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Dans son livre De la Consolation adressé à Marcia : « Ce n'est pas votre fils que la mort a

frappé, dit Senèque, mais seulement son

image : délivré du fardeau du corps, et imà mortel maintenant, il jouit d'un état meil

leur. Son âme est retournée aux lieux d'où elle » étoit descendue; là un repos éternel l'attend ;

élevée dans les hauteurs des cieux, elle ha» bite avec les âmes heureuses, elle est reçue moi dans leur société sainte. De là elle aime en» core à abaisser ses regards ici-bas, et à con

templer ceux qu'elle a laissés sur la terre (1). »

On croyoit que la félicité céleste étoit surtout le partage des hommes qui avoient rendu d'importans services à leur patrie. « Ils ont dans le

ciel, dit Cicéron, une demeure à part, où ils

jouissent d'un bonheur sans fin : car rien, sur * la terre, ne plait davantage au Dieu suprême

qui gouverne le monde, que les sociétés

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(1) Imago duntaxat filii tui periit, et effigies non simillima : ipse quidem æternus, meliorisque nunc statûs cet, dispoliatus oneribus alienis , et sibi relictus... nititur illo, undè dimissus est (animus) : ibi illum æterna requies manet.... àd excelsa sublatus, inter felices éurrit animas, excipitque illum cætus sacer... In profundâ terrarum permittere aciem juvat : delectat enim ex alto relicta respi-. cere. Consolat. ad Marciam , cap. XXIV et XXV.

» d'hommes unis par le droit , et qu'on appelle » cités (1). »

Scipion, supposant que Paul-Émile, qui se présentoit à lui en songe,

étoit un de ces bienheureux, lui adrésse ces paroles : « Père très-saint et très in bon, pourquoi m'arrêter ici-bas? pourquoi ne » pas me hâter d'aller à vous, qui êtes en pos» session de la véritable vie ? » Et son père lui répond : « Jusqu'à ce que le Dieu dont tout » ce que tu vois est le temple , te délivre lui► même des liens du corps, l'entrée de ces lieux » t’est fermée (2). » Puis, pour animer le courage de Scipion, l’Africain lui parle ainsi : « N'épargne aucun effort, et tiens

pour
assuré

que

(1) Omnibus, qui patriam conservaverint, adjuverint, auxerint, certum esse in coelo definitum locum, ubi beati ævo sempiterno fruantur; nihil est enim illi principi Deo, qui omnem hunc mundum regit, quod quidem in terris fiat, acceptiùs, quàm concilia coetusque hominum jure sociati, quæ civitates appellantur. Cicer., in Somn. Scip., cap. III, n. 4.

(2) Atque ego ut primum fletu represso loqui posse copi, quæso, inquam, pater sanctissime atque optime, quoniam hæc est vita (ut Africanum audio dicere) quid moror in terris ? Quin huc ad vos venire propero ? Non est ità, inquit ille ; nisi enim Deus is , cujus hoc templum est omne quod conspicis , istis te corporis custodiis liberaverit , huc tibi aditus patere non potest. Ibid., n. 6.

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is ce n'est pas toi, mais ton corps qui est mortel; in car tu n'es point ce que cette forme indique. » C'est l'âme, et non cette figure qu'on peut mon» trer avec le doigt, qui est l'homme. Sache done » » que tu es un dieu , si l'on peut appeler dieu » ce qui vit, ce qui sent, ce qui se souvient, ce

qui prévoit , ce qui régit le corps qui lui est » soumis, comme le Dieu souverain régit l'uni» vers : et de même que ce Dieu éternel donne » le mouvement au monde, qui est périssableen

partie , ainsi l'âme immortelle meut le corps fragile (1).

Tous ceux qui jouissoient , ou qu'on croyoit jouir du bonheur éternel , étoient appelés dieux. On leur élevoit des temples, on leur rendoit un culte, comme le remarque Cicéron, qui, pour adoucir la douleur que lui causoit la mort de sa fille, eût voulu qu'elle partageât les honneurs

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(1) Et ille : Tu verò enitere, et sic habeto, non esse te mortalem , sed corpus hoc : nec enim tu is es ; quem formaista declarat; sed mens cujusque, is est quisque; non ea figura, quæ digito demonstrari potest. Deum te igitur scito esse:si quidem deus est qui viget, qui sentit, qui meminit, qui providet , qui tam regit et moderatur, et movet id corpus, cui præpositus est, quàm hunc mundum princeps ille Deus; et ut mundum ex quâdam parte mortalem ipse Deus æternus , sic fragile corpus animus sempiternus movet. Ibid., cap. VIII, n. 20.

dont ces hommes et ces femmes consacrés étoient l'objet. (1)

Cicéron parle ici d'un culte public; car dans chaque famille on rendoit un culte privé aux ancêtres, que la loi des Douze-Tables ordonnoit de regarder comme des dieux (2), sans doute pour sanctifier l'autorité paternelle , un des premiers fondemens de la législation des Romains.

Si une éternelle félicité étoit la récompense des justes dans l'autre vie, des peines éternelles étoient aussi réservées aux méchans :

Sedet, æternum que sedebit
Infelix Theseus (3) :

(1) Quum verò et mares, et feminas complures ex hcminibus in deorum numero esse videamus, et eorum in urbibus atque agris augustissima templa veneremur; assentramur eorum sapieatiæ , quorum ingeniis et inventis omnem vitam , legibus et institutis excultam, constitutamque habemus... Si Cadmi, aut Amphionis progenies, aut Tyndari , in coelum tollenda famâ fuit, huic idem honos certè dicandus est : quod quidem faciam, teque omnium optimam, doctissimamque, approbantibus diis immortalibus ipsis, in eorum coetu locatam, ad opinionem omnium mortalium consecrabo. Cicer., De consolat., ap. Lactant. , Divin. Instit., lib. I, cap. XV.

(2) Sacra privata perpetua manento. Deorum Manium jura , sancta sunto. Hos letho datos, divos habento. Cicer., De legib., lib. II, cap. IX.

(3) Virgil. Æneid., lib. VI, v. 617,618.

et il est remarquable que, selon la croyance des anciens, les gouffres les plus profonds de l'enfer renfermoient des dieux condamnés à une prison perpétuelle (1).

Platon a, dans le Gorgias , admirablement exposé la doctrine antique ; tant étoit vive encore la lumière que répandoit la tradition. « La » mort , dit-il, n'est, à ce qu'il me semble, que » la séparation de l'âme et du corps.... (2) Après » cette séparation, l'âme demeure telle qu'elle » étoit auparavant; elle conserve et sa nature et » les affections qu'elle a contractées pendant » cette vie. Quand donc les morts arrivent de» vant le Juge, il examine l'âme de chacun, sans » avoir aucun égard au rang qu'il occupoit sur » la terre. Mais bien souvent, considérant l'âme » du grand roi des Perses, ou d'un autre roi, » ou de quelque autre homme puissant, il n'y

découvre rien de sain ; au contraire, les parjures et les injustices dont elle s'est rendue

coupable, la couvrent comme d'autant de » meurtrissures et de plaies; elle est toute défi

gurée par l'orgueil et le mensonge; il n'y a

(1) De la Barre, Mém. de l'acad. des Inscriptions, tom. XXIX, p. 54.

(2) ο θάνατος τυγχάνει ών, ως εμοί δοκεί, ουδέν άλλο ή δυοϊν πραγμάτουν διάλυσις, της ψυχής και του σώματος απ' αλλήλουν.

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