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sa raison, n'est qu'un système d'indifférence. Ce mot d'indifférence a choqué M. Vincent, et non sans motif; car si nous l'avons justement appliqué à la réforme, il est clair que la réforme n'est point une Religion. Que dit-il donc pour la justifier? ll faut l'entendre lui-même.

« M. de la Mennais est tombé dans une erreur fon« damentale, qui règne dans tout ce qu'il a dit des « protestants, et qui le rend souverainement injuste. « Il confond sans cesse la tolérance et l'indifférence. « II déclare les protestants indifférents à toute Reli« gion, parce qu'ils laissent 'chacun professer la « sienne, et qu'ils ne s'ingèrent point de damner a ceux qui ne pensent pas comme eux. Je suis tolé« rant pour autrui, mais je ne suis point indifférent

« à la croyance que je dois moi-même adopter

« Je suis tolérant pour les opinions d'autrui, parce « que je suis convaincu que les opinions sont le do-' « maine de la conscience; que les autres ont la perc< suasion de celles qu'ils professent comme je l'ai. « des miennes; que moi-même je ne suis point à « l'abri de l'erreur1. »

II résulte de ces dernières paroles que le ministre n'a, ni ne peut avoir aucune certitude de sa foi. Il espère se sauver cependant; il croit donc que l'on peut se sauver au sein de l'erreur. Bien plus, il ne sauroit assurer de personne qu'il est dans l'erreur, car il faudroit pour cela qu'il fût certain de posséder lui-même la vérité. Dès lors, quelle que soit sa

Observations, etc., p. 115 et 110.

croyance personnelle, il n'a pas le droit de la juger plus vraie ou meilleure que celle d'autrui. Or, des croyances dont on ne peut dire avec sûreté que l'une soit meilleure que l'autre, sont des croyances indifférentes; et la tolérance du ministre qui ne s'ingère pas de damner ceux qui ne pensent point comme lui *, est précisément ce qu'on appelle, dans le langage reçu de tous les hommes, l'indifférence des religions.

Kous avons montré que le principe fondamental du protestantisme conduisoit à cette indifférence; cl la réunion récente des calvinistes et des luthériens n'en est-elle pas une preuve aussi frappante que publique? Les calvinistes nient la présence réelle que croient les luthériens. S'unir extérieurement en conservant chacun sort opinion, n'est-ce pas évidemment déclarer qu'on peut nier ou croire la présence réelle sans s'exclure de la vraie Eglise, ou que ce dogme est indifférent au salut? Qui ne condamne pas les sociniens, en dit autant de la Trinité, de la rédemption, des peines éternelles? Or, qui oseroit aujourd'hui, parmi les réformés, condamner les sociniens, lorsque Genève tout entière défend même de les attaquer**? Mais aussi qu'y a-t-il alors qui ne soit pas

Il semblerait, d'après cette phrase, que les catholiques sont tous occupés de damner leurs frères errants. Les catholiques ne damnent personne; ils abandonnent le jugement à Dieu, à qui seul il appartient. Seulement ils disent : Il existe une loi, et cette loi porte peine de mort contre ceux qui la violent volontairement. Les protestants n'en disent-ils pas autant à l'égard de la morale?

'* Non-seulement on défend d'attaquer le socinianisme dans la ville de Calvin, mais on l'y professe ouvertement. C'est la commune doctrine enseignée des ministres, la doctrine enseignée dans les écoles do théoindifférent dans la doctrine chrétienne»?'Elle se réduit tout au plus à une foi vague en Jésus-Christ et en sa parole consignée dans l'Écriture, dont la raison de chacun demeure l'unique interprète.

Il ne s'agit pas de savoir si tel protestant croit à tel dogme, mais s'il a le droit de faire à personne une obligation d'y croire comme lui, ou d'assurer qu'il est nécessaire d'admettre ce dogme pour être sauvé. Si aucun prolestant n'a ce droit, il n'y a plus pour lui de symbole possible, car tout symbole se compose de ce qu'il est nécessaire de croire. Or, qu'on nous dise ce que c'est qu'une Religion sans symbole.

