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étoit sorti bon des mains de Dieu, et qu'il avoit d'abord vécu dans un état de pureté et d'innocence (1), le crime pour lequel il étoit puni, étoit par conséquent postérieur à sa création.

Mais comment le crime d'un seul homme a-t-il infecté toute sa race ? Comment les enfans peuvent-ils justement porter la peine de la faute de leur père? Ils la portent cette peine, c'est un fait constant, et que dès lors il n'est nullement nécessaire d'expliquer. Dieu est juste et nous sommes punis, voilà tout ce qu'il est indispensable que nous sachions; le reste n'est pour nous que de pure

curiosité. Une raison sage peut néanmoins découvrir quelques lueurs dans ce profond mystère, et la philosophie ancienne, en prenant la tradition pour guide, seule méthode qui puisse donner une base solide et une règle sûre au raisonnement, s'est élevée, sur la question aussi difficile qu'importante de l'imputation des délits, à de fort belles considérations.

Dans son Traité sur les délais de la justice divine, Plutarque fait d'abord observer qu'il y a des êtres collectifs : qui peuvent être coupables de certains crimes , aussi bien que les êtres indivi

(1) Dicæarch. ap. Porphyr., De abstin., lib. IV. p. 343. Plat. in Philæb.

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duels. « Un état, par exemple, est, dit-il, une » même chose continuée, un tout, semblable à v un animal qui est toujours le même, et dont

l'âge ne sauroit altérer l'identité. L'état étant » donc toujours un, tandis que l'association » maintient l'unité, le mérite et le bláme; la

récompense et le châtiment, pour tout ce qui » est fait en commun , lui sont distribués jus» tement, comme ils le sont à l'homme indivi» duel (1). »

« Mais, ajoute Plutarque, si l'état doit être » considéré sous ce point de vue, il endoit êtrede » même d'une famille provenante d'une souche » commune, dont elle tientje ne sais quelle force

cachée, je ne sais quelle communication d'es► sences et de qualités, qui s'étend à tous les in» dividus de la lignée. Les êtres produits par voie » de génération, ne ressemblent point aux pro» ductions de l'art. A l'égard de celles-ci , dès » que l'ouvrage est terminé, il est sur-le-champ séparé de la main de l'ouvrier, et ne lui

appar» tient plus : il est bien fait par lui, mais non de » lui. Au contraire, ce qui est engendré, provient » de la substance même de l'Etre générateur ;

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(1) Sur les délais de la justice divine dans la punition des coupables; trad. de M. le comte de Maistre , p. 48. Lyon, 1816.

» tellement qu'il tient de lui quelque chose qui » est très-justement puni ou récompensé pour » lui; car ce quelque chose est lui (1).»

D'après la doctrine des Perses , Meschia et Meschiane , ou le premier homme et la première femme, étoient d'abord purs, soumis à Ormuzd leur auteur. Ahriman les vit, et fut jaloux de leur bonheur. Il les aborda'sous la forme d'une couleuvre, leur présenta des fruits, et leur persuada qu'il étoit l'auteur de l'homme, des animaux, des plantes et de ce bel univers qu'ils habitoient. Ils le crurent; et dès lors Ahriman fut leur maître. Leur nature fut corrompue; et cette corruption infecta toute leur postérité (2).

Ainsi le péché ne vient point d'Ormuzd; mais il a été produit, dit Zoroastre, par l'Etre caché dans le crime , ou Ahriman (3). Il y a, selon les Parsis, des souillures que l'homme apporte en naissant (4).

L'Ezour-Vedam enseigne aussi que a Dieu ne » créa jamais le vice. Il ne peut en être l'auteur; et

(1) Ibid., p. 50 et 51.
(2) Vendidat-Sade, p. 305, 428.

(3) Exposit. du syst. théolog. des Perses, tiré des livres Zends, Pehlvis et Parsis , par Anquetil du Perron. Mém. de l'acad. des Inscript., tom. LXIX, p. 184.

(4) Ibid., p. 256.

» ce Dieu, qui est la sagesse et la sainteté même, » ne le fut jamais que de la vertu. Il nous a » donné sa loi, où il nous prescrit ce que nous » devons faire. Le péché est une transgression » de cette loi, par laquelle il nous est expressé» ment défendu. Si le péché règne sur la terre, » c'est nous-mêmes qui en sommes les auteurs. » Nos mauvaises inclinations nous ont portés à » transgresser la loi de Dieu. De là est né le prei mier péché, lequel une foiscommis en a entraîné » bien d'autres (1). » L'auteur reconnoît dans un autre endroit que le premier homme fut créé dans l'innocence, et qu'il vivoit heureux, parce qu'il dominoit sur ses passions et ses appétits (2). Du reste Maurice a prouvé que l'histoire d’Adam et de sa chute, telle que Moïse la raconte , est confirmée par les monumens et les traditions des Indiens (3). Il prouve également que la doc

202.

(1) L'Ezour-Védam, l. I, c. IV, t. I, p. 201, (2) Ibid., liv. V, ch. V; tom. II, p. 77. (3) Maurice's history of Hindostan, vol. I, chap. XI.

Id. , Indian Antiq. , vol. V, p. 657. Vid. et. Maimonides, Ductor. dubitant., part. III, cap. XXIX, et Mendès de Pinto. , Voyage en Europe, en Asie et en Afrique, etc. Abraham Roger, et les Recherches asiatiques. Le nom même d'Adam étoit connu des Perses, des Indiens, et de tous les anciens peuples de l'Orient.

trine du péché originel étoit enseignée par les druides (1). Voltaire lui-même avoue que les brames « croyoient l'homme déchu et dégénéré; » cette idée se trouve, ajoute-t-il, chez tous les » anciens peuples (2). »

Confucius, après avoir dit que la raison est un présent du ciel, ajoute : « La concupiscence l'a

déréglée, et il s'y est mêlé plusieurs impuretés. » Otez-en donc ces impuretés, afin qu'elle re» prenne son premier lustre, et qu'elle ait toute » sa perfection (3). Son principe, remarque l'auteur qui nous a fourni cette citation, est que l'homme étant déchu de la perfection de sa nature, se trouve corrompu par des passions et par des préjugés; de sorte qu'il est nécessaire de le rappeler à la droite raison et de le renouveler (4).

Le philosophe Tchouangsé enseignoit, conformément à la doctrine des King , ou livres sacrés des Chinois, « que dans l'état du premier ciel >> l'homme étoit uni au-dedans à la souveraine

raison, et qu'au dehors il pratiquoit toutes les » @uvres de la justice. Le cæur se réjouissoit

(1) Indian antiq., vol. VI, p. 53.
(2) Additions à l'Hist. générale, p. 17. Ed. de 1763.
(3) Ce passage se trouve dans le livre qui a

pour

titre: Ta-Hio. Vid. Morale de Confucius, p. 50.

(4) Ibid., p, 159.

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