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ESSAIS

DE MONTAIGNE.

L’AUCTEUR AU LECTEUR.

si long temps nostre Guienne, personnage duquel

les conditions et la fortune ont beaucoup de noC'est icy un livre de bonne foy, lecteur. Il t'advertit dez l'entree, que ie ne m'y suis proposé aulcune fin, que domes- tables parties de grandeur, ayant esté bien fort tique et privee : ie n'y ay eu nulle consideration de ton offensé par les Limosins, et prenant leur ville service, ny de ma gloire; mes forces ne sont pas capables d'un tel dessein. le l’ay voué à la commodité

particuliere par force, ne peut estre arresté par les cris du de mes parents et amis : à ce que m'ayants perdu (ce qu'ils peuple et des femmes et enfants abbandonnez à la ont à faire bientost), ils y puissent retrouver quelques boucherie, luy criants mercy, et se iectants à ses traicts de mes conditions et humeurs, et que par ce moyen pieds; iusqu'à ce que passant tousiours oultre ils nourrissent plus entiere et plus vifve la cognoissance dans la ville, il apperceut trois gentilshommes qu'ils ont eue de moy. Si c'eust esté pour rechercher la fa- françois qui, d'une hardiesse incroyable, sousveur du monde, ie me feusse paré de beautez empruntees : ie veulx qu'on m'y veoye en ma façon simple, naturelle et tenoient seuls l'effort de son armee victorieuse. ordinaire, sans estude et artifice; car c'est moy que ie peinds. La consideration et le respect d'une si notable Mes defaults s'y liront au vif, mes imperfections et ma forme vertu reboucha premierement la poincte de sa naïfve, autant que la reverence publicque me l'a permis. cholere; et commencea par ces trois à faire miQue si i'eusse esté parmy ces nations qu'on dict vivre encores soubs la doulce liberté des premieres loix de nature, sericorde à touts les aultres habitants de la ville. ie t'asseure que ie m'y feusse tres volontiers peinct tout en- Scanderberch, prince de l'Epire, suyvant un tier et tout nud. Ainsi, lecteur, ie suis moy mesme la ma- soldat des siens pour le tuer, ce soldat ayant tiere de mon livre : ce n'est pas raison que tu employes ton loisir en un subiect si frivole et si vain; adieu donc. essayé par toute espece d'humilitez et de suppliDe Montaigne, ce 12 de iuin 1580.

cations de l'appaiser, se resolut à toute extremité

de l'attendre l'espee au poing : cette sienne resocorsovec

lution arresta sus bout la furie de son maistre,

qui pour luy avoir veu prendre un si honnorable LIVRE PREMIER.

party, le receut en grace. Cet exemple pourra souffrir aultre interpretation de ceulx qui n'au

ront leu la prodigieuse force et vaillance de ce CHAPITRE PREMIER.

prince là.

L'empereur Conrad troisiesme ayant assiegé Par divers moyens on arrive à pareille fin.

Guelphe, duc de Bavieres, ne voulut condes

cendre à plus doulces conditions, quelques viles La plus commune façon d'amollir les cæurs et lasches satisfactions qu'on luy offrist, que de de ceulx qu'on a offensez, lors qu'ayants la ven- permettre seulement aux gentilsfemmes qui esgeance en main, ils nous tiennent à leur mercy, toient assiegees avecques le duc, de sortir, leur c'est de les esmouvoir, par soubmission, à com- honneur sauve, à pied, avecques ce qu'elles miseration et à pitié : toutesfois la braverie, la pourroient emporter sur elles. Et elles, d'un caur constance et la resolution, moyens touts con- magnanime, s'adviserent de charger sur leurs traires, ont quelquesfois servy à ce mesme effect. espaules leurs maris, leurs enfants, et le duc Edouard', prince de Galles, celuy qui regenta mesme. L'empereur print si grand plaisir à veoir la

Que les Anglais nomment communéinent the Black prince, gentillesse de leur courage, qu'il en pleura d'ayse, le prince Noir, fils d'Edouard III, roi d'Angleterre et père de ' En 1140, dans Weinsberg, ville de la haute Bavière. Voy. l'infortuné Richard II. Le trait suivant se trouve dans Frois- Calvisius, Opus chronologicum. C. sart, vol. I, chap. 289, pag. 368 et 369. C.

* Aux femmes de gentilshommes.

MONTAIGNE.

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