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Mais laissons ces discussions superflues. La Religion prouvée, tout sera prouvé.

Dieu ayant créé l'homme être intelligent, il existe entre Dieu et l'homme des rapports nécessaires.

Tout rapport entre les êtres dérive de leur nature; car s'il n'en dérivoit pas, il leur seroit étranger ; ce ne seroit donc pas un rapport, ce ne seroit rien.

Donc les rapports entre Dieu et l'homme dérivent de la nature de l'homme et de .celle de Dieu.

Ces rapports constituent, à proprement parler, la Religion. Donc il existe une vraie Religion, ou une Religion nécessaire.

Tout à l'heure j'éclaircirai ces propositions en les déprime le mot donc. Le même motif devra les empêcher de croire à l'existence du sentiment et de la volonté. Pauvres gens! ils croient plus, beaucoup plus qu'ils ne s'imaginent : on n'est pas toujours maître d'être aussi slupide qu'on le voudrait. Au fond, c'est bien moins au matérialisme dogmatique qu'ils tiennent qu'à la morale qu'ils en déduisent, et aux conséquences rassurantes pour une conscience coupable, qui leHr paroissent en découler nécessairement. Voilà ce qui les attire, ce qui les charme; le néant leur sourit, il flatte leurs rèmords. Mais ils s'abusent encore en cela, et leurs désirs sont également aveugles et abominables. Qu'ils lisent Bayle (Arf .<Spinosa. Remarque P.), il leur apprendra qu'il n'y a rien dans leurs principes mêmes qui doive les tranquilliser sur les suites de la mort; et que quand l'homme ne serait qu'un être matériel, quand il n'existerait point d'autre Dieu que celui de Spinosa, ils n'auraient pas lieu pour cela de se croire à l'abri des souffrances qui peuvent être naturellement attachées à un état dépendant de celui qui forme leur existence présente. Aussi presque toujours l'inquiétude reste au fond du cœur de l'impie, tourmenté par des doutes qu'il ne saurait vaincre. C'étoit l'état de d'Alembert. M. de Fontanes racontoit que, lié avec lui dans sa jeunesse, il l'alla voir à son lit de mort. ,< Monsieur, lui dit-il, vous n'avez plus maintenant rien « à ménager; votre fin approche, soyez sincère: Croyez-vous- réelle« ment qu'il n'y ait point d'autre vie? » A ces mots, le mourant se soulève, pose sa main sur le bras de M. de Fontanes, et lui dit : Jeune homme, je n'en sais rien.

veloppant. J'arrive aux conséquences immédiates qui s'en déduisent.

La Religion étant l'expression des rapports qui dérivent de la nature de Dieu et de celle de l'homme, il s'ensuit premièrement qu'il ne peut en exister qu'une seule, puisque ces rapports sont invariables; secondement que toute Religion fausse est opposée à la nature de Dieu et à celle de l'homme; qu'elle les sépare, par conséquent, au lieu de les unir, les détruit au lieu de les conserver: ainsi l'erreur dans la foi sépare l'homme de Dieu considéré comme vérité suprême; l'erreur dans les actions, ou le crime, sépare l'homme de Dieu, considéré comme au, . teur de l'ordre.

Donc l'homme ne peut se sauver que dans la vraie Religion; car le salut n'est autre chose qu'une union éternelle avec Dieu, comme la réprobation n'est qu'une éternelle séparation de Dieu.

A moins de nier Dieu et de se nier t soi-même, il faut admettre ces principes ; il faut les admettre, ou renoncer à toute philosophie. Si l'on en doutoit, qu'on y substitue les propositions contradictoires : je ne crains point de le dire, pressée de les avouer, la raispn consentiroit plutôt à sa destruction; et c'est pour cela, c'est parce qu'elle est faite pour la vérité ou pour Dieu même, qu'après avoir rompu cette magnifique alliance, vile adultère de l'erreur, et bientôt délaissée, elle se condamne elle-même à mort, et se précipite dans le scepticisme.

Qu'il y ait des rapports naturels entre Dieu et l'homme, c'est une suite nécessaire de leur existence simultanée, et de la dépendance absolue où npus sommes du premier Être. S'il n'y avoit point de rapports entre nous et Dieu, il ne pourrait rien sur nous, il ne nous connoitroit pas, nous ne le connoitrions point; un voile impénétrable, éternel, le déroberoit à nous, et nous à lui. L'idée même de l'homme lui seroit totalement incompréhensible; car s'il le concevoit seulement comme possible, dès lors il y auroit des rapports possibles entre Dieu et l'homme, et au moment où l'homme commenceroit d'exister, des rapports réels, ou, pour parler avec une précision rigoureuse, des rapports réalisés. Ce n'est pas sans répugnance que j'emploie le temps à développer dés notions si simples, et que je ramène l'homme aux éléments de la raison humame. Enfin il est nécessaire, et peut-être encore ne convaincrai-je pas plusieurs de ceux qui me liront : tant les ténèbres se sont épaissies autour de nous ! Répondez cependant : La suprême vérité n'est-elle pas en harmonie avec votre intelligence, le bien infini avec vos désirs, et votre amour? Ne sentez-vous pas en vous quelque, chose qui vous avertit de votre dépendance? Ne devez-vous rien à celui par qui vous existez? N'avez-vous été créé pour aucune fin? N'y a-t-il aucune relation entre vos facultés et leur auteur, entre votre être et le principe de l'être? Que dis-je? Nous ne pouvons parler de Dieu sans exprimer quelqu'un des rapports qui nous unissent à lui, et notre pensée elle-même est un de ces rapports, et le plus noble, puisqu'elle n'est au fond que la vérité, ou Dieu même connu de nous. Puissance, sagesse, bonté, justice, tous ces attributs de l'Être divin, inhérents à sa nature, ne nous sont concevables que par leur liaison avec la nôtre; comme aussi nous ne pawenons à nous , concevoir nous-mêmes qu'en remontant à la première cause de toutes les existences, qu'en découvrant nos rapports avec Dieu.

