Obrázky na stránke
PDF
ePub
[blocks in formation]

et

Qu'on ne dise pas, avec Mr. Felis, qu'il faut entreméler ici la mesure binaire et la mesure lernaire pour traduire les trochées et les dactyles, respecter ainsi le rhythme de la poésie saphique (Revue de Danjou, 1847, p. 150.): M. A. J. H. T'incent, de l'Institut, a très bien prouvé par des autorités incontestables et nombreuses :

1) Que, même ici, on peut admettre le rhythme égal ou à deur temps,

2) Que toute syllabe longue n'est pas invariablement double de chaque bréve, contrairement à l'opinion de Boeckh, suivie par Mr. Félis ;

3) Que le rapport métrique de la quantité des syllabes longues ou brèves, c'est-à-dire le rapport conventionnel de deux à un n'a jamais été considéré comme rigoureusement nécessaire dans la rhythmique. ")

D'après ce qui précède, on ne peut donc pas admettre l'interprétation suivante des valeurs musicales appliquées aux strophes ou vers saphiques :

[merged small][merged small][ocr errors][merged small]

Chez les Grecs, la mélopee comprenait trois genres: le diatonique, le chromatique et l'enharmonique. En était-il de même au moyen-âge? La musique de cette époque, si mystérieuse, si peu connue encore,

avait-elle conservé les trois genres antiques? et, dans l'hypothèse d'une réponse affirmarive, auquel de ces trois genres appartient l'ode d'Horace que je viens de traduire ?

[ocr errors]

1) Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque du roi, etc. 1. XVI, ge parlie; Notice sur trois manuscrils grecs relatifs à la musique, etc. par M. tincent, Paris , in-80, 1817, p. 158-162, HORAT. VOL. II. ED. MAI. III.

89

[ocr errors]

On verra bientôt que des raisons solides m'autorisent à soulever ici toutes ces questions.

Or, les monuments du moyen-âge prouvent que nos ancêtres admeltaient trois genres de mélodie, comme les Grecs. Cependant, il ne faut pas oublier que, ces monuments ayant surtout pour but de conserver les règles du chant religieux ou diatonique, les témoignages que l'on en peut tirer en faveur des genres chromatique et enharmonique sont, par cela méme, en assez petit nombre; mais, en revanche, ils ne laissent aucune place au doute.

D'abord, on trouve Boèce, qui enseigne, au commencement du VI. siècle, la triple division de la mélopée antique. Ses écrits ont exercé une influence considérable sur toute la musique du moyen-âge, et ne sont d'ailleurs qu'un long exposé de la doctrine des Grecs.

Au IX. siècle, Remi d'Auxerre, condisciple du prince Lothaire fils de Charles le Chauve, fut appelé à Reims par Foulques, archevêque de cette ville , pour y faire refleurir les lettres, les sciences et les arts. En ce qui concerne la musique, les théories grecques furent l'unique base sur laquelle Remi fonda son enseignement à Reims, et plus tard à Paris : il ne fit que commenter le IX. livre du Satyricon de l'Africain Martianus Capella. Or, dans l'ouvrage de ce dernier et dans le commentaire du moine d'Auxerre, les trois genres de la mélopée grecque sont parfaitement établis et reconnus : Genera modulandi sunt tria, dit Remi d'Auxerre, Enarmonium, Chroma, Diatonon (Gerberti Script. t. I, p. 75). Et, après avoir expliqué en quoi ces trois genres diffèrent l'un de l'autre, il ajoute : Sed nunc, id est hoc tempore, maxime diatono utimur, id est, usui habemus, eo quod pulchrior caeteris sit (ibid. p. 76). L'expression maxime diatono utimur mérite d'être bien remarquée; elle n'implique pas le moins du monde l'abandon absolu des genres chromatique et enharmonique au IX. siècle : au contraire. C'est un fait que je constate; la suite de cette discussion donnera, je l'espère, une nouvelle force à la réserve que je fais ici.

