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» doit en vain du séjour éternel, l'instinct moral » le repoussoit du cœur des humains. En célé» brant les débauches de Jupiter, ou admi» roit la continence de Xénocrate ; la chaste Lu» crèce adoroit l'impudique Vénus; l'intrépide » Romain sacrifioit à la peur; il invoquoit le » dieu qui mutila son père , et mouroit sans » murmurer delà main du sien : les plus mépri» sables divinités furent servies par les plus » grands hommes. La sainte voix de la nature, » plus forte que celle des dieux, se faisoit res» pecter sur la terre , et sembloit reléguer dans » le ciel le crime avec les coupables....

» Mais j'entends s'élever de toutes parts les

» clameurs des prétendus sages Cet accord

» évident et universel de toutes les nations, ils » l'osent rejeter, et contre l'éclatante uniformité » du jugement des hommes (1), ils vont cher» cher dans les ténèbres quelque exemple obscur » et connu d'eux seuls, comme si tous les pen» chans de la nature étoient anéantis par la » dépravation d'un peuple, et que sitôt qu'il est

(1) Voyez comme, en combattant l'erreur , Rousseau est forcé de recourir à la règle immuable du Trai, en opposant au raisonnement et au témoignage de quelques insensés, l'éclatante uniformité du jugement des hommes , l'accord universel de toute les nations. Tum verm voies.

» des monstres, l'espèce ne fût plus rien. Mais » que servent au sceptique Montaigne les tour» mens qu'il se donne pour déterrer en un coin » du monde une coutume opposée aux notions » de la justice? Que lui sert de donner aux plus » suspects voyageurs l'autorité qu'il refuse aux » écrivains les plus célèbres? Quelques usages » incertains et bizarres, fondés sur des causes » locales qui nous sont inconnues, détruiront» ils l'induction générale tirée du concours de » tous les peuples...? 0 Montaigne! toi qui te » piques de franchise et de vérité, sois sincère » et vrai, si un philosophe peut l'être, et dis» moi s'il est quelque pays sur la terre où ce » soit un crime de garder sa foi, d'être clément, » bienfaisant, généreux; où l'homme de bien » soit méprisable, et le méchant honoré ( 1 ) ? » Voltaire, sur ce point, parle comme Rousseau. « Partout j'ai vu qu'on respectoit son père » et sa mère, qu'on se croyoit obligé de tenir sa » promesse, qu'on avoit delà pitié pour les in» nocens opprimés— Ceux qui pensent diffé» remment m'ont paru des créatures mal orga» nisées, des monstres comme ceux qui sont » nés sans yeux et sans mains (2). Les rites chan

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» gent chez tous les peuples; la morale seule ne » change pas (1). »

Hélas! quand l'homme fait le mal, ce n'est pas qu'il ignore la loi qui le défend. Une invariable tradition prescrit partout les mêmes devoirs , interdit les mêmes crimes, éveille dans la conscience les mêmes sentimens. Quel est le cœur, lorsque nulle passion ne le transporte et ne l'aveugle, .que ne soulève d'indignation le spectacle de l'injustice, et qui ne soit attiré, ravi par le charme de la vertu? Dans quelle contrée ne connoît-'on point la douce joie de l'innocence et le secret supplice du remords? Cet homme a versé le sang, il a dépouillé la veuve, opprimé l'orphelin; aussitôt, en lui-même, il entend une voix qui lui dit : Tu ne dormiras plus! Quelque chose de l'enfer le dévore intérieurement; et, comme dans une nuit de tempête , au milieu d'une mer troublée, un feu sombre apparoît sur un vaisseau en perdition, sur le front ténébreux de ce coupable, au fond de son œil inquiet et ardent, on découvre avec effroi comme le signal d'une âme en détresse, et l'annonce d'un naufrage prochain.

sur l'hist. génér. et sur les mœurs des nations, tom. I,

ch.IV,p. 38; etch.CXX, tom. III, p. ig3. Ed. de 1726.

(1) Remarques surPHist. génér., p. 38. Ed. de 1753.

Voyez, au contraire, le calme, la sérénité de l'homme de bien, l'inaltérable paix dont il jouit. A la touchante expression de ses traits , à je ne sais quoi de pur et de doux qui anime ses regards, on leprendroitpour un de ces êtres célestes, qui descendoient sur la terre dans les jours anciens, pour instruire les mortels et les consoler. Mais sans recourir à ces rares exemples d'une vertu sublime qui commande le respect au vice même, ou trouve dans l'ordre commun assez.de preuves de l'ascendant qu'exerce en tous lieux la loi morale sur le cœur de l'homme. Qui n'a jamais senti le contentement qu'inspire le souvenir d'une bonne action , d'un devoir pénible accompli en triomphant de soi-même? Qui jamais se repentit d'avoir été juste, miséricordieux, chaste, tempérant; d'avoir donné à manger à celui qui avoit faim, à boire à celui qui avoit soif, des vêtemens à celui qui étoit nu. ? Où regarde-t-on comme indifférent de nourrir son vieux père ou de l'outrager? Chez quel peuple honore-t-on la femme adultère de préférence à l'épouse fidèle? Non , quelle que soit la foiblesse de,s mœurs , partout on admet les mêmes préceptes, et comme les vérités que Dieu a révélées primitivement forment la raison du genre humain, les commandemens qu'il a promulgués forment sa conscience.

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L'universalité de la religion primitive est un fait si incontestable, que tous les anciens Pères, en annonçant l'Evangile aux païens, s'appuyoient, pour établir l'unité de Dieu , et le devoir de lui rendre un culte, l'immortalité de l'âme, les peines et les récompenses futures, l'existence des bons et des mauvais anges, sur le consentement unanime des hommes , des poètes, des philosophes , des législateurs; sur les pratiques, les croyantes, les oracles mêmes du paganisme ( 1) : et le crime

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