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tendre? Pour éviter les erreurs funestes où l'on tomberait à chaque moment, n'est-il pas nécessaire, de plus, que la raison se forme et se développe, qu'on l'instruise à juger des choses extérieures par les impressions qu'en reçoit le corps? Sans cette première éducation, que deviendront l'enfant? Comment échapperoit-il aux dangers qui l'environnent? Privé de secours étrangers, jamais il ne sorti mit de son ignorance native. Il n'invente rien, il obéit, il croit, et c'est la foi qui le sauve de la mort. Que de leçons de tout genre lui ont été données, avant qu'il sût ce qu'il est indispensable de savoir pour vivre! Des millions de témoignages ont confirmé ou rectifié le témoignage de ses sens, sur presque tous les objets qui se présenteront à eux dans la suite. Quand il commence à agir seul, quand on lui abandonne le soin de sa conservation, loin d'être réduit uniquement aux motifs de juger qu'il trouve en lui-même, ses jugements ont pour base les innombrables instructions qu'il a reçues, soit par l'exemple, soit par la parole, et les croyances qu'elles ont produites, croyances plus ou moins certaines, selon qu'elles reposent sur une autorité plus ou moins générale on plus ou moins grande.

Fixer le nombre des témoignages nécessaires pour produire une certitude parfaite, est impossible. Cela dépend de mille circonstances, et, en particulier, du poids de chaque témoignage pris à part. Tout, dans cette appréciation, se réduit à ce principe: « Un témoignage a d'au« tant plus de force que la véracité du témoin est mieux « connue, et qu'il a moins d'intérêt à nous tromper. » Et comme c'est encore le consentement commun qui décide de ces choses, qui sanctionne et consacre le principe même que j'énonçois tout à l'heure, la certitude vient toujours, en dernière analyse, se reposer sur la base de la plus grande autorité.

I1 en est ainsi à l'égard du sentiment et de l'évidence, de même à l'égard du raisonnement. II y a des vérités et des erreurs de sentiment, des évidences apparentes, de bons et de mauvais raisonnements : qui ne sait cela par expérience? et qui ne sait aussi que le seul moyen de discerner avec certitude le vrai du faux, est l'autorité ou l'accord desjugèments et des témoignages? La conviction individuelle ne prouve rien, sans quoi tout seroit prouvé. Quelle est l'erreur dont quelque esprit n'ait pas été convaincu? et quel est l'esprit qui ait toujours échappé à l'erreur, ou qui n'ait été jamais abusé par une conviction trompeuse? Une seule expérience de ce genre, un seul changement survenu dans nos perceptions, dans nos, opinions, suffit pour nous ôter le droit de rien affirmer absolument, sur notre simple conviction personnelle. Il faut que les preuves, même celles des vérités reconnues, aient été soumises à l'examen de plusieurs raisons, et qu'elles aient produit sur elles une impression semblable; il faut, en un mot, qu'elles soient admises généralement comme preuves, pour en avoir l'autorité. Jusque-là ce ne sont que des raisonnements incertains, et l'accord seul des jugements fait cesser l'incertitude. Où cet accord ne se trouve point, le doute règne en paix du consentement de la sagesse; mais partout où il se rencontre, le doute cesse, ou les hommes l'accusent de folie.

Qui nieroit la distinction du bien et du mal moral, que le tout est plus grand que sa partie, ou les conséquences rigoureuses que la géométrie déduit de cet axiome, celuilà ne seroit pas moins fou que s'il nioit la différence du plaisir et de la douleur, l'existence des corps et leurs propriétés générales. Pourquoi cela ? parce qu'il choqueroit l'autorité du genre humain. Car, du reste, ces négations pourroient être, relativement A son organisation propre, autant de vérités; du moins seroit-il impossible de démontrer le contraire *.

Appeler de l'autorité à la raison, du sens commun au sens privé, c'est donc violer la loi fondamentale de la raison même, c'est ébranler le monde moral, c'est constituer l'empire du scepticisme universel, et creuser un abyme où toutes les vérités, toutes les croyances viendraient nécessairement s'engloutir. Par la nalure même des choses, s'isoler, c'est douter. La certitude, principe de vie de l'intelligence, résulte du concours des moyens et de la similitude des rapports; elle est, si cet te expression m'est permise, une production sociale : et voilà pourquoi l'être intelligent ne se conserve que dans l'état de société ; comme aussi voilà pourquoi la société tend à se dissoudre, quand on renverse la base de la certitude et de l'intelligence, en soumettant l'autorité ou la raison générale à la raison individuelle.

