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'240 ESSAI SUR L'INDIFFÉRENCE EN MATIÈRE DE RELIGION.

siècles? direz-vous au genre humain : Tu t'es perpétuellement trompé depuis ton origine? Mors ne cherchez plus la vraie Religion, déclarez qu'elle n'existe point, ou qu'il est impossible de la rcconnoitre; déclarez que la raison, à qui vous en appelez, n'esl qu'un mot, qu'on ne peut en croire ni celle de tous les peuples, ni, bien moins encore, la sienne même; niez Dieu, niez l'homme et les rapports qui les unissent; ou plutôt taisez-vous : qui rejette la raison, n'a pas même le droit de nier; il ne lui reste que le doute. Le doute seul donc vous appartient ; jouissez-en, épaississez ses ténèbres autour de votre intelligence repoussée loin de tout ce qui est, et que, reléguée en ellemême, s'interrogeant en vain sur sa propre vie, elle s'endorme de lassitude entre Dieu qu'elle a perdu et le néant qu'elle ne sauroit retrouver.

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QUE L'AUTORITÉ EST LE MOYEN GÉNÉRAL Offeiit AUX HOMMES
POUR DISCERNER LA VRAIE RELIGION, DE SORTE QUE LA VRAIE RELIGION
EST INCONTESTABLEMENT CELLE (JUI REPOSE SUR LA PLUS GRANDE
AUTORITÉ VISIDLE.

La proposition énoncée dans le titre de ce chapitre est déjà prouvée : car, s'il existe une vraie Religion, qu'elle soit nécessaire à tous les hommes; que l'on ne puisse la reconnoître que par un de ces trois moyens, le sentiment) le raisonnement et l'autorité; que le sentiment et le raisonnement, loin de nous y conduire, nous en éloignent v lorsque chacun de nous est abandonné à la foiblesse de

son jugement : il est évident, sans autre examen, que l'autorité est le moyen général que nous cherchions. Nous ne laisserons cependant pas de fortifier cette conclusion par des preuves directes et de nouvelles considérations.

En essayant de découvrir le fondement de la certitude, nous avons reconnu deux vérités importantes: la première, que tous les systèmes de philosophie aboutissent au doute absolu ; la seconde, que le doute absolu est im- possible à l'homme : en sorte que sa raison, quand il ne consulte qu'elle, le place dans un état contre nature, puisqu'elle le contraint de douter, et que la nature le force de croire.

Or croire n'est autre chose que déférer à un témoignage ou obéir à une autorité; et tout esprit, en effet, commence par obéir. Nous recevons le langage sur l'autorité de ceux qui nous parlent, et avec le langage nos premières idées ou les vérités nécessaires à notre conservalion. Point de peuple chez lequel on ne retrouve ces vérités : au moment où il lira l'homme du néant, Dieu les lui révéla, en se manifestant à lui par sa puissante parole; et la vie intellectuelle, dont l'obéissance est la loi, n'est qu'une participation de la raison suprême, un plein consentement au témoignage que l'Être infini a rendu luimême à sa créature *. Toutes les intelligences créées s'a

"Un des plus forts esprits de l'antiquité, Tertullien, avoit clairement vu les vérités que nous développons ici. Elles sont le fondement de la méthode par laquelle il combat les hérétiques dans son admirable ouvrage des Prescriptions, et qu'il emploie contre les païens mêmes dans le livre Du témoignage de l'âme, où il montre la conformité du Christianisme avec notre nature, par la conformité des croyances universelles avec les dogmes chrétiens. « Ces témoignages de l'âme sont, dit-il, « d'autant plus vrais qu'ils sont plus simples, d'autant plus simples « iru'ils sont plus vulgaires, d'autant plus vulgaires qu'ils sont plus « communs, d'autant plus communs qu'ils sont plus naturels, d'autant

« plus naturels qu'ils sont plus divins Le maître, c'est la nature;

« l'âme est le disciple. Tout ce que celle-là enseigne, tout ce qu'ap« prend celle-ci, a été révélé de Dieu, le premier et le souverain Mal« Ire... Dieu est partout, et sa bonté est reconnue partout; le démon « est partout, et partout on le maudit; on invoque partout le jugement « divin; partout est la mort, et la conscience de la mort; etletémoi« gnage est partout. Usée testinwnia animée qnanto vera, tanto sim« plicia; quanlo simplicia, tanto- vulgaria; qnanto vulgaria, tanto « communia; quanlo communia, tanto naturalia; qnanto naluralia, « tanlo divina... Magistra natura, anima discipula. Quicquid aut illa « edocuit aut ista perdidicit, a Deo traditum est, magistra scilicet ip« situ magistral.., Deus ubique, et bonitqs Dei ubiqne; dsemonium niment aux rayons de l'intelligence éternelle. La raison divine, se communiquant par le moyen de la parole, est la cause de leur existence, et la foi en est le mode essentiel *.

