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trée du marché, où c'est un coup seur de ne les pas manquer. Car ils n'aiment la vie, que pour trouver dequoy contenter la delicatesse

de leur gouft.

Celuy qui n'a plus rien , qui est prest de perdre tout son credit, & dont on entrevoit déja la misere , ne garde plus de mesures dans la pense. Ils recherchent le plaisir de la bonne chere dans tous les élements, quelque prix qu'il leur en couste. A prendre garde un peu de prés, il n'y a rien qui leur semble meilleur, que ce qu'ils acheptent bien cher. Ils ne font donc point de difficolté d'emprunter de grandes sommes , qui ne seront pas long.temps entre leurs mains: d'engager leurs meubles, & jusques aux morceaux des Statuës de leurs Ancestres , & de se faire servir dans les vases de terre , qui leur restent, des mets qui leur coû. tent tout le revenu d'un Chevalier. C'est aina qu'ils sont réduits à se faire Gladiaceuts, ou Comediens, & à suivre leur maniere de viyre. Il faut donc juger de la dépense, selon les personnes qui la font. Ce qui est un excés , une profufion pour Rutilius, ne l'est pas pour Ven. tidius ; au contraire, c'est une magnificence digne de luy. Ses richesses donnent ce beau nom à sa table. Je croy que j'aurois droit de me moquer d'un homme qui sçauroit combien le Mont Atlas est élévé au dessus des plus haules Montagnes de Libye, & qui ne sçauroic*

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pas la difference qui est entre un bon coffre fort, & bien rempli, & quelque petite bourse, où l'on ne peut avoir mis beaucoup.

Que chacun se connoisse soy-mesme ; C'est un oracle qu'il faut bien retenir , & auquel on doit penser, soit que l'on veille se marier, soit que l'on ait dessein d'entrer dans le Senat. Thersite ne demande point les Armes d'Achille; Ulysse mesme douta s'il devoit y pretendre. Celuy, qui a une cause, où il s'agit de la vie , ou de tous les biens d'un client, doit se consulter, se dire à luy. mesme ce qu'il est; examiner , s'il a assés de force, ou s'il n'est qu’un Curtius, ou qu'un Mathon. Ce n'est pas seulement dans les grandes choses qu'il faut connoistre la mesure de ce que l'on est, mais aussi dans les plus petites. Oüy ; quand il ne s'agiroit que d'achepter du poisson, ne t'arreste point à considerer le plus beau, & le plus cher, li tu n'as le moyen que d'en acheter de celuy qui est à bon marché. Car enfin considere ce que tu deviendras, fila dépense de ta bouche croist, à mesure

que

de ta bourse diminuë, abysmane ton patrimoine dans ton ventre, capable d'engloutir & argent, & troupeaux , & terres, & tout ce que tu pourras y plonger.

Les anneaux sont les dernieres choses, dont tels Maistres se dépoüillent; mais enfin, on a veû Pollion réduit à la neceffité de vendre le faen.

l'argent

Ignoret , quantum ferrata diftet ab arca
Sacculus. è coelo descendit , yow to come tor

Figendum, e memori tractandum pectore , five
Coniugium quaras , vel sacri in parte seratus
Efe velis, nec enim loricam pofcit Achillis
Therfites, in qua fe traducebat Ulysses
Anticipem. Ceu tu magno discrimine cauffam
Protegere aff: Etas, te consule, dic tibi quis sis.
Orator vehemens, an Curtius , an Matho, buc-

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:

In loculis : quis enim te deficiente crumena,
Noscenda est mensura tuæ, spectandaque rebus
In fummis minimisque, etiam cum piscis emetur,
Nec mullum cupias, cum fis tibi gobio tantum
Et crescente gula manet exitus, are paternos
Ac rebus mersisin ventrem , fænoris atque
Argenti gravis, os pecorum, agrorumque capa..
Talibus à dominis post cun&ta novissimus exit
Annulus, & digito mendicat Pollio nudo.

cem ;

Non prematuri eineres, nec funus acerbum Luxuria, fed morte magis metuenda fene&tus. Hiplerumque gradus: condu&ta pecunia Roma, Et coram dominis confumitar. inde ubi paulum Nescio quid superest, & pallet foenoris author,

Qui vertêre fo!um , Baias, & ad Ostia currunt. Cedere namque foro iam non tibi deterius, quam Esquilias à ferventi migrare Suburra. ile dolor folus patriam fugientibus, illa 11&ftitia eft, carmise anno Circensibus uno. Sanguinis in facie non hæret gutta : morantur Pauci ridiculum, & fugientem ex urbe pudo.

rein.

Experiere bodie nunquid pulcherrima di&ta, Perfice , non prastem vita , nec moribus & re: Sed laudem filiquas occultus ganeo , pultes Coram aliis di&tempuero, fed in aure placentas. Nam cum fis con viva mihi promillus, babebis

à ces

Ce n'est point une mort avancée, ce n'est point un bucher qui doit faire

peur prodigues; mais ils doivent craindre la vieillesse, plus que le tombeau. Voicy presque tous leurs pas.

A Rome ils font de la dépense aux yeux mesines de ceux , ausquels ils ont emprunté. Lorsqu'ils n'ont plus que je ne sçay quoy, & que leur creancier pallit en voyant qu'il est prest de perdre tout ce qu'il leur a presté, ils changent de païs , ils s'enfuyent à Baïes, ou au Port d'Oltie. Car ce n'est pas aujourd'huy une plus grande affaire de se retirer de cette sorte, que de quitter le quartier de Subura , pour loger au Mont Esquilin. Ce qui leur fait quelque peine en s'éloignant de Rome, est de passer une année sans estre aux spectacles du Cirque. Au reste, ils ne rougissent point de leur banqueroute. On se rit de la pudeur, qui est contrainte de s'enfuir de Rome, où on ne se met gueres en peine de la re. tcpir.

Tu verras auiourd'huy , mon cher Perlique! fi ie pratique en effet dans ma conduite les belles choses que j'ay dites. Si je suis un dés, bauché secret, qui donne des louanges aux legumes, & qui fais des leçons de frugalité, pendant que je fais paroistre en particulier de l'excés & de la delicatesse. Car, puis que tu m'as promís que tu mangerois chés moy, je

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