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ESSAI

SUR L'INDIFFÉRENCE

EN MATIÈRE

DE RELIGION.

CHAPITRE XXI.

Première conséquence du principe de l'autorité :

la vraie religion est nécessairement révélée de Dieu.

Nous avons prouvé qu'il existe une véritable religion, qu'il n'en existe qu'une, qu'elle est absolument nécessaire au salut , et que l'autorité est le moyen général que Dieu a donné aux hommes pour la discerner des religions fausses. Il nous reste à montrer qu'en effet , depuis l'origine du monde, la plus grande autorité visible a constamment appartenu à une seule religion,

dont la vérité a pu toujours être reconnue à ce caractère.

Avant d'entrer dans les développemens qu'exige un sujet d'une importance si universelle , nous devons prier ceux qui nous liront d'éloigner de leur esprit toute espèce de préjugés, toutes les vaines opinions qui, l'enveloppant comme un nuage, empêcheroient la lumière d'y pénétrer. Elle se répand dans les cæurs sincères : et voilà pourquoi , tandis que tout paroît obscur à la raison disputeuse et hautaine, tout est clair

pour les âmes droites, du moins tout ce qui intéresse véritablement l'homme. C'est de l'orgueil que sortent les ténèbres, de l'orgueil, père des préventions , des secrètes répugnances contre la vérité, des doutes désolans et des passions sans nombre qui maîtrisent l'entendement et l'entraînent loin du soleil des intelligences, loin de la source de la vie , loin de Dieu. Il nous a faits pour le connoître ; mais il a voulu que notre foi fût libre; et surtout, abaissant la présomption de notre esprit, il s'est plu à lui faire sentir sa salutaire dépendance : il l'a créé foible par luimême et fort par la société; et , attachant à la plus difficile vertu la récompense la plus haute, il a fondé la certitude sur la défiance de soi , et notre bonheur tout entier sur une humble obéis

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sance.

Aussi avons-nous vu qu'on ne rejette les croyances nécessaires qu'en se séparant de tous les peuples, et niant le témoignage du genre humain , en mettant sa raison à la place de la raison générale, et se proclamant seul infaillible au milieu de tous les hommes qu'on suppose avoir erré pendant quarante siècles. Si, au contraire, on suit fidèlement le principe que nous avons établi, et qu'on ne peut ébranler sans renverser la base de nos connoissances et de nos jugemens, on avance d'un pas sûr dans la route de la vérité, elle se dévoile pleinement; les ombres qui l'obscurcissoient s'évanouissent. Parmi les religions diverses qui se partagent le monde, on discerne la vraie aussi aisément qu'on s'étoit assuré de son existence, et l'on est chrétien comme on est homme, en croyant ce qu'atteste la plus grande autorité (1). « Il n'y a,

(1) « Quand une fois les hommes ont secoué le joug » de l'autorité, y a-t-il parmi eux sur la religion quelque

règle fixe et immuable? (Quest. sur l'incrédulité, par ^ M. l'évêque du Puy. IV. quest., pag. 260.) L'on n'établit » point le pyrrhonisme en se fixant à la tradition core» tante, uniforme, universelle de tous les peuples dans » leur origine qui atteste une révélation. C'est au con» traire, en suivant une route différente, en donnant » tout au raisonnement et rien à la tradition, que les phi» losophes ont fait naître le pyrrhonisme. Tous ceux qui

» dit saint Augustin, aucune vole certaine par » où les âmes puissent arriver à la sagesse et au

») et

» veulent retenir la même méthode, aboutiront au même » terme : Dieu a voulu nous instruire par la tradition par

la voie d'autorité, et non par le raisonnement. » (Bergier , Traité de la vraie religion, tome [er, pag. 516. Éd. de Besançon , 1820.) Le premier auteur qui ait entrepris, depuis la renaissance des lettres, de défendre la religion chrétienne contre les athées, les déistes et les hérétiques, établit le principe d'autorité comme la seule base sur laquelle on puisse élever solidement l'édifice de nos connoissances , de quelque ordre qu'elles soient. « Par l'inclination naturelle des hommes, dit-il, ils » sont continuellement en cherche de l'évidence, de la » vérité et de la certitude, et ne se peuvent assouvir ni » contenter qu'ils ne s'en soient approchés jusques au >> dernier point de leur puissance. Or, il y a des degrés en » la certitude et en la preuve, qui font les unes preuves » plus fortes, les autres plus foibles, quelque certitude

plus grande, quelque autre moindre. L'autorité de la » preuve et la force de la certitude s'engendrent de la force des » témoins et des témoignages, desquels la vérité dépend : » et delà vient que d'autant

quc

les témoins se trouvent plus véritables , apparens et indubitables, d'autant y » a-t-il plus de certitude en ce qu'ils preuvent. Et s'ils » sont tels que leurs tesmoignages par leur évidence ne

puissent tomber en nul doute, tout ce qu'ils vérifieront » nous sera très-certain, très-évident et très-manifeste. » La théologie naturelle de Raymond Sebon, chap. I, p. 1 et 2. Paris, 1611.

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* salut, à moins que la foi ne les prépare à la » raison (1). »

Les faux systèmes de philosophie adoptés tour à tour depuis Aristote, et dont l'influence s'étendit jusque dans les écoles chrétiennes, avoient tous une tendance commune. Ils jetèrent les esprits dans le vague, en substituant de pures abstractions à la réalité des choses. Ne considerant jamais que l'homme isolé, et le privant ainsi de l'appui de la tradition, ils l'obligèrent de chercher en lui-même toutes les vérités nécessaires, et la certitude de ces vérités , attribuant à la raison de chaque individu les droits de la raison universelle, de la raison divine elle-même, et l'affranchissant de toute dépendance comme de toute autorité. De ce moment l'homme fut l’unique maître de ses croyances et de ses devoirs : il fut infaillible, il fut Dieu, puisqu'il s'arrogea la plénitude de la souveraineté intellectuelle, et qu'au lieu de dire , comme la religion et le sens commun le lui commandent, Dieu est, donc je suis , il se plaça insolemment à la tête de toutes les vérités et de tous les êtres, en disant : Je suis , donc Dieu est.

(1) Nulla certa ad sapientiam salutemque animis via est, nisi cum eos rationi procolit fides. De utilit. creaendi , cap. XVII, Oper., tom. VIII, col. 69.

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