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pas plus des siens, que certains airs italiens ne different d'eux-mêmes lorsqu'ils sont parodiés dans un opéra français. >>

Tels furent les principes que je posai dès le commencement de mon entreprise, et l'on peut entrevoir déjà quelles règles rigoureuses en découloient. Une fois décidé à traduire mon auteur, sinon en strophes semblables, du moins en strophes parallèles, il me parut non moins nécessaire de chercher à le traduire, autant que je le pourrois, strophe pour strophe, et par conséquent dans le même nombre de vers; et l'on auroit tort de ne voir dans cette résolution qu'une ostentation de brièveté aussi vaine que puérile. Quoique piqué des reproches de nos voisins, et stimulé par leur exemple, je ne me serois point gratuitement engagé dans une lutte de ce genre contre un poète aussi remarquable par sa précision. Mais j'étois et je suis encore persuadé que le devoir de tout traducteur est de reproduire, autant qu'il le peut, l'effet de son modèle; et ce devoir ne sauroit être rempli, s'il n'offre réellement à son lecteur les mêmes idées, les mêmes images, les mêmes sentimens, dans la même association, dans le même ordre, dans les mêmes cadres.

Je n'ai plus besoin à présent de développer les difficultés du problème aux yeux des personnes qui connoissent les différences de notre langue et de celle des Romains. Je compte sur elles, au contraire, pour excuser, auprès des lecteurs moins instruits les libertés que mon plan de traduction m'a forcé de prendre. La plus grande de toutes est, sans doute,

l'enjambement d'une strophe sur l'autre; elle est très-fréquente dans Horace; et, malgré tous mes soins pour l'éluder, j'ai été forcé, dans ce premier volume, d'en faire usage jusqu'à six fois. J'ai échappé plus rarement à une autre nécessité, celle de substituer aux idées, aux images de mon auteur, d'autres idées ou d'autres images; mais j'espère aussi que, sur ce point, je trouverai des juges moins rigoureux : enfin, et plus souvent encore, sans augmenter le nombre des vers de mes strophes, j'ai été forcé d'en allonger quelques-uns: j'ai employé, par exemple, plus d'une fois, quatre alexandrins pour traduire la strophe alcaïque, où, d'après mes règles, je ne donne ordinairement que huit syllabes au troisième vers. Quelquefois aussi j'ai donné huit syllabes au lieu de six au dernier vers de la strophe sapphique, et j'ai pris quelques autres licences, qu'il seroit ennuyeux d'exposer ici. Je réclame pour toutes la même indulgence, et me contente d'observer que jamais au moins je n'ai donné à mes strophes une coupe toutà-fait moderne, et que même, le plus souvent, ma licence s'est bornée à substituer à une strophe imitée d'Horace une autre strophe dont lui-même m'avoit fourni l'original.

Cependant, et je dois être le premier à en prévenir, toutes ces licences ne m'ont pas encore mis en état de surmonter toutes les difficultés. On trouveroit à peine quelques mots oiseux, quelques détails superflus, quelques traits inutiles, dans tout Horace, et il ne m'a pas toujours été possible de les rendre tous; plus d'une circonstance locale, plus d'une

partie d'énumération, plus d'une épithète me sont échappées. J'en ai toujours senti le plus vif regret. Mais que pouvois-je faire? Le système de traduction que je viens d'exposer sera mon excuse. C'est le seul qui offre, selon moi, les moyens de reproduire les impressions du modèle; mais il renferme le traducteur dans un espace qui, pour notre langue, est un peu trop borné. J'ai mieux aimé perdre, pour n'en pas sortir, quelques traits de mon modèle, que de m'exposer, en m'en écartant, soit à dénaturer entièrement la coupe de ses strophes, soit à en multiplier le nombre, ce qui m'eût forcé à mêler beaucoup trop souvent mes idées aux siennes, ou à changer l'enchaînement et les cadres dans lesquels il a voulu nous les présenter. Le plus souvent, en effet, il auroit fallu faire, non pas un vers ou deux de plus, mais une strophe entière; et de quoi l'aurois-je remplie, après y avoir placé le trait surabondant de mon auteur? De mes propres idées? quelle présomption! De celles qu'il place dans la strophe suivante? cela eût été plus raisonnable; mais alors il auroit fallu reprendre ainsi d'une strophe sur l'autre jusqu'à la fin de l'Ode: aucune n'auroit plus formé le même tableau, le même ensemble que dans l'original, et j'aurois risqué de perdre l'effet de l'Ode entière pour en conserver un ou deux traits particuliers. Au reste, et je dois également en avertir, cet inconvénient est beaucoup moindre dans les Odes qui ne sont point divisées en strophes; alors, comme dans les autres productions poétiques, on a la liberté d'intercaler un ou deux vers, et je me suis en effet

