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du devoir sont indifférentes; il en est ainsi des opinions, et la foi est le devoir de l'esprit. Qui détruit la foi comme devoir établit l'indifférence, quelle que soit sa croyance personnelle; il nie la vérité en tant que loi. Rousseau croyoit en Dieu, en une vie future où les méchants seront punis et les bons récompensés ; mais ces vérités évidentes pour sa raison particulière, .il ne pensoit pas que tous les hommes fussent tenus de les admettre,puisque après les avoir établies avec beaucoup de force, il ajoute: « ll n'y a de vrai« ment essentiel que les devoirs de la morale 1. » N'est-ce pas comme s'il disoit : « Croyez ce que vous « voudrez, pourvu que vous agissiez bien ; » ou, en d'autres termes : «La foi est indifférente, la morale « seule ne l'est pas ? »

Il est étrange qu'il faille expliquer des choses si claires et définir des mots dont le sens étoit nettement fixé il y a plus de cent cinquante ans. Sous Louis XIV, les écrivains catholiques et protestants, Bossuet, Jurieu, parloient de l'indifférence des religions , et apparemment ils s'entendoient,. Alors, comme aujourd'hui, il y avoit des hommes engagés par système à soutenir que toutes les religions sont indifférentes, ou que chacun peut se sauver dans la sienne. 1I y en avoit d'autres qui, transportant cette monstrueuse erreur dans le sein même du christianisme, déclaroienl qu'on pouvoit indifféremment rejeter ou admettre plusieurs des dogmes révélés. Voilà 'indifférence dogmatique,et jusqu'à ce que les déistes

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aient adopté un symbole dont il ne soit pas permis de s'écarter, j'ignore comment ils se défendroient d'être une secte d'indifférents.

Nous nous proposons de traiter avec quelque étendue, dans le dernier volume de cet ouvrage, la question de la tolérance. En attendant, pour répondre au reproche qu'on nous fait d'être intolérant, nous prierons ceux qui se montrent si pressés d’accuser, d'expliquer leur accusation. Que veulent-ils dire ? que nous préchons la persécution? rien de plus faux, et ils le savent bien. Qu'ils citent nos paroles, elles suffiront amplement pour nous justifier. Personne n'est plus convaincu que nous qu'on ne ramène point les hommes à la vérité par la violence. La contrainte fait des hypocrites et quelquefois des rebelles : la douceur et la persuasion peuvent seules faire des chrétiens. Enlaissant les gouvernements juges des mesures que l'intérêt public leur commanderoit de prendre contre les sectes de fanatiques qui s'autoriseroient de la Religion pour être impunément factieux, nous n'oublierons jamais qu'étranger comme prêtre å ces considérations de pure politique, notre devoir est la charité, et notre modèle celui qui n'achevoit pas de rompre le roseau déjà brisé, et qui n'éteignoit point la mèche encore fumante -.

Si l'on veut dire que nous regardons la vérité et l'erreur comme incompatibles, que nous croyons nécessaire d'admettre l’une et de rejeter l'autre, que

i Calamum quassatum non conteret, et linum fumigans non extinguct. Is., XLIII, 3.

nous soutenons qu'il existe des devoirs^pour l'esprit aussi bien que pour le cœur, et que ces devoirs l'ont partie dela seule Religion véritable hors de laquelle l'homme ne peut se sauver, rien de plus vrai. Cela signifie simplement que nous sommes catholique, et ne sommes point indifférent en matière de Religion, ce qu'il étoit, ce semble, assez facile de présumer, et ce qui n'a pas dû étonner beaucoup dans l'auteur d'un livre dont l'unique objet est de combattre ce genre d'indifférence.

Nous le déclarons donc sans difficulté : oui, nous sommes intolérant, non pour les personnes, mais pour les doctrines. Jamais nous ne conviendrons que des croyances opposées soient vraies en même temps; quê deux hommes, dont l'un nie ce que l'autre affirme, aient tous deux raison; qu'il soit égal de croire en Dieu, ou de nier son existence; d'espérer une vie future, ou de n'attendre que le néant ; d'adorer Jésus-Christ, ou Vishnou; d'obéir à l'Evangile, ou à l'Alcoran. Eussions-nous le malheur d'être saris Religion, nous ne pourrions consentir encore à descendre à cet excès de niaiserie et d'absurdité; il nous seroit impossible d'étouffer à ce point les remords du bon sens.

