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l'Espagne étoit le pays de l'Europe où il y en avoit le moins; ils s'y multiplieront, sans aucun doute, à mesure que la foi diminuera. Un médecin italien avoit calculé, dans le dernier siècle, qu'il existoit en Italie, proportionnellement à sa population, dix-sept fois moins de fous que dans les contrées protestantes. Ces faits, sous plus d'un rapport, méritent d'être remarqués. Nous sommes loin de nier que la folie ne soit fréquemment produite par des causes particulières, des émotions vives, de profondes douleurs; mais cela

« un autre homme, il est guéri. Les moyens que l'on emploie pour « arrivera ce but sont de séparer le malade de toutes les personne: « qu'il eonnoît, et particulièrement de celles auxquelles il est habitué « à commander; de ne le contrarier jamais en lui parlant le langage « de la raison, sans lui présenter en même temps l'appareil d'une « force physique à laquelle il ne puisse espérer de résister. Ainsi, « à un fou furieux qui refuse d'entrer dans sa loge, ou qui s'est armé « d'un débris de meuble pour en défendre l'entrée, on envoie dix doit' mestiques; si on ne lui en opposoit que deux ou trois, quoique plus « faible que chacun d'eux, il essayeroit de leur résister, et on ne pour« roit le désarmer qu'en le blessant; mais dès qu'il voit une force tout « à fait supérieure, il se rend. Il apprend ainsi peu à peu à recon« noître la supériorité physique, et de là il est conduit à reconnoître « la supériorité morale. Il obéit d'abord dans ses actes; il finit par sou« mettre son jugement. C'est dans ce dernier point que consiste la « plus grande difficulté du traitement, et cette difficulté est d'autant « plus grande que le malade, par son caractère propre, ou son genre « de vie, est naturellement plus impérieux, ou plus indépendant. Il « est d'expérience que les hommes les plus exposés à l'aliénation ment< taie, et les plus difficiles à guérir, sont les célibataires qui vivent « dans un état d'isolement, et par conséquent dans une grandeindé« pendance de l'autorité, et même des idées d'autrui, et les hommes « habitués au commandement. Personne n'est plus difficile à guérir « qu'un officier général, et surtout qu'un capitaine de navire. On sait « que l'autorité de ce dernier est plus despotique que celle du potentat « le plus absolu. » Voyez le Traité de la Manie de M. Pinel, et les Mémoires de M. le docteur Esquirol sur le même sujet.

n'empêche pas de reconnoitre une cause générale de folie, dont l'action se manifeste uniformément chez tous les peuples, à mesure que cette cause s'y développe, c'est-à-dire à mesure que les esprits s'affranchissent davantage de l'obéissance à l'autorité.

En cherchant par quelles voies l'homme parvient à la connoissance certaine de la vérité, nous avons été conduit à examiner une question peu éclaircie jusqu'à ce jour, et qui a fait naître un grand nombre d'erreurs. On s'est imaginé qu'il exisloit des vérités indépendantes de la raison, des vérités senties avant d'être conçues, et qu'à cause de cela l'on nomme vérités de sentiment. On ne pouvoit confondre plus dangereusement des facultés distinctes, et, par une suite nécessaire de leur nature, liées entre elles dans l'ordre inverse de celui qu'on supposoit. Les déistes ont étrangement abusé de ce faux principe; les athées mêmes s'en accommodent, et ils en ont tiré une espèce de Religion où tout entre, excepté Dieu.

Nous montrons que tout sentiment suppose une vérité ou une idée préexistante dans l'entendement; car il faut connoître avant d'aimer, et l'homme aime naturellement la vérité,qui est le bien des intelligences. Ainsi la foi précède l'amour, et l'amour n est que le mouvement de l'âme, qui se porte vers l'objet de sa foi. Le bon croit à la vertu; il la regarde comme son véritable bien, et il l'aime. Le méchant, qu'elle fatigue, la hait, parce que, dans l'erreur de son esprit offusqué par les passions, elle est à ses yeux un mal. Le bien, pour lui, c'est ce qui flatte ses pen chants corrompus; il croit au plaisir, et cette foi aveugle et déraisonnable détermine un amour désordonné. Chaque croyance, vraie ou fausse, produit ainsi un sentiment analogue; et si l'on observe chez tous les peuples des sentiments généraux inaltérables pour le fond, c'est qu'il s'y trouve aussi des croyanees générales, conditions nécessaires de l'existence du* genre humain.

Considérons sur ce point de vue la plus importante des vérités et la plus universelle des croyances. Partout, dans tous les temps, les hommes ont eu l'idée de Dieu; mais, avant Jésus-Christ, ils ne le connoissoient pas selon tout ce qu'il est; il n'avoit encore pleinement manifesté que sa puissance, et cette noLion du souverain Etre produisoit un sentiment de respecl et de crainte, dont le culte public étoit l'expression.

