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sième volume, ne servira qu'à fortifier une conclusion déjà évidente pour les lecteurs attentifs.

Nous avons dit, en second lieu, « que l'indifférence « ne peut raisonnablement reposer que sur l'un de « ces principes : que nous n'avons aucun intérêt à « nous assurer de la vérité de la Religion; ou, qu'il « est impossible de découvrir la vérité qu'il nous im« porte de connoître1. »

Certes, il seroit étr ange que la Religion, perpétuel objet des pensées de l'homme; la Religion, premier besoin de sa raison et de son cœur; la Religion, que tous les peuples ont regardée comme la base de l'ordre social, le principe et là sanction des lois, la règle des mœurs, ne fût qu'un futile amusement de l'esprit, une idée stérile en bien comme en mal, et l'une de ces chimères dont un être ignorant et foible aime à nourrir ses vagues espérances. S'il en étoit ainsi, toutes les nations, depuis l'origine du monde, seroient convaincues d'imbécillité. Nous avons justifié le genre humain, et renversé l'un des fondements de l'indifférence dogmatique, en démontrant l'importance de la Religion par rapport à l'homme considéré individuellement, par rapport à la société, et par rapport à Dieu.

Mais s'il importe essentiellement à l'homme de connoître la vérité, et s'il importe à Dieu même qu'elle soit connue de l'homme; donc il la peut connoître. Nous prouvons, en effet, dans ce volume, qu'il existe pour tous les hommes un moyen sûr et facile de dis

1 Introduction, p. 41, 4"Mil.

cerner la vraie Religion; et que ce moyen est l'autorite: en sorte que la vraie religion est incontestablement celle qui repose sur la plus grande autorité visible. Par là nous détruisons le second principe do l'indifférence dogmatique; et, à moins qu'on ne lui trouve un plus solide fondement, ce qu'on ne fera jamais, il faut nécessairement avouer qu'elle est tout ensemble et une folie et un crime.

N'ayant entrepris d'établir, contre les indifférents, que ces deux points, nous pourrions regarder notre tâche comme remplie. Mais il nous semble utile, et même, à certains égards, nécessaire de développer les conséquences du principe important de l'autorité, et d'en déduire la vérité de la Religion catholique, ce qui nous fournira l'occasion d'affermir le principe même, et de répondre aux objections auxquelles l'application qu'on en doit faire peut donner lieu. Ce sera le sujet d'un troisième volume, qui paraîtra dès que nos occupations nous auront permis de l'achever, mais sans qu'il nous soit possible d'indiquer aucune époque fixe, mille circonstances pouvant nous forcer d'interrompre ce travail. On ne dispose pas toujours de soi-même suivant ses désirs dans ces temps de désordre et de tempêtes.

Nous avons traité une question d'une importance extrême, la question la plus générale que la raison puisse se proposer. De sa solution dépend toute vérité, tout ordre et toute paix; car il n'y a de paix pour l'intelligence que lorsqu'elle est certaine de posséder la vérité, et il n'y a de paix pour les peuples que lorsqu'ils sont certains d'obéir à l'ordre. La société n'est si agitée, si calamiteuse, que parce que tout est incertain, religion, morale, lois, pouvoir; et l'incertitude vient 'de ce que les esprits ne reconnaissent plus d'autorité qui ait sur eux le droit de commandement. Le monde est la proie des opinions; chacun ne veut croire que soi, et dès lors n'obéir qu'à soi. Plus de dépendance, plus de devoirs, plus de liens. L'édifice social, réduit en poussière, ressemble au sable du désert, où rien ne croit, où rien ne vit, et qui, emporté par les vents, ensevelit les voyageurs sous ses montagnes brûlantes.

Rétablissez l'autorité : l'ordre entier renaît, la vérité se replace sur sa base immuable, l'anarchie des opinions cesse, l'homme entend l'homme; les intelligences, unies par une même foi, viennent se ranger autour de leur centre, qui est Dieu, et se ranimer à la source de la lumière et de la vie.

