« ner une telle nature que je me trompasse, a même touchant les choses qui me semblent « les plus manifestes. Or toutes les fois que « cette opinion ci-devant conçue de la sou

« veraine puissance d'un dieu se présente à
« ma pensée, je suis contraint d'avouer qu'il
« lui est facile, s'il le veut, de faire en sorte
« que je m'abuse, même dans les choses que
« je crois connoître avec une évidence très
« grande...... Et certes, puisque je n'ai au-
« cune raison de croire qu'il y ait quelque
«c dieu qui soit trompeur, et même que je n'ai
<< pas encore considéré celles qui prouvent
« qu'il y a un Dieu , la raison de douter qui
« dépend seulement de cette opinion est bien
« légère, et pour ainsi dire métaphysique.
« Mais, afin de la pouvoir tout-à-fait ôter, je
« dois examiner s'il y a un Dieu , sitôt que
« l'occasion s'en présentera ; et si je trouve
« qu'il y en ait un, je dois aussi examiner
( (s'il peut être trompeur ; car, sans la con-
« noissance de ces deux vérités, je ne vois
« pas que je puisse jamais étre certain d'au-
« cune chose

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Ibid., pag. 25 - 27. Descartes fait ailleurs le même aveu; il convient qu'à moins d'être assuré que Dieu existe, et qu'il ne peut vouloir nous tromper , nous ne saurions être certains de la vérité des choses que nous

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