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saute à rien établir, la raison individuelle ébranle toutes les croyances, obscurcit toutes les notions, et, toujours détruisant, s'avance de ruine en ruine, jusqu'à ce qu'elle s'évanouisse dans un doute universel.

C'est pourtant à ce système d'examen et de discussion que s'arrêtent nécessairement les déistes et les sectaires. Le sentiment exclu, comme règle de foi, il ne leur reste que le raisonnement, triste ressource dont nous allons démontrer l'insuffisance, en prouvant que la- voie, de raisonnement ou de discussion n'est pas le moyen général offert aux hommes pour discerner la vraie Religion. Recueillons toutes nos forces pour attaquer l'orgueil dans son dernier retranchement *.

« point, vous ne vous abuserez jamais. C'est la leçon de la nature aussi « bien que de la raison. » [Emile, t. II, p. 156. Edit. de La Haye.) C'est grand'pitié que de n'écouter que soi, car on finit par s'imposer silence à soi-même; et, désespérant de la vérité et de la vie, on cherche le repos dans le néant. ^

* Rousseau, dont le sens est très-droit quand ses passions ne l'égarent pas, a bien vu que Yorgueil étoit le père de la philosophie, et que la philosophie n'étoit elle-même que la destruction de toutes les vérités et de tous les devoirs. « Ce serait,' dit-il, un détail bien flétrissant < pour la philosophie, que l'exposition des maximes pernicieuses et des « dogmes impies de ses diverses sectes. Les épicuriens nioient toute « providence, les académiciens doutoient de l'existence de la Divinité, ci et les stoïciens de l'immortalité de l'âme. Les sectes moins célèbres « n'avoient pas de meilleurs sentiments... Y en a-t-il une seule qui « ne soit tombée dans quelque erreur dangereuse? Et que dirons-nous « de la distinction des deux doctrines si avidement reçue de tous les « philosophes, et par laquelle ils professoient en secret des sentiments « contraires à ceux qu'ils enseignoient publiquement?... Les philoso'< phes se trouvèrent si bien de cette méthode qu'elle se répandit rac< pidement dans la Grèce, et de là dans Rome...

« La doctrine intérieure n'a point été portée d'Europe à la Chine; « mais elle y est née aussi avec la philosophie, et c'est à elle que les c< Chinois sont redevables de cette foule d'athées ou de philosophes c< qu'ils ont parmi eux. L'histoire de cette fatale doctrine, faite par un ii. ' 12

200 ESSAI SUR L'INDIFFÉRENCE EN MATIÈRE DE RELIGION.

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« homme instruit et sincère; seroit un terrible coup porté à la philo» sophie ancienne et moderne. Mais la philosophie bravera toujours « la raison, la vérité et le temps même, parce qu'elle a sa source dans i< l'orgueil humain, plus fort que toutes ces choses. » Réponse au roi de Pologne, p. 203 et suiv. not. Èdit. de 1793. ,

CHAPITRE VII

QUE LA VOIE DE RAISONNEMENT OU DE DISCUSSION ll'EST TAS LE MOYEN GÉNÉRAL OFFERT AUX HOUES POUR DISCERNE!. LA VRAIE RELIGION.

Ce que nous avons de plus grand et tout ensemble de plus intime, c'est notre raison, notre entendement, cette sublime faculté de connoître qui nous rend semblables à Dieu, puisque par elle nous devenons participants de son être ou de sa vérité. Élevés ainsi au-dessus de la création matérielle, au-dessus des mondes qui roulent dans l'espace, au-dessus de tous" les êtres qui ont reçu la vie et n'ont pas reçu l'intelligence, nous ne saurions concevoir une trop haute idée de nous-mêmes. Par notre pensée, nous touchons de toutes parts à l'infini. Nul temps ne peut la borner, nulle étendue la circonscrire, et Dieu seul est assez vaste pour la contenir dans son immensité.