Hucbald, moine de Saint Amand dans le Tournaisis et condisciple de Remi d'Auxerre, non-seulement adopte les trois genres, mais il donne même la manière d'en apprendre et d’en mesurer les intervalles différents , sur le monocorde (Gerb. Script. t. I. p. 122 et seq. : Dimensio monochordi). A quoi bon tous les détails, tous les chiffres, toutes les proportions qu'il donne, si le genre diatonique eut été seul admis dans la musique de son temps?

Réginon, saint et savant abbé de Prum à la fin du IX. siècle, suit pas à pas les enseignements de Boèce, dans son ouvrage intitulé : Epistola de harmonica institutione missa ad Rathbodum, archiepiscopum Trevirensem. Gerbert a publié cette épitre dans le premier volume de ses Scriptores (p. 230-247.), d'après le manuscrit autographe de l'université de Leipsic, que Louis XIV. eut voulu acheter au poids de l'or. A l'époque de ce prince protecteur des lettres, on ne connaissait que cette copie de l’Epistola de harmonica institutione. Depuis lors, on en a découvert une autre à la bibliothèque publique d'Ulm; puis Mr. Fétis en a trouvé une troisième en 1824. à la bibliothèque royale de Bruxelles. J'ai eu le bonheur d'en ren

[ocr errors]
[ocr errors]

1

3 9015 03691 7048

DES ODES D'HORACE.

931

contrer une quatrième, qui est du XI. - XII. siècle ; elle est anonyme, et tout ce qui appartient à la forme épistolaire en a été retranché, probablement par Réginon lui-même, pour faire place à la forme d'un traité didactique. Cette copie existe en tête du fameuc antiphonaire de Montpellier, et elle est d'autant plus précieuse, qu'elle offre à l'érudilion moderne plusieurs passages fort importants qui ne se lisent pas dans la leçon de Gerbert. Grâce à ces passages, je puis affirmer que Réginon admet les trois genres de la mélopée grecque, comme Martianus Capella, comme Boèce, comme Remi d'Auxerre, comme Hucbald enfin; l'auteur donne même, à ce sujet, des détails qui jettent un jour tout nouveau sur la pratique de l'art au moyen age, et que je signalerai dans un instant.

Saint Odon de Cluny, élève de Remi d'Auxerre, fait certainement allusion aux trois genres de la mélopée, lorsqu'il dit dans sa Musica : «Il y a d'autres genres dont les intervalles musicaux no se mesurent pas, sur le monocorde, de la même manière que ceux du genre diatonique ; mais nous ne parlons ici que de ce dernier genre, parce qu'il est le plus parfait, le plus naturel et le plus suave, d'après le témoignage des saints et des musiciens les plus instruits. , N y a une chose certaine : c'est que l'emploi du genre diatonique, adopté par saint Grégoire, repose sur la double autorité de la science humaine et de la révélation divine. Les mélodies de saint Ambroise , homme très versé dans l'art musical, ne s'écartent de la méthode grégorienne, que dans les endroits la voix s'amollit d'une manière lascive et dénature la rigidité des intervalles diatoniques.» «Sunt praeterea et alia musicae genera, aliis mensuris aptata; sed hoc genus musicae'), quod nos exposuimus, peritissimorum musicorum sanctissimorumque virorum ratione suaviori, ac veraciori, et naturali modulatione constat perfectum. ... Unum constat, quod hoc genus musicae, dum divinitus sancto Gregorio datum, non solum humana, sed etiam divina auctoritate fulcitur. Sancti quoque Ambrosii, prudentissimi in hac arte, symphonia nequaquam ab hac discordat regula, nisi in quibus eam nimium delicatarum vocum pervertit lascivia (apud Gerb. Script. t. I, p. 275).» Certes, il est impossible de nier la gravité de cette citation. Jusqu'ici l'on savait que le plain-chant grégorien appartient au genre diatonique; on savait aussi, du moins je crois l'avoir prouvé ailleurs 2), que saint Ambroise avail introduit la musique rhythmée dans la liturgie de Milan; mais ce que l'on avait ignoré jusqu'a présent, c'est que cet illustre archevêque a fait usage, non du genre enharmonique (ce qui serait inadmissible), mais au moins d'une sorte de genre chromatique.

