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» qui ont vécu dans les temps antérieurs. Mais

» la religion nous apprend que Jésus-Christ est

» le Fils unique, le premier né de Dieu, et,

» comme nous l'avons déjà dit, la souveraine

» raison, dont tout le genre humain participe.

» Tous ceux donc qui ont vécu conformément

» à cette raison, sont chrétiens, quoiqu'on les

» accusât d'être athées. Tels étoient chez les

» Grecs Socrate, Heraclite (1) et ceux qui leur

» ressembloient; et parmi les barbares * Abra

» ham, Ananias, Azarias, Misaël , Elie , et

» beaucoup d'autres dont il seroit trop long de

(l) Saint Justin suppose que ^;es philosophes n'ont point pris part à l'idolâtrie, et ont observé exactement les lois de la religion primitive , ce qui est au moins fort douteux. Mais la question générale est indépendante de ce fait particulier. Au reste, il est certain que Socrate enseignoit l'unité de Dieu , et Platon nous apprend sur sa mort des particularités que peut-être n'a-t-on pas assez. remarquées. « Ceux, dit-il, qui avoient dans ce temps-là » l'administration de la république, commirent beaucoup » d'iniquités; ils ordonnèrent à mon ami Socrate , déjà » avancé en âge , et je ne crains point de le dire, le plus » juste des hommes qui vivoient alors; ils lui ordonnè» rent, dis-je, et à quelques autres , de leur amener un » citoyen qu'ils vouloient mettre à mort, afin de rendre » Socrate, ou volontairement ou malgré lui, complice » de leur injustice; mais il refusa de leur obéir, et il rc» solut de tout souffrir plutôt que de participer aux crimes

» rapporter les noms et les actions. Au con» traire , ceux d'entre les anciens qui n'ont pas >> réglé leur vie sur les enseignemens du Verbe » et de la raison éternelle, étaient ennemis de » Jesus-Christ, et meurtriers de ceux qui vi» voient selon la raison. Mais tous les hommes » qui ont vécu ou qui vivent selon la raison, » sont véritablement chrétiens, et à l'abri de » toute crainte (1). »

Saint Jean Chrysostôme, un si grand docteur, ne s'exprime pas avec moins de force. Après avoir parlé de la nécessité de confesser JésusChrist : « Quoi donc! ajoute-t-il , Dieu est-il

» de ces impies— Ils l'accusèrent ensuite lui-même » d'impiété , de tous les crimes celui dont il étoit le plus » éloigné, et ils condamnèrent au dernier supplice » l'homme qui, pour ne pas commettre un acte impie, ou » s'en rendre complice en aucune manière, n'avoit point » voulu leur livrer un de ceux qui étoient alors exilés. » Ep. Vil, Oper., tom. XI, p. 94 et Q5. Ed. Bipont.

(1) Ne qui vero praeter rationem , ad eorum quae nos edocti sumus eversionemdicant, ante annos centum quinquagintanosasseverare Christumsub Cyrenio natumesse; docuisse autem quœ docuit posteriùs sub Pontio Pilato: et proindè noxâ solutos atque insontes esse, per appellationem allègent, qui ante ea tempora extitêre mortales omnes : quaestionem eam anticipanter solvemus. Chrislum primogenitum Dei esse instituti sumus , et rationem

» injuste envers ceux qui ont vécu avant son

» avènement? Non sans doute; car ils pouvoient

» être sauvés sans confesser Jésus-Christ. On

» n'exigeoit pas d'eux cette confession, mais la

» connoissance du vrai Dieu, et de ne pas ren

» dre de culte aux idoles ; parce qu'il est écrit:

» Le seigneur ton Dieu est l'unique Seigneur ( i )...

» Alors donc , comme je viens de le dire, il suffi

» soit pour le salut de connoître seulement

» Dieu; maintenant ce n'est pas assez; il faut

» connoître encore Jésus-Christ... Il en est ainsi

» pour ce qui regarde la conduite de la vie. Alors

» le meurtre perdoit l'homicide; aujourd'hui la » colère même est défendue. Alors l'adultère » attiroit le supplice; aujourd'hui les regards » impudiques produisent le même effet. Enfin, » conclut saint Chrysostôme., «ceux qui, sans » avoir connu Jésus-Christ avant son incarna» tion, se sont abstenus du culte des idoles, » ont adoré le seul vrai Dieu, et mené une vie » sainte, jouissent du souverainbien, selonceque » dit l'apôtre : Gloire > honneur et paix à tous ceux * qui ont fait le bien 3 soit Juifs, soit gentils. ( 1 ) »

