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290 ESSAI SUR L'INDIFFÉRENCE EN MATIÈRE DE RELIGION.

l'article des sectes chrétiennes, toutes les fausses Religions n'ont été et ne sont encore que des cultes idolàtriques . fondés sur des croyances vraies, mais que les passions ont plus ou moins corrompues. C'est ce que nous montrerons après avoir présenté, sur le peuple juif, des réflexions nécessaires pour prévenir plusieurs objections, et qui d'ailleurs nous semblent propres à éclaircir l'important sujet que nous aurons ensuite à traiter.

CHAPITRE III

DE LA LOI MOSAÏQUE ET DU PEUPLE JOIE.

Lorsqu'au moment où l'idolâtrie pénétroit de toutes parts dans le monde, Dieu se choisit un peuple pour conserver le vrai culte, il ne fonda point une Religion nou' velle, car la Religion est une; elle se développe, mais elle ne change point. Aussi jamais l'Écriture ne parle-t-elle de la religion juive *. Les Pères, dont le langage est si exact, ne se servent point non plus de ce mol, ou s'en servent peu** : ils disent, la loi ancienne, la loi de Moïse^

'Le mot de religion ne se trouve que six fois dons le Pentateuque, et trois fois dans les autres livres de l'Ancien Testament, Jamais il n'y » le sens que les chrétiens lui assignent, c'est-à-dire, l'ensemble des devoirs de l'homme, ce qu'il doit croire, aimer, pratiquer. Il ne signifie jamais que les préceptes et les cérémonies de la loi mosaïque, et, tin plusieurs endroits, tel ou tel rit particulier.

** Nous ne pouvôns assurer absolument qu'aucun Père, surtout dos moins anciens, n'ait jamais employé ce mot; mais ntius ne nous en rappelons aucun exemple; et toujours est-ce une expression fort rare dans leurs écrits, si elle s'y rencontre.

expression d'une justesse parfaite, et à laquelle peut-être auroit-on dû toujours se borner.

Les Juifs, en effet, n'avoient point d'autre Religion ou d'autres croyances, d'autre loi morale, ni même, dans ce qui en fait l'essence, d'autre culte1 que les hommes plus ou moins nombreux dispersés entre les nations, et qui, instruits par la révélation primitive dont le souvenir ne s'éteignit jamais dans le monde, obéissoient fidèlement à cette loi générale et connue de tous. On ne trouve pas que le peuple saint ait jamais eu de symbole particulier, ou plus étendu ; il n'a-voit même aucun symbole ou profession de foi déterminée par une autorité publique, et l'on en verra plus tard la raison. Les vérités nécessaires se conservoient chez lui comme chez les autres peuples, par la traditions. Ce qui le distinguoit, c'étoit premièrement une connoissance plus développée du Médiateur attendu; secondement, une loi rituelle, à la fois religieuse, politique et civile, qui le prèservoit de l'idolâtrie et maintenoit dans son sein un culte agréable à Dieu.

Cette loi étoit si peu la Religion proprement dite, qu'entièrement ignorée dans la plus grande partie de la terre, elle n'obligeoit que les Juifs ;tandis que la Religion, qui est une et universelle, oblige sans contestation tous les hommes.

Eusèbe de Césarée.en faisoit la remarque au quatrième

1 Le sacrifice, par exemple, fait partie du culte universel dû à Dieu; mais les Juifs, en vertu de la loi, étoient obligés de plus, comme le remarque saint Thomas, à offrir tels sacrifices particuliers: « Fit £ qui sunt « sub lege, tenentur ad determinata sacrificia offerenda, secundum lo<i gis prœcepta. Illi vero qui non erant sub lege, tenebantur ad aliqua « exterius facienda in honorem divinum, secundum condecentiam ad « cos inter quos habitabant, non autem determinatè ad hax, vel ad « illa. » 2. 2 Qua;st. Lxxxv, art. 4.