Si le prétre Bernelin a donné, au XI. siècle, un petit traile qui a pour titre: Cita et vera divisio monochordi in diatonico genere (Gerb. t. 1, p. 313-330.), en revanche Adelbold, évêque d'Utrecht, a publié à la même

[ocr errors]

1) Diatonicum scilicet,

2) De la notation proportionelle du moyen âge, Paris, en-12, 1857, p. 10. La science et la pratique du plain-chant, par dom Jumilhac , nouvelle édition par Th. Nisard el A. le Clercq. Paris , in-49, 1847, p. 151, nole.

époque son élégant ouvrage intitulé : Monochordi notarum per tria genera partitio (ibid. p. 304-342). 1)

La vérité me fait un devoir de signaler ici un passage qui existe dans un traité de musique anonyme que Gerbert a publié à la suite de l'ouvrage de Bernelin : « Priusquam (trium) generum dimensionem in monochordo incipiam, dit l'auteur, rationem vocabulorum paucis absolvam. Diatonicum enim dicitur, quod tonorum dimensione et compositione exquiritur, quod reliqua non obtinent, dum hoc per semitonia , illud per dieses, quod in sequentibus patefiet, exarantur. Hoc genus fortius et durius comprobatur. Et ne animi audentium vel canentium dulcedine cantus emolliantur, ecclesiastico usui eligitur. . . . Chromaticum quasi coloratum dicitur, quod a diatonico primum discedens alterius fit quasi coloris; chroma enim color dicitur. Hoc genus mollissimum comprobatur; quocirca ecclesiastico usui non applicatur» (p. 331).

C'est, en d'autres termes, ce que dil Odon de Cluny; seulement, l'erception du chant ambrosien n'est pas mentionnée dans les paroles de l'anonyme. Il faut d'autant moins se préoccuper de cet oubli, que le contexte prouve suffisamment l'existence des genres chromatique et enharmonique au XI. ou XII. siècle, époque présumée vivait l'écrivain. Pourvu que le fait de cette existence soit réel, incontestable, cela me suffit quant à présent: je ne veux pas établir autre chose, et il serait assez difficile, je crois, de soutenir le contraire.

Au XIII. siècle, les preuves deviennent plus nombreuses. C'est ainsi, par exemple, qu'Engelbert, abbé d'Aimont dans la Haute-Styrie, qui mourut en 4334, dit formellement : «Sicut Boétius dicit libro V, cap. XVI, melodiarum genus aliud est mollius et lenius, aliud incitatius et acutius. Mollius est quod vocatur Enarmonicum, id est, mentem mulcens; incitatius et acutius quod dicitur Diatonicum, quasi duplicatorum tonorum; Chromaticum vero, id est flexibile vel diversicolor, dicitur medium sive mixtum. ... Est chromaticum genus melodiae pulchrius et delectabilius, quia mediocriter et opportune nunc incitat animum tendendo ad acutas, nunc alleviat et lenit redeundo ad graves: unde vocatum est chromaticum a chromate, quod est corpus lucidum secundum variatum aspectum ad oppositionem lucis apparens diversorum colorum, sicut sunt pennae pavonis et quidam panni serici (apud Gerberti Script. t. II, p. 340–341).»