Ce n'est donc point parce qu'il se glorifie de sa raison que l'homme s'égare, mais parce qu'il se méprend sur sa nature, en s'attribuant ce qui n'est pas à lui. Dans son orgueil, il confond la capacité de connoître avec la puissance de produire. Il oublie que son intelligence, purement passive à l'origine, naît et se développe à l'aide des vérités qu'on lui donne, et qu'elle ne possède que ce qu'elle a reçu. Doué du pouvoir de combiner ces vérités primitives et d'en tirer des conséquences, pouvoir borné comme toute action d'un être, infini, il cherche en soi la certitude ou la dernière raison des choses, et ne l'y trouvant pas, il commence à douter. Les vérités se retirent, la nuit se fait; au milieu de cette nuit, il cesse de se reconnoitre lui-même; seul et fier de sa solitude, il essaie de créer; il remue d'obscurs souvenirs, et croit peupler d'êtres réels son entendement désert, parce qu'il évoque des fantômes. Mais bientôt détrompé, las de ce vain labeur, il ferme les yeux et s'assoupit dans des ténèbres éternelles.

Hors de Dieu tout est contingent; hors de lui rien n'existe que par sa volonté; lui seul est nécessairement; lui seul donc possède en lui-même la certitude. Il est certain de son être, parce qu'il se connoît; il est certain de l'existence des autres êtres, parce qu'il connoit ses volontés ; et toute la certitude que nous en pouvons avoir vient de lui, et repose sur son témoignage. C'est toujours là qu'il faut remonter, à un témoignage, à une autorité première, infaillible, sans quoi l'on ne peut pas même raisonner; car tout raisonnement présuppose quelque vérité antérieure, un principe d'où l'on part et qu'on ne prouve pas, et qui dès-lors ne peut être certain qu'en supposant l'infaillibilité de la raison ou de l'autorité qui l'atteste. Il n'importe d'ailleurs que l'on comprenne clairement ce principe, cette vérité. Vouloir tout comprendre, c'est vouloir tout nier. Et, en effet, que comprenons-nous? Il n'y a pas une loi de la nature qui ne renferme l'infini, par conséquent pas un phénomène que l'homme puisse pleinement expliquer et pleinement comprendre .

Comment donc parviendroit-il à découvrir avec certitude la vraie Religion par le vrai raisonnement? Connoître sa Religion, c'est connoître Dieu, c'est connoître l'homme, leur nature et les rapports qui en dérivent, ou les lois de l'intelligence : et l'on veut qu'il s'en aille à la recherche de ces lois dans les solitudes d'un esprit d'où, l'on aura banni toute idée reçue de confiance sur le témoignage des autres hommes ou de la société. Est-ce ainsi que l'homme a vécu? Est-ce ainsi qu'il se conserve? A-t-il, avant de les admettre, discuté ses premières notions, qu'il ne pouvoit comparer à rien? Qu'on nous explique par quelle industrie il auroit suppléé à l'enseignement primitif, à la parole qui lui révéla sa propre existence, alors que sa pensée, sa volonté, tout dormoit en lui? Obligée d'agir avant d'être ou de se créer elle-même, la raison, qui n'existe que par la vérité, puisqu'elle n'est que la vérité connue de nous, seroit demeurée éternellement inerte, éternellement ténébreuse; jamais la lumière ne se fût li vée sur le monde intellectuel. Et quand les esprits, emportés par le désir de l'indépendance, veulent vivre dans cet état contre nature, quand ils refusent de croire et prétendent tout soumettre à l'examen particulier, cette brillante lumière peu à peu pâlit et s'éteint. Représentezvous un homme à qui l'on vient dire: « Oublie tout ce « que tu as appris de tes semblables, oublie tout ce que « tu sais. Rejette de ton esprit jusqu'à la dernière idée, « fais le vide; et puis cherche dans ce vide la vérité. » N'est-ce pas comme si l'on disoit à l'âme: «Meurs, et « puis cherche dans le néant une vie qui n'appartienne « qu'à toi. » Se peut-il imaginer de contradiction plus évidente? Car, sans vérité, point d'action, point de volonté, point de vie; et si la raison retient une vérité, une seule, ce sera nécessairement une vérité crue sans être démontrée, une vérité de foi, et dès lors celles qu'on

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