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Chargés d'honneurs, de honte surchargés;
Art de ramper, devenant habitude;
Gens à placet, briguant la servitude;
Gens à pouvoir, commandant à genoux;
Tyrans valets sous le tyran suprême;
Dis hardiment: Tous ces gens-là sont fous;
Et le plus fou, c'est le tyran lui-même.

Tartufe arrive, et, d'un ton nasillard,
Me dit : «< Mon fils, craignez les anathèmes :
Concile aucun n'approuva ces systèmes;
Chiens de saint Roch et chiens de saint Médard
Vont aboyer: c'est peut-être un peu tard;
Mais du vieux temps nous aimons les usages;
Et notre siècle est dégoûté des sages.
Gille-Esménard fait contre ces pervers
Un long poëme, et dit qu'il est en vers;
D'esprits divins une épaisse couvée :
Geoffroi, Nisas, et le docte Fiévée,
Châteaubriant, sauvage par accès,

Toujours chrétien, mais pas toujours Français,
Dans les élans de leur pieux délire,

Fouettent Rousseau, Voltaire, Montesquieu:

Méchans auteurs que l'on s'obstine à lire,
Que Dieu punit d'avoir adoré Dieu. »

Et, selon vous, notre cause est perdue!
Des vils Geoffrois qu'importe la cohue?

Que parlez-vous de cinq ou six grimauds,
Plats barbouilleurs de cinq ou six journaux?
Dans le néant, où leurs feuilles descendent,
Fréron, Zoïle et Cotin les attendent;
Châteaubriant, pour avoir un peu nui,
S'est trop souvent réfuté par l'ennui;
Gille-Esménard, corsaire du Parnasse,
A disparu, submergé dans la glace;
Et le sifflet, courant après Nisas,
Trouve un écho jusque dans Pézenas.
Ils ont vieilli les contes de grand'mères!
Si le présent paraît les rajeunir,
Faibles succès! triomphes éphémères!
Loin du présent, savourons l'avenir,
Car c'est demain que l'avenir commence;
Et le présent n'est jamais qu'aujourd'hui.
Sur le présent ne fondez point d'appui:
Il est étroit; l'avenir est immense.

Homère a peint les coursiers d'Apollon:
En quatre pas ils traversaient la terre;
Dans le grand siècle, élève de Voltaire,
Ainsi marcha la publique raison.

Les esprits lourds sont restés sur la route;
Des vrais talens elle a guidé les pas;
Par son courage, après de longs combats,
Les préjugés furent mis en déroute.
Ils ont péri; mais elle a survécu.

La vaincra-t-on quand elle a tout vaincu?
Elle est aux bords où serpente la Seine,
Où la Newa roule sous des glaçons,
Où dans l'Euxin mugit le Borysthène,
Où le Tésin rit dans l'or des moissons.
Elle est aux bords où l'altière Tamise
S'enorgueillit de Locke et de Newton;
A ses décrets l'Amérique soumise
A vu les lois régner sur Washington.
C'est son regard qui fait rougir l'esclave;
C'est à sa voix que le tyran pâlit;
Elle est partout où l'homme pense et lit.
Pour l'Esprit-saint prise un jour au conclave,
y créa certaine sainteté :

Elle

Lambertini lui dut la papauté.

Taisez-vous donc, friponneaux moralistes,
Petits valets forgeant petits écrits,
Calomniant, prêchant à juste prix;
Petits rimeurs et petits journalistes,
Fermant les yeux, et criant: Il fait nuit.
Vous vous trompez: le jour encor nous luit;
Oui, la lumière est au centre du monde.
Ce pur soleil, des Guèbres adoré,
Tournant sur lui, de globes entouré,
Les remplit tous de sa chaleur féconde.
Quelque planète, en parcourant les cieux,
Peut un moment l'obscurcir à nos yeux;

Mais, à des lois constamment asservie, D'un pas égal elle poursuit son cours; Et, plus serein, l'astre qui fait les jours Répand à flots la lumière et la vie.

DISCOURS

SUR

L'INTÉRÊT PERSONNEL.

L'HOMME

'HOMME sent, l'homme agit, et sa raison le guide;
Mais de cette raison, chancelante et timide,
Nous voulons découvrir le mobile éternel.
Quel est-il? c'est, dit-on, l'intérêt personnel.
Nous agissons par lui: son empire est suprême.
Des vices, des vertus, l'origine est la même:.
Le sage ou l'insensé, le juste ou le pervers,
Soit qu'il traîne ses jours sous le poids des revers,
Soit qu'en ses moindres vœux le destin le seconde,
De lui seul occupé, se fait centre du monde.
Tout cherche son bien-être, et chacun vit pour soi:
Des êtres animés c'est l'immuable loi.

Dans les airs, sous les eaux, ainsi que sur la terre,
L'intérêt fait l'amour, l'intérêt fait la guerre.
Quand, pour huit sous par jour, deux cent mille héros
Vont sur les bords du Rhin ferrailler en champ clos,
Les vautours du pays, les loups du voisinage,
Certains de leur pâture, attendent le carnage;

OEuvres posthumes. II.

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