Plus on avance, plus on voit se fortifier l'enseignement traditionnel de la mélopee, sa triple division , et tout le cortège de la doctrine des anciens Hellènes sur ce point. L'art a pu se modifier, sans doute, mais il est toujours grec, et jusqu'au XVI. siècle il ne cesse pas de l'étre, du moins dans

1) Je citerai encore Aribon le Scholastique , qui vivait dans la seconde moitié du XIe siècle, comme parlant du genre chromatique: «Est enim, dit-il, chromaticum genus melodiae pulchrius et delectabilius : quia mediocriter et opportune nunc incitat animum tendendo ad acutas, nunc alleviat et lenit redeundo ad graves: unde vocatum est chromaticum a chromale, ele.» (Gerberli Script. 1. II. p. 341.

[ocr errors]
[ocr errors]

l'opinion des écrivains et des artistes. Pendant tout le moyen-âge, l'art musical de la Grèce antique est le point de départ du génie européen: c'est à cette source féconde que celui-ci va constamment puiser, c'est son autorité qu'il invoque sans cesse; c'est au développement et à l'application de ses théories qu'il se dévoue avec une ardeur toujours nouvelle. Que penser donc de l'opinion des philosophes de l'histoire, qui, sans avoir étudie les manuscrits, soutiennent qu'à la grande époque de la renaissance la musique est devenue païenne en Europe, parce que les intelligences abandon · nèrent alors les principes de l'art catholique pour réhabiliter ceux de l'art grec?

Mais je reviens à la question. Il y a un point qui mérite une attenlion toute spéciale ; c'est celui-ci: quelle étail, au moyen-âge, la nature des genres diatonique, chromatique et enharmonique ? Ces trois genres elaient-ils parfaitement semblables à ceux des Grecs ? ou bien se sont-ils modifiés peu-à-peu, tout en conservant leur nom primitif?

Il me serait fort difficile de résoudre complétement, dans un simple mémoire, ces mystères d'archéologie musicale; cependant, je me permettrai d'émeltre quelques conjectures dont je ne puis me passer dans cette discussion.

Mr. Vincent a fort bien esquisse les modifications générales que le genre diatonique grec a subies, au moyen-dge, dans l'Orient et dans l'Occident (Notices et extrails, p. 91 et suiv.). En somme ces modifications se réduisent à fort peu de chose, et touchent plus à la superficie qu'au fond même de l'ancienne melopée de la Grèce. Peut on en dire autant des genres chromatique et enharmonique? On serait tenté de le croire, si l'on s'en tenait aux définitions généralement abstrailes et spéculatives que l'on trouve duns les auteurs lalins du moyen-âge.

Après Boèce, l'écrivain qui a le mieur défini ces deux genres, est Reginon de Prum. Il dit en parlant du genre chromatique : «Constat regulariter per semitonium, semitonium, et tria semitonia (ms, de Montpellier); » passage qui peut être interprété par celle excellente traduction que Mr. Vincent a donnée d'un auteur grec anonyme : « Quand la melodie procède en faisant un demi-ton, un demi-ton, et à la suite un lrihémiton (non-décomposable), elle produit le genre chromalique (Notices et extraits, p. 41).. Réginon ajoute : «Enharmonicum vero magis coaptatur, et reliquorum gravissimum, quod cantatur per diesin et diesin et ditonum; diesis autem semitonium dimidium. Sed baec in Boëtii Musica liquidius declarantur (ibid.)». En traduisant l'auteur grec que je viens de mentionner, Mr. Vinrent explique encore parfaitement ce lecte de l'abbé de Prum : «Quand la mélodie marche en faisant un diesis, puis un diésis, puis un diton,

elle engendre le genre enharmonique (Notices, p. 14 -- 12).»

Jusqu'ici, point de différences apparentes entre la théorie grecque et celle du moyen-âge; mais en se transportant à l'année 4274, époque ou Marchetto de Padoue a composé son Lucidarium musicae planae, on voit, on croit voir du moins, que la doctrine s'est singulièrement modifiée.

Marchelto, partant de la division de la mélopée en diatonique, chromatique et enharmonique (Lucidarium, tract. I, cap. XVI. apud Gerbert.

« PredošláPokračovať »