atque Verbum esse; cujus universum hominum genus est
particeps, anteù ostendimus. Et quicumque cum ratione
et Verbo vixêre, christiani sunt, quamvis S9soi et nullius T'»\

numinis cultores habitisint. Quales inter Grœcos t'uêre So-
crates, Heraclitus, atqueiissimiles : interbarbaros autem
Abraham, et Ananias, et A/.arias, et Misael, et Elias, et
alii complures ; quoruinfactasimulctiiomina in praesentiâ
recensere , quia longum esse scimus, supersedemus. Pe-
rindè atque ex veteribus, qui if idem tempore Ghristum
prsecessGre, et absque ratione ac Verbo aetatem exegêre,
inimici Christo fuerunt, eorumque qui secundum ratio-
nem et Verbum vixerunt percussores. At qui cum Verbo
et ratione vixerunt, atque etiam »unc vivunt, chris-
tiani , et extra metum atque perturbationemomnemsunt,
S. Justin. Apolog. II , p. 83. Ed. Paris. i5i6.
(1) Deuleron., VI, 4.

(1) Quidergo, injustè-ne agitur cum iis quianteadventumejus vixerunt? Nequaquam; poterant enim nec Christum confessi saluteni consequi. Non enim .hoc ab illis exigebatur , sed ne idola colerent, et ut verum Deum noscent. Dominus enim, inquit, Deus tuas, Dominus

anus est Tune enim ad salutem sufliciebat ,

ut dixi, Deum tantùm cogeoscere , nunc verô id

satis non est, sed Christum nosse oportet Sic et de

vitae instituto putandum. Tùm csedes homicidam perdebat; nunc Tel irasçi yetitum est. _Tunc mœchari et cum aliéna mulicre commisceri supplicium afferehat, nunc autem impudicis oculis respicere idem afiert. Quôd enim ii qui Christum non noverunt ante carnalem adyentum, et qui ab idolatriâ resilientes Deum unum adorârunt, et probamduxere yitam, omnia bona consecuturi sint, audi quomodô dicat : Gloria autem, lionor et pax> omni opérant i bonum, Judœo primùm et gentili. S.Joan. Chrysost. Homil. XXXVI. al. XXXVII. in Matt. oper. tom. VU, p. 4'i «' 412- Edit. Benedict. Sixte de Sienne explique

11 n'en est pas moins certain , nous le répétons, que jamais les hommes n'ont pu être

très-bien ce passage, qu'on doit entendre, ainsi que les autres que nous avons cités, selon la doctrine commune des Pères et des théologiens. « Je croirois, ditril, que » saint Chrysostôme n'a voulu parler que de cette foi et » de cette connoissance que les scolastiques appellent » explicite, c'est-à-dire, une connoissance claire et dis» tincte de tous les mystères de Jésus-Christ en parti» culier, que tous les justes n'ont pas eue avant la venue » de Jésus-Christ ; car il suflisoit aux Juifs simples et moins » éclairés d'avoir une connoissance générale de la rédemp» tion du genre humain, et voilée sous les significations » des sacrifices et des cérémonies: et à l'égard des Gen» tils, si quelqu'un a obtenu le salut.sans la connoissance » du Médiateur, il leur a suffi d'avoir cette foi renfermée » dans la foi en Dieu, c'est-à-dire, de croire que Dieu » seroit le sauveur du genre humain, selon l'ordre secret ». de la Providence révélé à quelques personnes inspirées >» de Dieu, et aux SybiUes par un privilège particulier. ,, Biblioth. sancta,lib. VI. annotai. LI, p. 490. Colonim,» i576. On voit que Sixte de Sienne s'exprime dans les mêmes termes que saint Thomas, dont le sentiment sur ce sujet est entièrement conforme à celui de saint Bernard.' « Comme plusieurs chrétiens, dit ce Père, croient et es» purent la. vie éternelle, et la désirent avec ardeur sans » en connoître la manière ni l'état, de même plusieurs, » avant la venue de. Jésus-Christ, croyant Dieu tout» puissant, aimant celui qui leur avoit promis leur salut, » le croyant fidèle dans ses promesses, espérant qu'il seroît » leur rédempteur, ont été sauvés dans cette foi et dans

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