La sagesse éternelle se revêt de notre nature; Dieu se manifeste comme vérité : aussitôt on voit naître un sentiment nouveau; la vérité a ses témoins, ses martyrs; et les hommes qu'elle a éclairés se dévouent à tous les travaux, à tous les opprobres, à tous les tourments, pour la défendre et la propager; et aujourd'hui encore des millions dechrétiens mourroient avec joie dans les supplices, plutôt que de renoncer à cette vérité qu'ils ont connue.

Dieu achève de se découvrir, il se manifeste comme amour, et un amour immense s'empare du cœur de l'homme; alors, et alors seulement, il commence à» aimer ses frères jusqu'à se sacrifier pour eux, en vue de celui qui nous a tant aimés1. Un esprit de miséri

l Joan. m, i6.

corde pénètre toute la société ; chaque misère trouve un asile, chaque douleur une consolation,' chaque larme une main compatissante qui l'essuie. Et cel amour qui vient de Dieu, remontant jusqu'à lui, se perd et se renouvelle sans cesse dans le sein de l'Être infini, devenu l'objet d'un sentiment qu'il faut éprou- ver pour, le comprendre ; sentiment si vif, si profond, qu'on a vu des hommes mourir, n'en pouvant supporter l'inexprimable douceur*: heureuse mort, qui n'étoit qu'une extase d'amour!

Parmi les principes que nous avons essayé d'établir, il n'en est point qui n'offrît de semblables applications, et que, par conséquent, nous n'eussions pu développer beaucoup davantage. Telle est même, nous l'osons dire, leur extrême fécondité, que peutêtre y a-t-il quelque mérite de n'avoir pas cédé au désir d'indiquer au moins une partie des nombreuses conséquences qui s'en déduisent. Mais cela nous au

« O mon Sauveur! s'écrie sainte Thérèse, quel attrait dans ces « eaux vivifiantes du pur amour! Heureux qui pourrait s'y voir sub« merger jusqu'à y perdre la vie au milieu de ses transports et de ses « ravissements! Pensez-vous que cela soit impossible ? Non, sans doute. « Notre amour pour Dieu, le désir de le posséder, de confondre notre « néant avec sa gloire, peut croître à l'inlini, et arriver à un tel « degré, que le corps ne puisse plus le supporter, ni arrêter une âme « qui aspire à briser ses liens. On a vu des exemples de saintes morts « produites par cet excès d'amour. » Chemin de la perfection, chap. xix. Voici un de ces exemples, qui est rapporté par un protestant. « le me souviens que le docteur Tissot m'a dit qu'un de ses malades t étoit mort d'amour pour Jésus-Christ; que, lorsqu'il fut à l'extré« mité, il parut jouir du plus grand degré de bonheur, et qu'il appe« loit son bien-aimé avec tous les transports de la passion la plus en« thousiaste. » Voyage en Sicile et à Malte, en 1770, par llrydone tom. I, p. 159.

roit souvent écarté de notre but, et nous savions d'ailleurs que dans ce siècle d'opinions et de passions, dans ce siècle de l'homme, quiconque parle de Dieu et veut être écoulé doit être court. Nous croyons cependant n'avoir omis rien de nécessaire. Ce n'est pas en disant tout qu'on se fait le mieux entendre, niais en disant ce qui renferme tout.

Au reste, nous ne nous dissimulons pas combien de genres d'opposition doit rencontrer un ouvrage de la nature de celui-ci. On y attaque à la fois toutes les erreurs de religion , de morale et de politique, en montrant la cause d'où elles dérivent toutes. Ainsi, quiconque voudra retenir une seule de ces erreurs, devra, s'il est conséquent, nier le principe sur lequel nous prouvons que reposent toutes les vérités; mais dès lors, aussi, nous le défions d'éviter le scepticisme absolu.

D'un autre côté, quelques hommes de bonne foi, mais inattentifs, nous accuseront peut-être d'ébranler la raison humaine, parce que nous montrons qu'en effet la raison individuelle, la raison de l'homme seul, ne sauroit le conduire qu'à un doute profond, universel, puisqu'elle ne peut se prouver elle-même.

Les personnes qui nous feraient ce reproche nous auraient bien mal compris. Si nous insistons sur la foiblesse de la raison particulière, c'est" pour établir ensuite la raison générale, en prouvant que les vérités primitives, qui en sont le fondement, ont une certitude infinie, et que les vérités secondaires qu'elle en déduit sont également certaines: d'où il suit que la raison individuelle elle-même a dès lors une règle

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