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sûre pour apprécier ses propres pensées, et qu'elle ne s'égare que lorsque l'orgueil la porte à méconnoître ou à violer cette règle. Ainsi, loin de détruire la raison, nous la plaçons au contraire sur une base inébranlable.

Qu'est-ce, en effet, que l'autorité à laquelle tous les esprits doivent obéir ? Est-ce la force? Ce seroit absurde. Est-ce l'autorité d'un ou de quelques hommes ? Non, mais la raison générale manifestée par le témoignage ou par la parole. Cette détinition seule dissipe toutes les diflicultés; car il est évident que la raison ne peut se manifester qu'à la raison, et la raison générale qu'à la raison individuelle, et qu'on ne sauroit par conséquent nier celle-ci sans nier cellelà. Le juge qui ne voit la certitude que dans le concours et l'uniformité des témoignages, nie-t-il pour cela la force qui est propre à chaque témoignage pris à part?

Il est clair encore que la raison générale, la raison du genre humain et de toutes les intelligences, n'est originairement qu'une participation de la raison de Dieu, la plus générale qu'on puisse concevoir, puisqu'elle est infinie comme la vérité ou comme Dieu même. Donc elle est infaillible; donc la raison particulière, nécessairement imparfaite, doit se soumettre à ses décisions, sous peine de ne pouvoir rien affirmer, rien croire, c'est-à-dire sous peine de mort.

Et déjà l'on doit remarquer que le commandement de croire l'Église, ou d'obéir au pouvoir spirituel de la société chrétienne, n'est que la promulgation de cette loi universelle, immuable. Le Christianisme, avant Jésus-Christ êtoit la raison générale manifestéepar le témoignage du genre humain. Le Christianisme depuis Jésus-Christ, développement naturel de l'intelligence, est la raison générale manifestée par le témoignage de l'Église. Ces deux témoignages ne se contredisent point ; le second, au contraire, suppose le premier, et ils se prêtent une force mutuelle. La vérité n'est pas autre; seulement on connoît plus de vérités; Dieu s'est manifesté davantage.

Tout, dans la société comme dans la Religion, nous rappelle à la loi de l'autorité, sans laquelle- rien ne subsisterait, parce qu'il n'y auroit point d'union possible entre les hommes. Ce qui les unit, ce sont les devoirs, l'obéissance de l'esprit, du cœur et des sens, à un même pouvoir. Actifs par leur nature, il faut qu'ils croient pour agir ; pour que leurs actions .concourent au même but, il faut que leurs croyances soient uniformes; il faut qu'elles soient vraies, pour conserver l'ordre général et les êtres eux-mêmes, dont le désordre ou la violation des lois naturelles amène infailliblement la destruction. Considérés soit comme êtres physiques, soit comme membres de la société civile et de la société religieuse, il n'est nullement nécessaire que les hommes comprennent les lois auxquelles ils sont assujettis, mais il est indispensable qu'ils les connoissent avec certitude, et qu'ils y croient inêbranlablemenl. La vie de chaque individu, ainsi que la vie de la société, ne dépend pas du

1 II n'y a jamais eu, il ne peut y avoir qu'une vràid Religion, dont Jésus-Christ, venu ou à venir, est le fondement. Non est in alio aliquo salus. Act., iv, 12.

degré de lumière qui fait que l'esprit conçoit plus ou moins la vérité, d'ailleurs certaine, mais de la foi du cour qui réalise au dehors cette vérité par les auvres. de justice'. L'autorité légitime, en promulguant les lois, leur imprime par son témoignage le caractère de certitude qui les fait reconnoitre par ceux qui doivent y obéir : de ce moment on ne peut plus en douter sans folie, ni les violer sans encourir justement la peine attachée à leur violation ; et jamais personne ne fut admis à justifier sa désobéissance à aucune loi, sous prétexte qu'il ne l'avoit pas comprise. Ni la certitude de la loi, ni l'obligation de s'y soumettre, ne reposent sur notre jugement individuel , sur la clarté avec laquelle notre entendement la conçoit. Cela est vrai dans l'ordre physique, comme dans l'ordre civil et religieux ; et les peuples, aussi bien que l'homme, ne vivent que de foi ; ils n'existent que parce qu'ils croient ce qu'ils ne sauroient comprendre.

