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parce qu'elle n'est que la méthode de la société universelle ou catholique.

La méthode opposée est celle de tous les ennemis du christianisme, des hérétiques, des déistes, des athées. Tous cherchent la vérilé en eux-mêmes, el n'admetlent comme vrai que ce qui paroit vrai à leur raison particulière. Or, comment le moyen donné à l'homme pour parvenir certainement à la vérité, seroit-il précisément celui qu'emploient tous ceux qui nient quelque vérité ? Comment la méthode qui conduit au sceplicisme absolu, conduiroit-elle à la foi parfaite?. En dernière analyse, que fait-on, lorsqu'on admet ' quoi que ce soit pour vrai sur le témoignage de sa seule raison ? On croit en soi. Il en faut donc toujours revenir à une croyance dénuée de preuves. Or quel est le plus raisonnable, le plus sûr, de dire : Je crois en moi, ou de dire : Je crois au genre humain ? En cas de conflit entre ces deux autorités, quelle est celle qui doit prévaloir, la vôtre ou celle de tous les hommes? Si c'est la vôtre, tous les hommes ne scront raisonnables qu'aulant qu'ils croiront en vous : si c'est la leur, vous ne serez raisonnable qu'autant que vous croirez en eux, que leur raison sera la règle de la rôtre. Dans la nécessité où nous sommes de croire, il faut absolument faire un choix. Or partout le sens commun appelle folie la préférence qu'on ac. corde à sa raison sur la raison de tous ; et pour peindre en un seul mot la slupidité opiniâtre ou l'obstination insensée de l'orgueil, que dit-on ? C'est un homme qui ne veut croire que soi.

On n'a pas assez remarqué la liaison nécessaire.

qui existe entre la certitude et l'infaillibilité. Une chose qui peut être ou vraie, ou fausse, n'est pas certaine. Tout ce qu'affirme comme vrai +me raison qui peut se tromper, peut être faux; tout ce qu'elle affirme comme faux peut être vrai. Donc, rien de ce qu'affirme une raison qui peut se tromper ou une raison faillible, n'est certain, Donc, chercher la certitude, c'est chercher une raison infaillible ; et son infaillibilité doit être crue, ou admise sans preuves, puisque toute preuve suppose des vérités déjà certaines, et par conséquent l'infaillibilité de la raison qui les affirme. ,

Forcés de croire à l'infaillibilité d'une raison quelconque, ou de renoncer à toute certitude, à toute vérité, sera-ce notre raison individuelle ou la raison de tous, la raison humaine, que nous supposerons infaillible?

Si chacun se suppose personnellement infaillible, les opinions les plus opposées, les jugements les plus contradictoires, sont également vrais, également certains; c'est-à-dire qu'il n'existe ni vérité, ni erreur, ni sagesse, ni folie, ni bien, ni mal : d'où il suit, que supposer, la raison particulière infaillible, c'est détruire la raison, les lois, les devoirsj la société.

Si nous supposons au contraire que l'infaillibilité appartient à la raison humaine, aussitôt tout renaît f la raison individuelle trouve un fondement solide et une règle invariable, les lois reprennent leur auh> rue, l'homme reconnoit ses devoirs, la société s'affermit, parce que l'ordre a recouvré ses droits; El qu'estce que cet ordre? la nature même, Ce qui a' été, ce

qui est, ce qui sera toujours, malgré nos vains systèmes, nos erreurs et nos passions. Toujours les hommes ont cru, toujours ils croiront au témoignage ; leur raison chercha toujours un appui dans une raison plus élevée ou plus générale, et on ne montrera pas un-moment, dans la durée des siècles, où l'autorité ait cessé d'être le principe conservateur de la foi et de la vérité, le lien qui unit les esprits, et la hase de la vie humaine.

Considérez toutes les erreurs qui ont jamais existé dans le monde, vous verrez qu'elles se réduisent à la négation de l'autorité. L'hérétique nie l'autorité de l'Église, le déiste celle de Jésus-Christ et de toutes les sociétés chrétiennes, l'athée celle du genre humain. ll en est ainsi dans l'ordre politique, et dans les sciences même; et le fou qui s'imagine avoir découvert ou le grand œuvre, ou le rapport rationnel entre la circonférence et le rayon, que fait-il autre ehose que nier l'autorité propre à la science, en mettant son jugement particulier au-dessus de celui de tous les savants?