2 Maimouide, More Nevochim. part. I, cap. Lxxi.

siècle de notre ère. « La loi de Moïse, dit-il, n'étoit faite « que pour les Juifs, et seulement encore pour ceux qui « habitoient la Palestine. Elle les obligeait à"aller trois fois « chaque année à Jérusalem *. Il falloit donc qu'ils demeu« rassent dans la Judée. Ceux même qui habitoient aux « extrémités de la Palestine, ou dans d'autres contrées « plus éloignées encore, ne pouvoient accomplir le pré« cepte de la loi : tant il s'en falloit que la loi donnée aux « Juifs pût convenir à toutes les nations, et aux peuples « qui habitent aux extrémités du mondes. »

Aussi les Juifs, liés par leur loi, ne pensoient pas que les autres hommes fussent tenus de l'embrasser5. Elle leur étoit tellement propre, qu'en se propageant elle se fût détruite*. Les prosélytes, à moins qu'ils ne fussent auparavant livrés à l'idolâtrie, n'étoient pas des convertis selon le sens que nous attachons à ce mot, mais des étrangers

1 Exod. XXIII, 17.

2 Demonstr. evangel., lib. I.

5 Le Talmud reconnoît qu'il existe dans toutes les nations de la terre des hommes justes et pieux, et qu'ils auront part aussi bien que les Israélites au monde futur. Maimonide enseigne la môme doctrine. [De Pœnit., cap. m.) Selon la-Gemare de Babylone, au titre Aboda Zara, cap. i, et selon Manasseh Ben Israël, De resurr. mort-, lib. II, cap vm et ix, ces hommes pieux sont ceux qui observent les préceptes donnés aux fils de Noé, c'est-à-dire, à tout le genre humain. Les paroles de la Gemare sont remarquables : Les Gentils mêmes gui observent soigneusement la loi, doivent être regardés comme le souverain pontife; c'est-à-dire, qu'ils ne recevront pas une moindre récompense que les premiers d'entre les Hébreux. Ainsi l'explique le docte Selden, qui a réuni plusieurs autres témoignages semblables. Vid. de Jure naturx et gent., lib. VU, cap. x, p. 877. Edit. Lips.,

4 « Pour dire un mot de la différence des deux lois, nous remar« querons que la loi mosaïque, prise littéralement, n'eût pu conve« nir aux Gentils appelés à la foi et soumis aux Romains, puisque les « Juifs même ne pouvoient plus l'observer sous leur empire. » (Orig. contr. Cels., \ib. VII, n. 26.

que l'on consentoit à incorporer dans la nation. Quelque idée qu'eussent les Juifs de leur prééminence sur les autres peuples, ils reconnoissoient que le vrai Dieu avoit partout des adorateurs.'Le temple leur étoit ouvert; ils y venoient offrir leurs prières et leurs sacrifices ; et, de la montagne de Sion, Jehovah bénissoit tous ceux qui, en quelque partie de l'univers qu'ils habitassent, croyoient en lui et le servoient dans la droiture du cœur1.

Non-seulement les Juifs n'avoient point de dogmes particuliers, mais plusieurs dogmes universels, clairement indiqués dans les livres de la loi, n'y sont nulle part énoncés d'une manière expresse4. Partout elle suppose la foi dans les vérités nécessaires révélées originairement; et voilà pourquoi elle ne dit point : Th croiras en Dieu ; elle ne présume pas que l'on puisse douter de son existence; mais, sous les peines les plus terribles, elle défend de prostituer à d'autres êtres l'adoration qui n'est due qu'à lui. Et Dieu lui-même, proclamant ses droits: « Je suis, « dit-il, le Seigneur ton Dieu ; tu n'auras point devant « moi de dieux étrangers'. » line révèle aucun dogme nouveau: il rappelle au culte antique les enfants d'Abra

* Docuertmt etiam nntiqui Judœorum Magistri quod, quicumque confUetur idololalriam, habetur pro eo ac si totamlegemabnegasset; et quicumque abnegat idololatriam, pro eo ac si totam legem confessus esset. Selden, De Jure nat. et gent., p. 136.

2 Un savant apologiste de la Religion se sert de ce fait pour expliquer la tolérance dont jouissoient les Sadducéens. « Encore, dit-il, que « les vérités qu'ils nioient fussent crues de tout temps dans la nation, « et visiblement supposées dans tous les livres de la loi, elles n'y sont « pourtant en aucun endroit formellement énoncées, et il n'y est nulle « part expressément ordonné de les croire sous peine de retranche« ment. » lettres de quelques Juifs portugais et allemands, par M. l'abbé Guénée, t. H, p. 137. Édit. in-12.

5 Ego sum Dominus Deus tuus... Non habebis deos alienos corara me. Exod., xx, 2 et 3.

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