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térature et un cours de morale : j'ose à peine croire qu'il en soit ainsi; mais, si je n'ai pas réussi au gré de mes désirs, je puis du moins affirmer que j'ai surtout voulu préparer mes jeunes lecteurs à la pratique du bien par le culte de la beauté littéraire.

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– Le plan d'études qui règle aujourd'hui l'enseignement de la rhétorique laisse leur utilité à toutes les parties de notre Cours de littérature. Aussi n'avons-nous eu à faire aucun sacrifice pour mettre cette onzième édition en harmonie avec le programme des classes supérieures; mais si nous avons pu ne rien retrancher, nous avons dû ajouter quelques pages destinées à résoudre les questions nouvellement posées pour lesquelles nos élèves auraient eu à dégager des réponses contenues, il est vrai, mais disséminées dans notre ouvrage. Nous leur avons épargné ce soin. Les modifications que nous avons introduites sont donc de simples mesures d'ordre. C'est dans le même esprit que nous avons adopté une disposition dont on nous saura peut-être gré, et qui nous a permis de détacher la partie historique, pour servir de complément aux traités qui ne comprennent que les principes de la rhétorique. Ainsi, les deux parties dont se compose ce Cours de littérature peuvent rester unies, comme dans les précédentes éditions, ou être séparées, selon la convenance des professeurs et des élèves.

DE L'ENSEIGNEMENT LITTÉRAIRE

DE LA CLASSE DE RUÉTORIQUE.

(Extrait du Plan d'études des lycées.)

Notions élémentaires de rhétorique

et de littérature.

Dans la suite des leçons le professeur de rhétorique exposera

des notions élémentaires de littérature qu'il résumera à la fin du cours, par les questions suivantes : 1. En quoi la poésie diffère de la versification et quelles

sont les principales formes de vers en latin et en français.

Page 22 2. Des principaux genres de poésie et de leurs divers caractères.

52 3. Des genres de prose et de leurs caractères différents,

76 4. De l'art oratoire ou rhétorique. Des diverses parties de la rhétorique.

82 5. Des diverses parties du discours.

110 6. Quelles sont, parmi les règles de l'art oratoire, celles qui s'appliquent à toute composition.

140 7. Quelles sont les qualités générales du style et, parmi

ces qualités, celles qui caractérisent plus particuliè

rement les chefs-d'oeuvre de la prose française ? 168 8. Des principales figures de pensée et de mots. 173

De la littérature en général.

Le domaine des lettres embrasse toute l'étendue de la pensée humaine. La littérature exprime par le langage, sous des formes diverses, les créations, les conceptions, les connaissances et les passions de l'âme. Toutefois la littérature proprement dite se distingue de la science et de l'érudition pure, dont elle reproduit seulement les résultats généraux. On peut dire qu'elle touche à tous les points de leur surface sans en embrasser les détails ni en atteindre les profondeurs.

Les produits de l'intelligence se divisent d'abord en deux grandes familles essentiellement distinctes par la forme extérieure de l'expression; en effet, le langage se déploie librement sans être assujetti à une forme rigoureuse, ou bien il est soumis à certaines règles qui portent sur le nombre ou sur la valeur des syllabes, et qui amènent le retour périodique, soit de certains accents, soit de certaines consonnances. Dans le premier cas, il s'appelle Prose; dans le second, il prend le nom de Vers.

L'emploi de la prose ou des vers n'est pas arbitraire. Les oeuvres dans lesquelles l'imagination et la passion dominent appellent naturellement la versification ; celles qui sont plus particulièrement le produit du savoir et du raisonnement revêtent plus volontiers la forme de la prose. Cependant cette division n'est pas rigoureuse, et d'illustres exemples prouvent que la prose peut exprimer avec succès les créations de l'imagination, et que les vers s'appliquent heureusement aux sévères conceptions de la raison.

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1. Littérature.

Les vers sont l'expression habituelle de la poésie; mais la poésie subsiste indépendamment de la versification, de même que la forme du vers ne suffit pas pour donner le caractère poétique aux pensées d'un ordre différent. Nous dirons plus tard quel est le caractère propre de la poésie, et ce qui la distingue des autres manifestations de l'intelligence.

Les genres littéraires sont établis sur des rapports et des différences, soit de forme, soit de fond. Chaque classe ou genre se compose d'ouvrages de nature identique ou analogue, et elle est séparée des autres par quelque trait spécial. L'étendue de chaque genre est limitée par les dissemblances qui servent à constituer d'autres classes, et sa compréhension se compose de toutes les analogies qui rattachent un certain nombre d'ouvrages à une même famille. Au reste, les genres littéraires se touchent tous par quelques points qui attestent leur commune origine ; c'est surtout de cette grande famille qu'on peut dire avec le poëte :

Facies non omnibus una, Nec diversa tamen, qualem decet esse sororum". OVIDE.

Il faut bien se garder de conclure, de cette communauté d'origine et des points de contact qui rapprochent les genres littéraires, que cette division soit arbitraire et qu'on puisse s'en jouer impunément : n'oublions pas qu'elle s'est établie parmi les Grecs, si heureusement doués et si bien inspirés par la nature. Nous pouvons donc répéter après André Chénier :

La nature dicta vingt genres opposés
D'un fil léger entre eux chez les Grecs divisés :
Nul genre, s'échappant de ses bornes prescrites,

N'aurait osé d'un autre envahir les limites.
Comme toute littérature a pour principe le génie

1. « Elles n'ont pas même visage, mais elles différent en se ressemblant comme il convient à des sœurs. »

:

qui crée, et pour règle le goût qui juge, il convient avant tout de présenter l'analyse de ces deux facultés.

Du génie.

:

Il est plus facile de sentir le génie que de le définir : cette supériorité de l'intelligence, ce je ne sais quoi de plus divin dans l'esprit, mens divinior, nous frappe, nous saisit, nous enlève; les œuvres du génie sont marquées d'une empreinte qui leur est propre et qui inspire l'admiration : Deus; ecce deus ! On reconnait involontairement sa présence; mais comment déterminer sa nature? en quoi consiste ce don supérieur? est-ce une faculté distincte, ou seulement une plus grande puissance de facultés communes à tous les hommes ou d'une seule de ces facultés ?

Si le génie était une faculté distincte, particulière) à certains esprits, et dont le germe n’existât point dans les autres, nous ne pourrions ni le compren dre ni le sentir. On n'agit sur les hommes que par similitude. Le génie n'est donc un privilége que par la qualité et non par l'essence. Sans cela, le génie n'aurait d'appréciateur et de juge que lui-même.

Le génie n'est donc que la plus grande puissance d'une ou de plusieurs qualités essentielles à l'esprit humain. Si on passe en revue les hommes auxquels le consentement unanime des peuples accorde ce rare privilége, dans les arts, dans les sciences, dans la philosophie et dans les lettres, on verra que tous ont été inventeurs. L'invention est donc, par-dessus tout, le signe caractéristique du génie. Ce nom ne se donne qu'à la puissance qui crée ou qui féconde avec originalité.

« L'homme de génie, dit Marmontel, a une façon de voir, de sentir, de penser, qui lui est propre. Si c'est un plan qu'il a conçu, l'ordonnance en est sur

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