Il suit de là que le principe dé certitude et le principe dfi vie sont une même chose; ce qui ne sauroit nous surprendre, puisque évidemment la certitude doit appartenir à la raison infinie, qui renferme toute vérité, et que la vérité n'est que l'être **. Qui reçoit l'être ou la vie, reçoit donc la vérité; il la reçoit par le moyen de la parole ou du témoignage; le témoignage ou la parole sont donc le principe de notre raison, de notre être intellectuel *** ; c'est par la parole que nous sommes, c'est par le

3 ubique, et maledictio dsemonii ubique; mors ubique et conscienlia « morlis ubique, et teslimonium ubique. » De testimon. animœ, lib. advers. gentes, cap. v etvi.

La foi, dit saint Augustin, est la santé de l'âme : Fides sanitas mentis.

"Le vrai, c'est ce qui est; le faux, c'est ce qui n'est pas. Bossuct, Traité de la çpnnoissance de Dieu et de soi-même, p. 76.

*** La déclaration de ce que vous avez dit éclaire; elle donne l'intelligence aux petits enfants : Declaratio sermonum tuorum illuminat, et intellectum dat parvulis. Ps. 18. Il faut donc une déclaration de la vérité, ou un témoignage, pour que l'intelligence naisse; ce qui fait dire à saint Augustin, avec cette sagacité et cette profondeur de jugement qui lui sont propres : « L'ordre naturel exige que, lorsque nous « apprenons quelque chose, l'autorité précède la raison. Naturx ordo « sic se habet, ut quum aliquid discimus, rationem prsecedat auctori« tas. » Demoribus Eccles. cathol., c. n. Et encore: « Nous ne connois« sons pas afin de croire, mais nous croyons afin de connoître. — Ne « cherchez point à comprendre pour croire, mais croyez afin de comi prendre. — La foi doit précéder l'intelligence, afin que l'intelligence « soit le prix de la foi. » Credimus ut cognoscamus, non cognoscimus ut credamus. Noli quxrere intelligere ut credas ; sed crede ut intelligas. Fides debet prxcedere intellectum, ut sit intellectus fidei prxmium, Id. Tract. XX in Joan. In Ps. CXVII, et in Is. Vid. et. De liber, arbitr., lib. II, c. n, et Theodorct. De curand. grsec. affect. M. Sermo de lide.

témoignage que nous sommes certains d'être ou de posséder la vérité; plus l'autorité ou la raison qui rend témoignage est générale, plus la certitude est grande ; et le témoignage sur lequel reposent les vérités primordiales qui constituent notre raison, notre vie, étant nécessairement le témoignage de l'auteur même de cette vie, c'està-dire de la plus haute autorité ou de la raison infinie, a une certitude absolue *.

On voit en outre que les idées premières, dont le langage, en ce qu'il a d'essentiel, est l'expression, ne sauToient se perdre sans que le langage-lui-même se perdit, et sans que l'intelligence fût détruite. Privé de ces idées traditionnelles, l'homme tomberoit dans une impuissance absolue d'agir ou de penser, puisqu'il n'auroit plus en lui d'instrument pour agir, ni rien sur quoi il pût agir. Aussi, quand des circonstances particulières séparent quelques hommes des autres hommes, et que les vérités primitives s'obscurcissent, ou, comme parle admirablement l'Écriture, diminuent1 dans leur raison; dépourvus en partie de ces éléments de toute pensée que la tradition seule conserve, ils n'ont qu'une langue extrêmement pauvre, et qu'un petit nombre d'idées secondaires. Tous les sauvages sont dans ce cas.

Combiner les notions qu'il reçut à l'origine, en tirer des conséquences, c'est à cela que se bornent les opérations de notre esprit. Et comme la raison humaine est faite pour la vérité, puisqu'elle ne vit que par elle, la raison générale ne sauroit errer ou se détruire elle-même ; autrement il y aurait en Dieu contradiction de volontés, ou défaut de puissance.

* Les pensées anciennes sont vraies ; il est ainsi : Cogitationes antiquas fidèles, amen. Is., xxv, 1. Votre parole est vérité: Sermo tuus Veritas est. Joan. xvu, 17.

* Diminutœ sunt veritates a filiis hominum. Ps. xi. ,

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