Au reste, il est remarquable que, ayant attaqué par le raisonnement tous les systèmes d'irréligion, on ne nous ait répondu qu'en disant : «Pourquoi nous atta« quez-vous? pourquoi troubler notre repos? ['our« quoi ne pas avouer que nous pouvons, comme « tout le monde, avoir raison, ou qu'après tout il « n'importe que nous nous trompions? Est-ce qu'il y « ii tics vériiés, dos erreurs? esl-ce que toutes les « religions ne sont pas vraies ? est-ce qu'elles ne sont « pas toutes fausses? A quoi bon inquiéter les esprits, <.< alarmer les consciences? Laissez chacun dans sa « persuasion, en lui insinuant qu'elle n'est qu'une « sottise. Dites aux chrétiens et aux juifs qu'ils doi« vent mutuellement convenir, les chrétiens que c'est « un devoir de blasphémer Jésus-Christ, les juifs que « c'en est un de l'adorer. Voilà la vraie sagesse, et « vous n'êtes qu'un intolérant de prétendre que le « oui et le non, sur le même objet, soient contradic« toires. »

Les protestants nous ont fait l'honneur d'entrer avec nous dans une discussion un peu plus approfondie, sur les points qui les concernent particulièrement. Un ministre de Nîmes a publié contre nous un livre1, où l'on aperçoit, d'un bout à l'autre, une excellente volonté de nous répondre. L'auteur est plein de zèle pour la réforme, et ce n'est pas sa faute si la réforme ne peut plus être défendue sans abandonner toutes les idées qu'on avoit eues jusqu'ici de la religion chrétienne.

L'ouvrage de M. Vincent se compose de deux parties très-distinctes. Dans l'une, il répète tous les vieux reproches, les vieilles objections, les calomnies surannées qu'on a inventées depuis trois siècles, contre l'Eglise catholique, et qui ont été réfutées mille fois.

1 Observations sur l'unité religieuse, en réponse au livre de M. de la Rennais, intitulé : Essai sur l'indifference en matière de religion. dans la partie qui attaque le protestantisme par J. L. S. Vincent, l'un iles pasteurs de l'Église réformée de Mines, .

Cette partie est pour le peuple, nous n'en parlerons point. Elle est écrite d'ailleurs avec tant de négligence, que le ministre y confond Bossuet avec saint Jérôme, en citant à faux un mot de ce dernier *. Cela étoit sans inconvénient pour la classe de lecteurs à qui, dans ce moment, il s'adressoit.

Dans l'autre partie, le ministre avoue tout ce que nous avons avancé sur l'état actuel du protestantisme. Nous l'en remercierions davantage, s'il lui eût été possible d'éviter cet aveu. Entrons dans quelques détails.

Ce que nous nous étions principalement proposé de prouver, c'est que le protestantisme, laissant chacun maître de croire ce qui s'accorde le mieux avec

* Pour prouver qu'il fut un temps où l'arianisme avoit prévalu nians la plus grande partie de l'Église, M. Vincent cite, sous le nom de Bossuet, ce mot de saint Jérôme, l'univers s'étonria de se trouver, arien. Tout le monde sait qu'au concile de Rimini, Ursace et Valens, surprenant la bonne foi des évêques catholiques, leur firent signer une formule, non pas arienne, mais conçue en des termes équivoques, que les ariens interprélèrent ensuite dans un sens hérétique. Alors un grand eri s'éleva dans l'Église; et c'est l'étonnement, la douleur, l'indignation des catholiques, lorsqu'ils s'aperçurent que les ennemis de la divinité de Jésus-Christ osoient les représenter comme complices de leur impiété, que saint Jérôme a peints par ces paroles : L'univers gemit, et s'étonna d'être arien. Voici le passage entier : « Caperunt a posteà Valens et Ursacius, cæterique nequitiæ eorum socii (egregii ( videlicet Christi sacerdotes), palmas suas jactare dicentes, se filium « non creaturam negasse, sed similem cæteris creaturis. Tunc usia « nomen abolitum est. Tune Nicai fidei damnatio conclamata est... Ina gemuit totus orbis, et arianum se esse miratus est... Contestabantur « (Episcopi catholici) corpus Domini, et quidquid in Ecclesiâ sanctum

est, se nihil mali in hâc fide suspicatos. Putavimus, aiebant, sensum a congruere cum verbis, nec aliud in corde clausum esse, aliùd in labiis « proferri timuimus. Decepit nos bona de malis existimatio. » S. Hve« ron., Dialog. contr. Luciferian,

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