Or, en ce moment, où nous ne connoissons encore et ne considérons que l'homme, la plus grande autorité que nous puissions concevoir est l'autorité du genre humain; par conséquent elle renferme le plus haut degré de certitude où il nous soit donné de parvenir **. Si donc il

* Comment la niison concevroit-elle, indépendamment de Dieu, la distinction du bien et du mal moral? Qu'est-ce que le bien, qu'est-ce que le mal, s'il n'existe ni loi, ni législateur? De plus, la vérité, par rapport à nous, est, ou ce qui paroît vrai à la raison de tous, ou ce qui paraît vrai à la raison particulière de chaque homme. Dans celte dernière hypothèse, qui est celle de tous les philosophes dogmatiques, les propositions les plus contradictoires sont également vraies, dès qu'elles paraissent telles à l'esprit qui les affirme. Dans la première hypothèse,' la vérité est une comme la raison générale qui ne peut jamais ètrc opposée à elle-même. A moins donc de reconnoître le sens commun pour règle des jugements, aucun homme n'a le droit d'accuser un nuire homme ni d'erreur ni de folie.

"* Chercher la certitude, c'est, comme nous l'avons déjà dit, chercher pxistoït une vérité universellement crue, unanimement attestée par tous les hommes, dans tous les siècles, vérité de fait, de sentiment, d'évidence, de raisonnement, à laquelle ainsi toutes nos facultés s'uniroient pour rendre hommage, cette vérité souveraine, manifestement investie d'une puissance suprême sur notre entendement, viendroit se placer en tête de toutes les autres vérités dans la raison humaine. La nier, ce seroit détruire la raison même. Quiconque en effet la nieroit, niant par là même le témoignage unanime des sens, du sentiment et du raisonnement, ne pourroit en aucun cas l'admettre, et seroit contraint de douter de sa propre existence, qu'il ne connoît que par ces trois moyens. Encore est-ce trop peu dire; et si l'on a hien saisi les principes exposés précédemment, il sera aisé de comprendre que la vérité dont il s'agit, étant beaucoup plus certaine que notre propre existence, puisqu'elle est attestée par des témoignages beaucoup plus nombreux, il y auroit incomparablement

une raison qui ne puisse pas errer, ou une raison infaillible. Or cette raison infaillible, il faut nécessairement que ce soit ou la raison de chaque homme, ou la raison de tous les hommes, la raison humaine. Ce n'est pas la raison de chaque homme; car les hommes se contredisent les uns les autres, et rien souvent n'est plus divers et plus opposé que leurs jugements . donc c'est la raison de tous. On ne sauroit prouver directement l'infaillibilité de la raison humaine, parce que les preuves qu'on en donneroit, ou ne prouveroient rien, ou supposeroient l'infaillibilité même qu'il s'agiroit de prouver. Mais si l'on ne suppose pas la raison humaine infaillible, il n'y a plus de certitude possible; et pour être conséquent, il faudroit douter de tout sans exception. Or, quels que soient ses efforts pour parvenir à cet état de doute, l'homme est ''ans l'impuissance absolue d'y arriver. Toute sa nature y résiste invinciblement. 11 s'anéantiroit plutôt que de cesser de croire. Donc la nature le force, ou de vivre dans une contradiction perpétuelle avec la raison, ou de reconnoître l'infaillibilité de la raison humaine ou de la raison de tous.

plus de folie à en douter, qu'à douter que nous existons *.

En définissant les caractères de cette vérité sublime, universelle, absolue, j'ai nommé Dieu. Avec quel ravissement, quels transports, ne devons-nous pas voir cette magnifique et resplendissante idée se lever tout à coup sur l'horizon du monde intellectuel, enveloppé d'ombres épaisses, et répandre la lumière et la vie jusque dans ses profondeurs les plus reculées!

Toute existence émane de l'Être éternel, infini, et la création tout entière avec ses soleils et ses mondes, chacun desquels enferme en soi des myriades de mondes, n'est que l'auréole de ce grand Être. Source féconde des réalités, tout sort de lui, tout y rentre; et tandis qu'envoyées audehors pour attester sa puissance et pour célébrer sa gloire dans tous les points de l'espace et du temps, ses innombrables créatures, leur mission remplie, reviennent déposer à ses pieds la portion d'être qu'il leur départit, et que sa justice rend aussitôt à plusieurs d'entre elles, ou comme récompense ou comme châtiment: seul immobile, au milieu de ce vaste llux et reflux des existences, unique raison de son être et de tous les êtres, il est à luimême son principe, sa fin, sa félicité. Chercher quelque chose hors de lui, c'est explorer le néant. Rien n'est pro

La folie ou la déraison du doute a pour mesure, non la difficulté ou la répugnance que nous éprouvons à douter, mais la certitude de la c hose dont nous doutons. Ainsi tel homme sera obligé de se faire beaucoup plus de violence pour douter du rapport très-incertain de ses sens nn telle circonstance donnée, que pour douter d'une vérité métaphysique ou morale parfaitement certaine. Dans le dernier cas. cependant, le doute est une vraie folie, au lieu qu'il pourrait être, dans le premier, un acte de sagesse. Ceci peut servir à faire comprendre comment, ne doutant point de sa propre existence, il est néanmoins possible qu'on parvienne à douter de celle de Dieu, quoiqu'elle ait réellement un beaucoup plus haut degré de certitude.

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