Forcé de convenir que les opinions de la réforme ont mille fois varié, qu'elles continueront de varier sans cesse1, le ministre ne veut pas qu'on lui parle

logie, et qui passe de là dans toute les parties de l'Europe protestante, Les preuves ne nous manqueraient pas, s'il étoit besoin de prouver nu fait aussi public. Mais, loin de le nier, les ministres de Genève en font gloire ; ils se félicitent hautement tfc n'être plus chrétiens. L'un d'eux, après avoir parlé des divers titres de Jésus-Christ, el en particulier du titre de Fils de Dieu, s'exprime ainsi: « N'allons pas plus loin dans un « sujet si sublime; contentons-nous de savoir par les enseignements di< rects de l'Ecriture, qu'il est une créature du rang le plus distingué. « Craignons de donner, comme on l'a t'ait, dans l'un de ces deux excès « opposés, ou de le regarder comme Dieu même, ou de le réduire à « la qualité de simple homme. » Cours d'Études de la Religion chrétienne;^ M. Isaac-Salomon Anspach, pasteur et principal du collège académique de Genève; tom. VI, Discours '08". Le même ministre, interprétant rationnellement la sainte Écriture, détruit les mystères, les prophéties, les miracles, tout ce que sa raison ne comprend pas; et quand je viens à considérer où cette méthode doit le conduire, si quelque chose me surprend, c'est qu'il admette Dieu, c'est que cet aveugle consente à reconnoître l'existence du soleil. 'Observations, etc.,' p. 130 et suiv

d'unité de la foit ; et cet homme, dont l'Ecriture est la règle, impose silence à saint Paul, qui dit avec une si énergique concision : « Un Dieu, une foi, un baptême”; » et à Jésus-Christ lui-même, qui, près de mourir, prioit son Père d'établir une parfaite unité parmi les siens : « Qu'ils soient un comme « nous sommes un'. » Mais, comme il faut que l'erreur se confonde par elle-même, nous renverrons le ministre français à un autre ministre qui, dans un ouvrage publié récemment en Angleterre, avoue que l'inité est de l'essence même du christianisme ".

Quand donc nous avons prouvé qu'il n'y a point d'unité dans la Réforme, nous l'avons par cela même convaincue de n'être point la vraie Eglise, puisqu'elle manque d'un caractère qui lui est essentiel. Loin de contester aucune de nos preuves, M. Vincent leur donne un nouveau poids par ses aveux. Il confesse que non seulement le protestantisme est dépourvu d'unité, mais qu'il est même impossible qu'il

qu'entraîne une pareille concession, il sontient que l'unité de foi ne sauroit exister dans aucune Eglise, c'est-à-dire qu'il nie l'existence possible d'une vraie Eglise et d'une vraie Religion; tant il juge la cause de la sienne désespérée !

? Observations, etc., p: 121. 2 Unus Dominus, una fides, unum baptismia. Ep. ad Ephes.. iv, 5.

5 Pater sancte; serva co: in nominc tuo, quos dedisti mihi, nt sint unum, sicut et nos. Joann., XIII, 11.

Unity is of the very essence of christianity. Reflections concerning The expediency of a council of the church of England and the church of home being holden, ect. By Samuel Wix., 2e édit, with additions. London, 1819 ,Préf., pag. 4.

Mais quoi ! le ministre ignore-t-il donc que l'Eglise catholique a un symbole universel, immuable, que nous récitons tous, que nous croyons tous, et dont nous savons qu'il n'est permis ù personne de s'écarter? Nous niera-t-il notre propre croyance? Nous fera-t-il douter qu'il y ait une loi à laquelle nous obéissons? Nous persuadera-t-il que', ne reconnoissant aucune autorité spirituelle, nous pensons être maîtres de former notre foi comme il nous plaît ? En vérité, l'on ne sait que répondre quand on entend de telles choses ; et parce que sur les points que l'Eglise n'a pas détinis, les opinions sont libres parmi nous, venir nous insinuer que la foi est également libre, c'est un excès de hardiesse dont on n'avoit pas encore vu d'exemple.

Le ministre n'imagine que trois moyens par lesquels on puisse se flatter d'établir ou de conserver l'unité des opinions religieuses : lavoie d'enseignement, la voie d'ignorance, et la voie de contrainte1. « Lavoie « d'enseignement, ajoute-t-il, la seule sage et légi« tiine, ne sauroit conduire au but qu'on se propose; « et l'unité religieuse qui n'aura pas d'autre base « sera toujours illusoire quand on la voudra con« stante et complète*. » Donc l'unité religieuse sera toujours illusoire chez les protestants, puisqu'elle ne sauroit y avoir d'autre base que l'enseignement. Qu'avons-nous dit autre chose?

Le ministre pense que les deux autres voies sont également insuffisantes, et nous le pensons comme

1 Observatimis, etc., p. 8 3t suiv. - Ibid., p. 10.

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