Et partout ne voyons-n^us pas des relations analogues? Ainsi l'enfant a des rapports naturels avec le père, les sujets avec le souverain. Ces rapports constituent la famille et la société; et la Religion n'est non plus que la société de Dieu et de l'homme. Si nos devoirs envers nos semblables en font partie, c'est qu'ils dérivent nécessairement de nos devoirs envers Dieu, de la volonté du pouvoir suprême, à qui nous devons obéissance par cela seul que nous existons. Nulle société donc, nul ordre sans religion. Aussi remarquez que, sitôt que l'on nie les rapports entre Dieu et l'homme, on est contraint de nier également les rapports entre le souverain et le sujet, entre le père et l'enfant; on est contraint de détruire toute société, et l'élément même de la société, qui est la famille *.

En généralisant ces observations, il est aisé de comprendre que tous les êtres intelligents ou matériels, ont

Foint de famille, point de société, sans des droits et des devoirs reconnus. Or la religion seule nous donne une idée claire du droit, et quiconque en cherche ailleurs l'origine et la notion, ne peut que s'égarer dangereusement. C'est la source de toutes les fausses théories politiques.

Le droit, considéré d'une manière absolue, est ce qui est juste, légitime, ce qui doit être, en un mot, l'ordre.

Ainsi, il y a un droit divin, qui est le principe et le fondement de tous les autres droits*, parce que l'ordre n'est autre chose que les pensées de Dieu réalisées par sa volonté; un droit politique, civil, domestique, voulu de Dieu : et tous ces droits sont naturels ou conformes à la nature des êtres qui ne se conservent et ne se perfectionnent qu'en obéissant à l'ordre. Il n'y a point de droit particulier qu'on puisse spécialement appeler naturel; tous les droits sont naturels, comme nous venons de le dire, ou plutôt ils sont la nature même des êtres; et ce qui seroit contraire à la nature ne saurait jamais être un droit.

Le droit ou l'ordre manifesté et rendu moralement obligatoire, s'appelle pouvoir, si on le considère dans la personne qui commande; il s'appelle loi, si on considère la chose commandée.

Le pouvoir est donc une volonté obligatoire ou légitime. La loi est l'expression de cette volonté. L'un et l'autre émanent de l'ordre immuable, des pensées et de la volonté de Dieu, laquelle n'est elle-même obligatoire ou véritablement pouvoir, que parce qu'elle est toujours

'Constituent verô juris ab illà summà Lege capiaraus exordium , quœ seculis omnibus antè nata est quàm seripta lex ulla, aut quàm omnino civiles constituta. Cker., de Legib., lib. cap. vi, n. 19

entre eux des rapports déterminés par leur nature. Les lois physiques, "morales, politiques et religieuses sont l'expression de ces rapports, dont l'ensemble constitue l'ordre : et comme il n'est pas au pouvoir des êtres de

nécessairement conforme à l'ordre éternel et universel, que représentent les pensées divines.

Les Romains, faute de remonter à cet ordre immuable ou au droit essentiel, confondirent le droit avec le pouvoir; ils n'y virent que le commandement, jus; ce qui dut altérer pour eux la notion de la loi, qui n'est pas simplement l'expression d'une volonté, mais, je le répète, l'expression d'une volonté obligatoire ou conforme à l'ordre.

Ces principes établis, tous les droits deviennent clairs, ainsi que le moyen de les reconnoître.

Les droits de Dieu, c'est l'ordre complet. Le moyen de les reconnoître, c'est la révélation; car comment connoîtrions-nous autrement ses pensées et ses volontés? Il commande,'voilà le pouvoir : ce qu'il commande, voilà la loi. Et tout pouvoir dérivant du sien, fans quoi il n'auroit aucun fondement, nul n'a le droit de commander ce qu'il défend, de défendre ce qu'il commande; en d'autres termes, nul n'est véritablement pouvoir quand il s'oppose à Dieu; nulle volonté, nulle loi, n'est légitime ou véritablement loi, quand elle est contraire à la loi divine. Où commence le désordre, le droit cesse. Et comment, en effet, une volonté désordonnée ou injuste, ou illégitime (car tous ces mots sont synonymes), seroit-elle obligatoire?

Du reste, de ce qu'une volonté n'est pas obligatoire sur un point, il ne s'ensuit pas qu'elle ne soit plus obligatoire sur aucun point. Le pouvoir peut errer sans cesser d'être pouvoir; et s'il y avoit des cas où il cessât de l'être, les peuples n'en seroient pas juges; car le droit de juger, inhérent au pouvoir, ne saurait jamais leur appartenir.

De même que la raison de Dieu est le seul droit universel, sa volonté le seul pouvoir universel, l'expression de sa volonté la seule loi universelle; ainsi, dans l'ordre domestique et politique, la raison et la volonté du père et du Roi, conformes à la raison, à la volonté et à la loi divine, sont le seul droit, le seul pouvoir, la seule loi.

La paternité est la royauté dans une famille; la royauté est la paternité dans plusieurs familles. De là celte expression antique, les pères des peuples, en parlant des rois; expression plus juste que celle d'Homère qui les appelle pasteurs des peuples, Ttoi.usvss Xzûj, et quand les peuples cessent d'être les enfants, et que le pouvoir cesse d'être le père

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