prévalu de cet avantage toutes les fois que j'en ai eu besoin.

Il est un point de notre versification sur lequel je dois aussi des éclaircissemens à mes lecteurs. Je veux parler de la rime, dont je n'ai jamais violé sciemment les règles strictes, mais dont je n'ai jamais recherché la richesse, et avec laquelle j'ai pris quelques libertés. Je n'aurai point à demander grâce, sur cet article, ni aux amateurs exclusifs de la poésie grecque et latine qui, comme on sait, ne rime pas, ni aux étrangers qui ont la faculté de faire des vers blancs dans leur langue. Ceux-là surtout, et je le sais par expérience, m'approuveroient plutôt d'avoir dissimulé la rime faute de pouvoir m'en débarrasser, que de lui avoir donné une richesse constante. Mais, en France, la majorité de mes juges tient beaucoup à cette richesse, et c'est principalement dans la poésie lyrique qu'elle se croit en droit de l'exiger. Oserai-je lui proposer un compromis? En lui passant sa sévérité pour les Odes originales, où le poète n'est point astreint à rendre les idées d'autrui, puis-je espérer d'en obtenir quelque indulgence pour le traducteur, qui n'est pas le maître de sacrifier les pensées de son modèle à une identité parfaite dans le retour de certains sons? Je me plais du moins à le croire, et je voudrois être aussi sûr de gagner ma cause auprès des ennemis de la rime, Hellénistes, Latinistes, Italiens, Anglais, Allemands; mais je sens que mon plaidoyer devant eux a besoin de plus d'étendue.

On a beaucoup écrit, beaucoup disputé sur la

rime, sur son origine, ses avantages, ses inconvéniens. Parmi les modernes, la plupart des critiques dont la langue permet aux poètes de s'en passer, l'ont impitoyablement condamnée, par la grande raison que les Grecs et les Romains ne rimoient pas. Ceux qui l'ont défendue n'ont guère fait autre chose qu'alléguer sa nécessité, pour marquer la chute des vers dans les langues destituées d'une véritable prosodie; ce qui pouvoit s'appeler, en quelque sorte, sacrifier la langue à l'apologie de la versification. Mais je ne crois pas que l'on ait encore assez remarqué une autre raison qui nous rend la rime nécessaire. Cette raison n'est autre que le goût naturel que nous avons pour les consonnances, goût si naturel, en effet, qu'il étoit commun aux Grecs et aux Romains comme aux nations modernes *. S'ils n'y pourvoyoient pas par le moyen de la rime, c'est que la nature de leur langue leur fournissoit à chaque instant des consonnances sans qu'ils eussent besoin de les chercher. Elles naissoient de leurs conjugaisons, par l'identité des désinences d'un nombre infini de verbes, et mieux encore de leurs déclinaisons et de la règle qui prescrit de faire accorder l'adjectif avec le substantif, ce qui le plus souvent les fait rimer quoique imparfaitement ensemble. Virgile offre des exemples nombreux de ces rimes naturelles placées tantôt au milieu, tantôt à la

*M. Suard a fait la même observation dans un excellent morceau, réimprimé en 1803 dans ses Mélanges de littérature (Tome III, p. 27 et suiv.); mais il en applique les conséquences à l'allitération plutôt qu'à la rime.

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