Ou la raison humaine n'est qu'une chimère, ou elle dérive d'une raison supérieure, éternelle, immuable; car la vérité, si elle existe, a nécessairement existé toujours, et toujours la même. Aucune raison créée nepeut doncêtre qu'un écoulement, une participation de cette raison première et souveraine, mère et maitresse de tous les esprits. Vivre, pour eux, c'est l'écouter, c'est lui obéir, et la plus parfaite obéissance constitue le plus haut degré de raison, puisque refuser d'obéir au delà de certaines bornes, c'est rejeter une partie du témoignage par lequel la vérité infinie nous est manifestée. Ainsi le genre humain atteste l'existence ;d'un Dieu souverainement juste, sage, puissant : la raison qui admet en entier ce témoignage,

possédant plus de vérité, est plus étendue, plus complète que celle qui nie quelqu'un des attributs de Dieu: elle est aussi plus conséquente', puisque le motif de croire ou de déférer à l'autorité a, quoi qu'elle enseigne, toujours la même force. Sortez de là, vous ne sauriez éviter le scepticisme qu'en vous déclarant infaillible, c'est-à-dire que, de manière ou d'autre, vous êtes contraint d'abjurer la raison.

Nier le témoignage général, lui préférer sa raison particulière est en effet le caractère propre delafolie; et tout homme qui ne reconnoît point d'autorité ayant droit de commander à son esprit est fou, soit involontairement si sa folie a une cause physique, soit volontairement si elle n'en a pas. Voilà l'unique différence qui existe entre les insensés qu'on enferme et ceux à qui on laisse l'usage de leur liberté; et l'erreur sur les objets que nous pouvons et devons [connoître, l'erreur sur les devoirs soit de la raison, soit du cœur, n'est qu'une folie volontaire, et c'est parce qu'elle est volontaire qu'elle est un crime.

Qu'un habitant de Charenlon soutienne qu'il est roi de France, c'est un fou, l'on en convient; mais est-il fou précisément parce qu'il soutient qu'il est roi de France? Non, car il existe un autre homme qui dit aussi : Je suis roi de France, et qui seroit fou s'il ne le disoit pas. Mais tout le monde dépose en faveur de la royauté de celui-ci : il a pour lui le témoignage général; dès lors plus de doute. L'autre contredit obstinément ce témoignage, c'est un fou; cette preuve suffit, et même il n'y en a pas d'autre preuve certaine. A la place de ce malheureux, supposons un homme qui dise: Je suis souverain. Nous aurons un exemple de la folie volontaire,

Il arrive souvent que la folie, même physique, a pour cause l'obstination aveclaquellel'esprils'atlache à certaines idées fausses. On doit donc trouver plus de fous de cette espèce dans les pays où, le principe d'autorité étant affaibli, les esprits sont moins défendus contre eux-mêmes. Effectivement , l'expérience prouve qu'il en est ainsi. Sous le règne d'Henri VIII, le nombre des fous augmenta prodigieusement ert Angleterre, et depuis il a toujours été croissant. Il augmente de même chaque année en France*. Nous sommes persuadé qu'il y a trente ans,

Cela est si marqué, qu'en beaucoup de lieux les conseils de départements demandent qu'on forme de nouveaux établissements pour les recevoir. La note suivante, qu'un des plus habiles médecins de Paris a bien voulu nous communiquer, confirme, d'une manière frappante, ce que nous disons de la folie. Il est si vrai qu'elle consiste à refuser obstinément de reconnoître une autorité supérieure à notre raison individuelle, que le seul moyen de guérir le fou est de le forcer de se soumettre à cette autorité qu'il méconnoît.

« L'insuffisance de tous les moyens tirés de l'hygiène et de la théraii peutique pour la guérison de la folie est depuis longtemps reconnue « des médecins. La saignée, les vomitifs, les purgatifs, les bains, les « douches, font bien quelquefois cesser des accidents purement physi« ques qui accompagnent l'aliénation de l'esprit, et qui troublent la « santé corporelle de l'aliéné, ou le rendent plus difficile à "contenir; « mais ces remèdes ne produisent que bien rarement une amélioration ci réelle dans les fonctions de l'intelligence. Aussi les médecins qui « s'occupent avec le plus de succès du traitement de la lolie n'em« ploient-ils ces sortes de moyens que comme accessoires. Leur moyen « principal est ce qu'ils appellent le traitement moral.

« Ce traitement moral consiste à contraindre le malade, par un juste i mélange de fermeté et de persuasion, à reconnoître l'autorité, à « lui soumettre ses actions, sa volonté et son propre jugement. Lors< que ce dernier point est obtenu, le malade agit et raisonne comme

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