Que si chacun des hommes dont nous venons de parler, fidèle au principe qui leur est commun de ne pas reconnoître d'autorité supérieure à celle de leur raison individuelle, en fait l'unique règle de ses actions; à l'instant même la société, avertie du désordre de l'intelligence par le dérèglement de la volonté, le punira comme rebelle; ou, le supposant privé de raison par cela seul qu'il manifeste une opposition invincible à la raison générale, elle l'enfermera comme insensé. Qu'un grand nombre d'hommes atteints à la fois de cette maladie terrible, se révoltent contre l'autorité qui prescrivoit des lois a leurs pensées et à leurs actions, alors on a le^pectacle non pas d'un individu, mais d'un peuple en delire; et comme rien ne peut alors ni fe contenir ni lui résister, l'État, en proie à tous les désordres, à toutes les calamités, périt bientôt, si le malheur,* ou une force étrangère, ne ramène les esprits à l'obéissance.

Dieu, en effet, les a formés pour obéir; c'est tellement leur nature, que, ne vivant que par la foi, ils 'ne croient néanmoins d'une foi constante, que ce qu'ils.croient sur l'autorité. Nos sociétés modernes en offrent une preuve frappante. Elles renferment dans leur sein une race d'hommes inconnus aux siècles précédents, et dont l'apparition inspire tout ensemble et de la tristesse et de l'effroi, parce qu'elle montre combien la vie sociale est épuisée, et la raison humaine affoiblie. Ces hommes ne sont pas irréligieux; au contraire, leurs pensées, leurs désirs les portent vers la Religion, et néanmoins quelque chose les empêche d'y arriver; les forces leur manquent, ils tombent de langueur, et ne sauraient parvenir à une croyance ferme et imperturbable. Ils regardent, ils voient, puis leur vue se trouble, et la vérité disparoit. Vainement ils tâchent de sortir d'un doute qui les fatigue; la certitude les fuit. Cependant ils connoissent les preuves dela Religion ; elles leur paraissent solides, du moins ils n'essayent pas d'y rien opposer. L'inquiétude qui les tourmente vient de plus haut. Un instinct vague les presse de chercher sans fin; ils voudraient qu'on leur prouvât les preuves marnes.. Qu'est-ce, en effet, qu'une preuve par ranporl à nous? Est-ce autre chose que la conviction de notre esprit? Et qui nous assure que notre esprit ne peut être trompé par ses convictions? Croire à la Religion uniquement parce que notre esprit est convaincu, c'est croire en soi-même. Or l'auteur de notre nature ne'permet pas que cette foi solitaire soit jamais parfaite et inébranlable. Aussi inconstante que les pensées de l'homme, elle n'est pour lui que comme un songe de vérité, à peine différent des chi- , mères qui le séduisent tour à tour; et parla Dieu nous rappelle à la société pour y trouver un point d'appui, la sécurité et le repos de l'âme; il nous force à reconnoitre l'incertitude de nos jugements individuels ; et le doute qui désole les infortunés dont nous parlons, n'est qu'un témoignage perpétuel .que la raison se rend à elle-même de sa foiblesse et de son impuissance.

Qu'on y prenne garde cependant, cette impuissance et cette foiblesse, résultat inévitable de l'isolement de la raison, viennent de ce qu'en s'isolant elle viole les lois de sa nature. Dès qu'elle y obéit, sa force reparoît : en rentrant dans la société, elle se retrouve elle-même. Et qu'on ne croie pas qu'en cet état de dépendance d'une plus haute raison, elle soit inerte et passive. Non certes; elle ne perd pas plus la faculté de penser, de juger ou d'agir selon le mode d'action qui lui est propre, que le cœur ne perd la faculté d'aimer, en se soumettant aux lois qui règlent ses affections. Elle peut chercher la vérité, la découvrir; seulement elle n'est certaine de l'avoir décon

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