A chaque page de l'Evangile, Jésus-Christ enseigne cette vérité importante, qui est la sauve-garde et le fondement de toutes les autres. Il venoit guérir la raison humaine, plus infirme que les malades qu'on apportoit de toutes parts à ses pieds ; il venoit ranimer les esprits mourants, parce qu'ils ne vouloient écouter qu'eux-mêmes : or, que dit ce Roi de la foi; comme l'appelle saint Augustin ? ? que répète-t-il

Corde enim creditur ad justitjam. Ep. ad Rom., x, 10. · Ille fidei Imperator, clementissimus et per conventus celeberrimos populorum atque gentium, sedesque ipsas apostolorum arce auctoritatis munivit Ecclesiani. S. August., Ep. ad Dioscor., n. 32.

sans cesse? Croyez. Le salut qu'il annonce n'est pas promis aux efforts de ra raison, mais à l'obéissance de la volonté ; il appartient à ceux qui croiront1. Estce dans l'enfance que se trouve la perfection du raisonnement? El néanmoins, si vous ne vous convertissez, et ne devenez comme des petits enfants, vous n'entrerez point dans le royaume des deux'-.

Quelle profondeur dans cette parole, également vraie, soit qu'on l'applique à la société éternelle, ou aux sociétés du temps! Voulez-vous soumettre au raisonnement de l'homme individuel les devoirs de la morale, les lois politiques et civiles, les procédés des sciences, des arts et des métiers, l'agriculture, la navigation, les règles de l'hygiène, le choix des aliments, de sorte que chacun ne croie que ce qu'il comprendra clairement, et, sans rien admettre sur le témoignage, sans jamais déférer à l'autorité, n'agisse que sur ce qui sera évident pour son esprit : à l'instant un désordre effroyable commence, la société tombe dans le chaos, la lumière qui l'éclairoit se retire; chacun de ses membres, isolé de tous les autres, cherche en vain, dans les ténèbres de son entendement, les vérités nécessaires à sa conservation, les lois de son existence: dès lors plus d'action possible; le mouvement cesse avec la foi; et, dans un vaste silence, tout s'afloiblit, tout s'éteint : et il n'est pas non plus un législateur de la terre qui ne puisse

1 Oui crediderit, et baptizalus fuerit, salvus erit : qui vero non crediderit, condemnabilur. Marc., xvi, 10.

- Amen dieo vobis, nisi conversi fueritis, et efliciamini sicut parvuli, non intrabilis in regnum cœlotum. Mait.. xvw, 3.

et ne doive dire aux hommes, en les rappelant à la vie sociale: Si vous ne devenez comme des petits enfants, qui croient sans comprendre et sans raisonner, ce que l'autorité générale atteste, vous n'entrerez point dans mon royaume.

Se défier de soi, de sa raison, n'est-ce pas le principe de toute sagesse dans les jugements comme dans la conduite? Et admirez l'analogie des vérités diverses qu'enseigne le christianisme, l'accord de ses dogmes avec ses préceptes. Que recommande-t-il davantage que le détachement de soi-même, le renoncement à son propre esprit, pour se pénétrer de l'esprit de Dieu, qui renferme toute vérité? Ainsi, plus la raison se méprise elle-même, plus elle se soumet, plus elle obéit, plus aussi la vérité lui est manifestée, plus Dieu s'approche d'elle et s'unit à elle : et les communications du Créateur avec sa créature, les avertissements célestes, les révélations qui transportent lame dans un ordre de connoissances supérieures à celles de la vie présente, sont toujours accordés à la foi la plus simple ou à la plus grande humilité.

La mort même n'interrompt point cette loi divine, immuable, et nous la retrouverons au delà du tombeau. A qui est réservé, dans le ciel, le plus haut degré de gloire ou la plus parfaite connoissanec de Dieu? Est-ce à l'esprit qui a le mieux compris les vérités chrétiennes, qui en a le mieux vu l'enchaînement, le mieux embrassé l'ensemble? Non, mais à l'àme qui a le plus aimé, parce qu'elle s'est le plus détachée d'elle-même, et qu'elle a cru avec une soumission

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